Vous lisez Procrastination : S05E04 – La course à la perfection

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S05E04 : La course à la perfection

(Transcription : Symphonie)

Les liens vers l’épisode S05E04 : Script : Télécharger / Audio : Youtube ; Elbakin

Liste des Episodes transcrits

Les innombrables ouvrages de développement personnel et les conseils sur Internet tendent à accumuler les injonctions et les recommandations pour une vie saine – promettant donc une écriture saine. Cette quinzaine, passage au microscope de cette tendance, et de son ancrage dans la réalité ; car Estelle relève qu’un certain nombre de jeunes auteurs ont peut-être une vision fantasmée de la vie d’auteur qui peut prendre le pas sur l’acte même d’écrire. Mélanie rappelle qu’il n’y a pas de méthode absolue, et qu’il est capital de connaître son propre fonctionnement ; Lionel, qui est davantage immergé dans les techniques de productivité, rappelle que toutes les injonctions ne sont que le symptôme d’une vraie cause : comment réserver du temps et de l’énergie pour écrire ? (Blog de Lionel Davoust)

Et dans la suite de l’article la transcription de l’épisode. N’hésitez pas à intervenir dans les commentaires pour évoquer votre expérience !

(A noter que cet épisode n’a pas pu bénéficier de relecture par une tierce personne. N’hésitez pas à me signaler toute erreur ou contresens)

Vous écoutez Procrastination, Saison 5 Episode 4 :

La course à la perfection

Podcast sur l’écriture en 15 minutes.

Parce que vous avez autre chose à faire.

Et qu’on n’a pas la science infuse.

Avec les voix de : Mélanie Fazi, Estelle Faye, et Lionel Davoust.

Lionel Davoust : « Faites du sport, mangez bien, sortez un livre par an, écrivez tous les jours »… Même les injonctions à la productivité, elles sont extrêmement fréquentes et répandues pour les auteurs et pour les créatifs de manière générale. Il y a tout un mouvement originaire notamment de Californie, de la Silicon Valley, sur le soi quantifié et les bonnes et saines manières de vivre votre vie qui sont censées vous permettre d’être meilleur en tout. Donc on va explorer un peu la réalité de ce mode de vie idéal et de sa justesse ou pas.

Est-ce que faire deux heures de musculation par jour et manger macrobiotiques nous permet d’écrire de bons bouquins ? Estelle, je crois que c’était un sujet qui te tenait un peu à cœur qu’on traite ça.

Estelle Faye : En fait, c’est surtout un sujet dont, pareil en festival et autres, je me suis retrouvée à parler, enfin pas en l’amenant moi, mais c’est un sujet que j’ai retrouvé pas mal dans des conversations avec des jeunes auteurs qui, justement, en plus du syndrome de l’imposteur qu’on a tous, se retrouvent confrontés à, quelque part : comment faire pour être un bon auteur, au sens où un auteur pro, au sens vraiment se faire une vie d’auteur pro. Est-ce qu’il faut se faire des horaires de bureau, est-ce qu’il faut faire attention justement à avoir un bon rythme de vie ? Une vision fantasmée de l’auteur en supergestionnaire aussi bien de sa vie, de son temps, de son travail.

Et quelque part, j’ai l’impression que oui, pareil aussi, c’est quelque chose que j’ai vu un peu passer sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, cette idée que, quand même, il faut bien se nourrir, surtout prendre le temps de faire des pauses en extérieur… Des injonctions qui recoupent un peu par moment, celles qu’on donne aussi aux gens qui travaillent depuis chez eux : habillez-vous en tenue de bureau avant de vous mettre à votre ordinateur, ou ce genre de choses.

Et évidemment, quand on se lance dans l’écriture d’un roman, qui je pense, nous serons tous d’accord ici pour dire que c’est assez chronophage, et c’est une écriture au long cours, et certes il faut tenir cette écriture au long cours, donc ça demande aussi forcément des aménagements dans sa vie juste de tous les jours. Mais à quel point, au bout d’un moment, penser à ces aménagements ne prend pas le pas sur simplement écrire, en fait. Et c’est une des questions que je me suis retrouvée à me poser et sur lesquelles je me suis retrouvée à discuter.

Mélanie Fazi : Moi, j’étais assez étonnée quand on a