Vous lisez Procrastination : S04E03 – Faire original

S04E03 : Faire original

(Transcription : Symphonie ;

Relecture et corrections : Umanimo)

Les liens vers l’épisode S04E03 : Script : Télécharger / Audio : Youtube ; Elbakin

Liste des Episodes transcrits

Une question fréquente (voire une angoisse) des auteurs, jeunes et parfois moins jeunes : si tout a (paraît-il) déjà été dit, fait, écrit, comment faire pour être original dans sa création ? Mélanie confirme que la question de l’originalité des idées était très importante pour elle au début, mais s’est vite rendue compte que ce n’était pas ce qui restait des textes ; et surtout, que beaucoup de thèmes, idées et images étaient traités depuis la nuit des temps. Estelle renchérit en abordant le piège fréquent de ne pas vouloir se constituer une culture, surtout dans les genres, pour « ne pas subir d’influence » ; alors qu’en vérité, on s’inscrit plutôt dans une lignée de créateurs. Lionel renchérit sur l’intérêt de connaître les tropes, à la fois dans son genre mais aussi à l’extérieur, pour voir quelle exploitation personnelle, authentique, en faire, car l’originalité connaît bien des facettes en réalité, y compris dans le traitement. (Blog de Lionel Davoust)

Et dans la suite de l’article la transcription de l’épisode. N’hésitez pas à intervenir dans les commentaires pour évoquer votre expérience !

Vous écoutez Procrastination, Saison 4 Épisode 03 :

Faire original

Podcast sur l’écriture en 15 minutes.

Parce que vous avez autre chose à faire.

Et qu’on n’a pas la science infuse.

Avec les voix de : Mélanie Fazi, Estelle Faye, et Lionel Davoust.

Lionel Davoust : Il paraît que tout a été dit, que tout a été écrit déjà. Dans un monde où la fiction est reine, comment est-ce qu’on peut être finalement original ? Est-ce que c’est une question importante ? Est-ce qu’il faut être original ? Et si oui, comment on fait ? Comment je peux faire pour être original et pour m’assurer ? Parce que c’est un truc qu’on retrouve quand même assez fréquemment dans les doutes chez les auteurs plus jeunes, disant avec une certaine inquiétude « j’ai peur que ce que j’écris soit pas intéressant, parce que tout a déjà été fait, tout a déjà été écrit, donc comment je peux m’assurer d’être original ? ». Est-ce que c’est une question très importante ? Et si oui, comment je peux faire ?

Mélanie Fazi : Vaste question. C’est marrant que tu parles des débutants, parce qu’en réfléchissant à l’épisode, je me suis rappelé mon approche de l’écriture en débutant. Vraiment, quand j’ai commencé, j’étais absolument focalisée, mais complètement, sur le fait qu’en Fantastique, il fallait que je produise des idées qui n’avaient jamais été faites. Et ma première nouvelle publiée, j’avais une image dont j’étais très fière et j’étais super vexée quand quelqu’un m’a dit qu’il l’avait vue dans un épisode de X Files.  La même image, et je me suis dit : tout se casse la gueule. Et avec le temps, je me suis rendu compte que l’originalité des idées, d’une part, ça ne l’était jamais autant que je pensais et ce n’était pas ça qui était important. Et ce qui restait des textes, souvent, c’était des choses beaucoup plus personnelles ou plus des choses d’ambiance ou des choses comme ça, mais que l’originalité de l’idée n’était pas ce truc sur lequel j’étais braquée au départ.

Estelle Faye : Je vais rebondir sur ce que tu as dit, sur ce que disait Lionel quand vous parlez des débutants. Donc, quand je suis sortie de mon école, j’étais un peu marquée cinéma de genre je ne sais pas du tout pourquoi [ironie], et je me suis retrouvée à donner des coups de main à des jeunes scénaristes, des jeunes réalisateurs qui voulaient écrire des scénarios de Fantastique, de Science-Fiction… de tout ce qu’on appelle cinéma de genre. Et je me suis retrouvée souvent face à justement des gens qui avaient très peu de culture de ce cinéma-là, mais qui ne voulaient pas en avoir en disant « je ne veux pas être parasité par les idées des autres ».

MF : Le piège.

EF : Voilà. Résultat, ils inventaient l’eau tiède. Et donc, par exemple, il y en avait un, c’était : « et alors à la fin, on s’aperçoit qu’en fait, c’était un fantôme tout du long ! ». Voilà, ok, alors…

LD : Plot twist !

EF : Donc j’ai passé une bonne partie de mon temps à donner des listes de films à voir, simplement pour dire « regardez, cette idée-là, elle a déjà été travaillée en gros depuis la nuit des temps. Mais toujours et depuis le début, depuis que je baigne dans les cultures de genre ou les cultures de l’Imaginaire, ce qui m’intéresse et ce qui je trouve est pertinent, ce n’est pas de se dire : « je vais trouver le concept de furieux que personne n’a fait avant moi ! », c’est plutôt de se dire « Ok,  je m’inscris dans une lignée de conteurs, de réalisateurs, d’auteurs, qui remontent encore une fois à la nuit des temps – ou à la rigueur à Frankenstein pour la Science-Fiction – et comment, avec des idées qui de toute manière sont déjà là, comment moi, je vais les réinterpréter à ma sauce, qu’est-ce que moi, j’ai à dire dessus avec mon époque, avec mon expérience qui sera pas celle des autres. Mais pour ça, justement, il faut que je les connaisse à mort pour savoir ce que moi, je vais en faire. Et c’est ça qui intéressant. Ce que moi, ce que mon époque aussi, nous allons en faire ensemble.

MF : Je suis complètement d’accord. Je m’étais fait une réflexion qui est que l’originalité, il me semble que c’est toujours quelque chose de relatif, on est original par rapport à quelque chose. Et effectivement par rapport à l’époque, par rapport au contexte dans lequel on écrit, par rapport au genre, par rapport à tout ça, rien n’est jamais original, sorti de nulle part.

Je suis toujours énervée par cette idée de « je ne vais pas me renseigner, mais je vais inventer l’eau tiède ».

LD : Moi aussi, ça m’agace de manière plus générale : « Ah non non ! Je ne lis pas, parce que je ne veux pas être parasité ». Bon, alors c’est sûr que lire des choses qui sont très proches de qu’on est en train d’écrire, peut être que là, il risque d’y avoir peut-être une pollinisation croisée inconsciente qui peut être fâcheuse. Ou alors au pire, on peut se dire « j’ai lu un truc tellement bien sur ce que je suis en train d’écrire, et je ne serai jamais à ce niveau-là », ça peut péter le moral, mais lisons autre chose à ce moment-là, regardons autre chose.

Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fait que la première base, c’est connaître les tropes de la fiction, des genres, et ça sort à partir de la culture de la lecture, et hors littérature et hors genres aussi. On peut aller rechercher des inspirations culturelles hyper loin dans les classiques, dans les mythes, dans le théâtre classique, etc.

Je pense que derrière cette question d’originalité, il y a un peu ce que vous avez abordé qui est la crainte de se dire « si je n’ai pas une grande idée, ça ne vaut pas la peine », mais l’originalité, elle va se nicher en plein de choses. Elle va se nicher dans les rapports entre les personnages, elle va se nicher dans la peinture du monde, et les grandes idées révolutionnaires qui font des classiques, il n’y en a vraiment pas beaucoup.

Alors, ça ne veut pas dire que la quête n’est pas noble et ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer d’aller la chercher autant qu’on peut, mais effectivement, ça ne se crée pas du vide. Et la création… Je crois que c’était Orson Scott Card[1] qui disait « en général, mes meilleurs bouquins sont venus de la rencontre entre deux idées séparées et en fait, je les ai mises ensemble et elles étaient faites pour aller ensemble ».

Alors par contre, je sais que ce n’est pas ce que vous vouliez dire, mais je voudrais quand même modérer une idée qui est très dans l’air du temps en ce moment, qui consiste à dire que tout est remix. Alors ça, pour le coup, je ne souscris pas à cette vision-là des choses, parce que je pense beaucoup, résolument, qu’il y a une part de personnalité ineffable dans une œuvre authentique. Quand je veux dire, authentique, c’est-à-dire dans une œuvre où on a authentiquement mis de soi, il y a une part de vécu, et cette part de vécu n’appartient qu’à soi. On est le vecteur de beaucoup de choses, mais chaque créateur ne peut être le vecteur de ce qu’il crée.

MF : En fait, je pense qu’on est d’accord. Moi, ce que j’entends dans cette idée « tout a déjà été écrit » c’est : tous les schémas narratifs on va dire. Comme on parlait de l’idée tout à l’heure, la question n’est pas tant : l’idée, est ce qu’elle n’a jamais été faite, mais comment je m’en empare ? Qu’est-ce que j’amène de personnel ? Quelle esthétique ? Un exemple qui m’était venu, c’est que c’est au début des années 2000, il y a eu plusieurs films – qu’on ne citera pas pour ne pas les spoiler, même si tout le monde maintenant les connaît – autour de la figure du personnage qui ne sait pas qu’il est mort. À un moment donné, il y a un film qui a été plus connu que les autres sur ça…

LD : Je ne mettrai pas de référence. [rires]

MF : Et je me souviens qu’un jour où moi, j’ai une nouvelle qui tournait sur ça, un lycéen qui connaissait le film a dit à un de ses profs « mais le texte, il a un peu pompé ce film-là ». Moi, cette idée, je l’avais rencontrée chez Philippe K. Dick[2] déjà quand j’avais quatorze ans, il ne l’a certainement pas inventée, c’est quelque chose qui revient régulièrement. Par contre, si on prend chacune des œuvres que je viens de citer, il n’y en a pas deux qui disent la même chose. L’idée quelque part, c’est un support, c’est un point de départ, c’est un élément. Mais ce qui fait que chacun de ces films ou ce livre dont je parle – je ne peux rien spoiler en fait, c’est dommage ! [rires] –, chacune de ces œuvres est radicalement, vraiment aux antipodes l’une de l’autre, à partir de quelque chose dont on pourrait se dire qu’une fois que ça été fait, on peut pas le refaire. Alors si, on peut faire toutes les variations possibles, la question c’est : comment ?

EF : Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous venez de dire.

LD : Il n’y a pas de conflit sur cet épisode !

EF : Mais même les histoires justement de fantômes qui reviennent ou de personnes mortes qui reviennent – on ne sait pas forcément qu’elles sont mortes – on en croise même dans des mythes et légendes hyper anciens. Et après, par contre, je ne crois pas du tout que tout a été dit, au contraire, ni même que tous les schémas narratifs aient déjà été explorés, parce qu’il reste toujours des terres à explorer. Par contre, plus j’avance et plus j’ai l’impression que l’originalité vient quand on ne la cherche pas, mais qu’on cherche une chose qui est la sincérité.

MF : Oui.

EF : Par exemple, quand on voit les films qui ont à chaque fois bouleversé une génération, bouleversé le cinéma, ce n’est jamais des films qui prétendaient révolutionner le monde – bon, sauf dans le cinéma d’auteur et la Nouvelle Vague, mais on va rester sur le cinéma de genre, c’est plus dans nos cultures –, mais c’est vraiment le plus souvent des films qui essayaient de raconter une bonne histoire, qui se posaient des questions de comment raconter telle histoire, comment la faire, qui amalgamaient des univers ensemble.

Par exemple Alien[3], qui amalgame donc aussi bien l’univers de Giger[4], celui des scénaristes, qui mine de rien, en avançant petit à petit, en cherchant sa propre histoire, va en fait mettre plein de choses qui vont être des jalons d’une nouvelle Science-Fiction, mais pas parce qu’il a voulu créer une nouvelle Science-Fiction. Là où justement, Jodorowsky[5] qui a essayé de faire ça avec son Dune, n’a même pas réussi à faire son film.

Donc finalement, peut-être pas tant l’originalité, mais la nouveauté – ou le pas en avant ou la différence, qui je trouve est un concept beaucoup plus pertinent –, pour moi, va venir quand on ne la cherche pas, et j’ai impression que c’est un peu une impasse de la chercher. Sauf peut-être, si on veut faire du cinéma d’auteur, parce que là on joue sur d’autres choses, on joue sur le concept et tout, mais c’est vraiment dans les cultures disons « populaires » – et c’est vraiment la partie culture populaire du genre qui m’intéresse et qui me parle avant tout – c’est la sincérité qui va primer.

Par exemple aussi, les films de l’écurie Troma[6], qui étaient avant tout des gens qui essayaient de faire des films avec ce qu’ils avaient sous la main. Et à force d’essayer de faire des films avec ce qu’ils avaient sous la main et en ayant, mine de rien, pas trop de gens derrière qui venaient regarder par-dessus leur épaule de quoi parlaient leurs histoires, ils ont complètement révolutionné le cinéma. Mais pas en se disant « alors là, je vais faire un film qui va tout bouleverser », non, en essayant simplement de raconter la meilleure histoire possible avec ce qu’ils étaient, avec ce qu’ils avaient. Et avec ce travail d’artisan, ils ont complètement révolutionné les choses.

MF : Y compris avec les limites qu’ils avaient d’ailleurs. Les limites peuvent être vecteurs d’originalité du coup.

EF : Disons, au-delà des limites, je trouve que plus que des limites, c’est un contexte avec lequel on doit jouer, et on doit toujours jouer avec un contexte. C’est : « je n’ai jamais assez de temps pour écrire », par exemple.

MF : Cet exemple est complètement fictif.

EF : Complètement fictif. Mais c’est vraiment l’idée d’avancer brique par brique, de faire son histoire et puis là, pouf ! tout à coup il se passe quelque chose qui va changer le monde.

MF : Je me posais une question – je fais un petit pas de côté. Je me demande aussi dans quelle mesure le rapport à l’originalité ne change pas avec le temps. Je pensais à une remarque qui m’a été faite un jour sur l’évolution vraiment spécifiquement dans la Science-Fiction ou les genres qui nous intéressent en littérature, que la génération qui était là avant nous. Alors, pas tous les écrivains, mais il y avait une tendance générale à s’intéresser beaucoup à l’histoire du genre et à beaucoup focaliser sur ce qu’on apporte à l’histoire du genre. Quelles idées je vais apporter, quel concept je vais apporter, ou quelle esthétique, mais comment je contribue à l’histoire du genre, et que les gens qui étaient arrivés à peu près en même temps – plus tôt que Lionel et moi, on va dire. Par exemple Fabrice Collin citait Nabokov, Catherine Dufour citait Marguerite Yourcenar, on allait chercher des choses qui venaient d’ailleurs, et ce qui était considéré comme original à ce moment-là, c’était la rencontre entre des éléments qu’on n’aurait pas pensé à marier de cette manière, et pas tellement comment je renouvelle le genre. J’ai l’impression que même cette réflexion-là évolue avec le temps.

EF : Moi j’ai l’impression… Même si côté âge on est à peu près dans la même tranche, mais comme je suis venue plus tard en littérature, j’ai impression d’être quand même un peu une génération après vous. Et que pour le coup, dans la génération qui arrivait en même temps que moi, ou que je vois arriver après, on est encore au-delà de ces questions. C’est-à-dire, on est beaucoup plus dans – en tout cas, les auteurs qui m’intéressent en ce moment, les démarches qui m’intéressent – c’est vraiment avant tout, écrire des histoires avec ce que nous, on sent qu’on doit dire, avec ce qui nous, nous pousse à écrire, et plus se mettre dans ces histoires de se mettre aussi bien dans la lignée du genre, dans la lignée de la littérature générale. On sait d’où l’on vient.

Il y a beaucoup de très gros lecteurs parmi les auteurs de ma génération, les plus jeunes qui arrivent, qui ont énormément bouquiné, qui réfléchissent énormément sur l’écriture, mais avant tout, pour écrire leurs propres histoires. Et pour moi, un grand précurseur là-dessus, – dont je pense que l’œuvre est passée un peu trop inaperçu, parce que justement, il était très précurseur, mais que je vois de plus en plus cité par des auteurs arrivés en même temps que moi –, c’est Francis Berthelot[7] qui, mine de rien, a vraiment insufflé énormément de sa personnalité, de ses recherches à lui, dans ce qu’il écrivait. Et ça a créé une œuvre qui, je pense, était très en avance sur son temps, c’est pour ça qu’elle n’a pas trouvé…

MF : C’est complètement à part, oui, c’est inclassable.

EF : Qui est inclassable pour son époque, mais qui, mine de rien, maintenant est très précurseur de beaucoup de choses qu’on est en train de faire.

MF : C’est vrai. Il y a une question, je pense – je reviens à ce que je disais sur la relativité –c’est à chaque fois, on arrive à un moment donné, c’est ce qu’on fait par rapport à ce qui existe aussi et par rapport à la réflexion qui a déjà été menée avant.

EF : Clairement, on a eu la chance, grâce à vous, notamment au travail que vous avez fait, donc ceux qui sont arrivés en même temps que moi ou ceux qui arrivent après, de déjà plus être trop dans : il faut qu’on affirme, par exemple, que les littératures de genre, c’est la vraie littérature. Ou il faut qu’on affirme que les littératures de genre peuvent dialoguer avec les littératures blanches. Ça quand même, grosso modo, ce n’est pas acquis pour le grand public, mais au moins dans nos têtes c’est souvent acquis.

MF : C’est une discussion qu’on avait eu… C’est précisément Laurent [Genefort] qui insistait sur ça en disant dans un épisode qu’on avait fait récemment sur ça, que lui, au moment il était arrivé, qui était un peu plus tôt par rapport à nous, on était encore vraiment beaucoup axé dans la défense de la Science-Fiction : oui, c’est de la littérature. Au moment où je suis arrivée, cette question-là n’était pas aussi pas aussi présente.

LD : Et les grandes adaptations cinématographiques, la « Sainte Trinité » : Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter et maintenant Game of Thrones, a beaucoup aidé à diffuser ces idées dans le grand public, mais il y a toute une culture aussi, je pense notamment à la culture d’animation japonaise qui a énormément d’influence dans l’imaginaire. Il y a aucune classification chez eux, ils s’en tapent, en gros c’est classé en Shonen[8], Shojo[9] etc, beaucoup plus que c’est de la Science-Fiction, du manga de baston etc.

Donc l’imaginaire a diffusé, mais je trouve ça très bien, dans les littératures générales et inversement. Donc il y a peut-être plus un focus sur – justement comme vous l’avez dit, et je suis entièrement d’accord – l’authenticité ou ce que l’on a à apporter à travers la personne de l’auteur, plus que la grande idée – même si je trouve que la grande idée c’est super, mais la grande idée qui était peut-être un peu plus le principe des bouquins de Science-Fiction de l’âge d’or, ceux qui sont restés en tout cas dans l’histoire. Il y avait une idée forte, tout était quasiment construit autour de ça.

EF : J’ai l’impression, si on fait bien son boulot avec sincérité et en se colletant vraiment au monde, et en se colletant vraiment à sa propre écriture et à ce qu’on veut écrire, voilà pas tant l’originalité forcément, mais en tout cas, le côté unique du texte se dégagera de ça. Donc il y a les questions à se poser. Finalement, la question de l’originalité ou pas, c’est plus une question que se posent sans doute les lecteurs ou les critiques à la réception. Mais est-ce que c’est une question qu’on doit se poser quand on écrit ? Je n’en suis vraiment pas persuadée.

MF : Pas persuadée non plus. Mais ça me faisait penser à ce que tu dis sur le côté unique, c’est : qu’est-ce que moi, je peux écrire qu’aucun de vous deux, par exemple, ne pourra écrire parce que c’est fondamentalement ma personnalité, et inversement. J’avais lu une fois une phrase que j’ai peut-être déjà citée parce qu’elle m’a marqué, qui était en gros : ce qui va faire notre personnalité dans l’écriture, c’est souvent au départ ce qu’on n’assumait pas ou ce qu’on essayait de cacher ou de raboter, et le jour où on l’assume, qu’on le met en avant et qu’on se l’approprie, c’est là qu’on va faire original finalement.

LD : Oui, je suis d’accord.

MF : Et que l’originalité elle va se nicher peut-être plus là que dans strictement les idées.

EF : Oui, puis je ne sais pas pour vous, mais quand je vois la réception de mes textes ou de mes romans, ceux qui ont été vus comme les plus originaux ou ceux où il y a des idées qui sont sorties comme originales ou différentes et tout ça, ce n’était pas forcément ce que moi je voyais comme original ou différent. C’était juste des choses qui me tenaient à cœur et que j’ai mis le papier. Donc vraiment, quand on écrit, se préoccuper de ces idées-là, encore une fois, je pense que c’est faire un pas qui n’est pas forcément le nôtre.

LD : Je repense toujours à cette conférence de John Cleese[10] que j’ai peut-être déjà cité, sur la créativité – elle est régulièrement virée de YouTube, mais j’essaierai de la retrouver – où en gros, on lui dit :  « mais quand vous étiez dans les Monty Python, vos sketchs, c’est marrant, il y avait toujours un petit truc en plus,  ils étaient plus originaux » et répond très clairement : « je ne sais pas, mais en tout cas, il y a un truc que moi je faisais mais que je ne voyais pas forcément mes camarades faire, c’est que quand j’avais une idée, j’essayais d’aller plus loin, je virais ma première idée, j’essayais d’en trouver une autre, je virais limite celle-là, et j’essayais d’aller plus loin pour essayer de trouver encore autre chose. »

Orson Scott Card dit un truc un peu semblable, où il dit « quand j’ai une idée, je me dis tout le monde l’a déjà eue, alors j’essaie d’en trouver un autre éclairage dessus, je me dis que ça aussi, tout le monde l’a déjà eu, et quand je commence à arriver à la troisième ou la quatrième idée qui me fait envie, là je me dis peut-être que je touche quelque chose d’authentique. »

Cette authenticité, pour moi, elle a aussi paradoxalement – mais c’est peut-être parce que je suis un gros bourrin, je pense que c’est clair depuis [rires] – une part de travail derrière, une part d’introspection et une part presque psychanalytique dans le fait de se dire « qu’est-ce que je peux aller chercher de plus encore plus profond en moi qui me touche personnellement encore plus, et que donc je vais aller mettre sur le papier ? Parce que peut-être là, je vais avoir touché quelque chose de vrai, parce que m’appartenant profondément.

Petite citation pour terminer ?

EF : « Même en littérature et en art, celui qui se soucie d’être original ne le sera pas. Alors que si l’on s’efforce de dire la vérité sans se soucier pour un sou de la fréquence à laquelle elle a déjà été exprimée par le passé, alors neuf fois sur dix, on sera original sans même s’en rendre compte ». C.S Lewis.

Jingle : C’était Procrastination, merci de nous avoir suivis. Maintenant, assez procrastiné, allez écrire !


[1] Auteur américain de SFFF

[2] Auteur Américain de Science-Fiction

[3] Série de films de Science-Fiction horrifiques

[4] Hans Ruedi Giger : plasticien, graphiste, illustrateur, sculpteur et designer suisse, à l’univers visuel très marquant

[5] Alejandro Jodorowsky :  scénariste de bande dessinée, réalisateur, acteur, écrivain franco-chilien. Son projet d’adaptation de Dune (livre de Science-Fiction) est en effet resté inachevé.

[6] Société de productions américaine https://fr.wikipedia.org/wiki/Troma_Entertainment

[7] Compositeur et écrivain français d’Imaginaire

[8] Mangas qui visent un public adolescent masculin

[9] Mangas qui visent un public adolescent féminin

[10] Acteur, scénariste et humoriste britannique. https://www.youtube.com/watch?v=Pb5oIIPO62g

4 réflexions sur “Vous lisez Procrastination : S04E03 – Faire original

    • J’avoue que j’aime bien cet épisode aussi. Personnellement, ça ne me dérange pas de lire/voir quelque chose avec une idée que je connais déjà, surtout si on sent que l’auteurice s’est approprié cette idée pour en faire SA vision. Et ça m’a aussi bien aidée dans l’écriture, ça m’a aidée à me sentir plus légitime à insuffler des choses personnelles dans un fond pas forcément hyper original à la base 🙂

      (Avec plaisir ;))

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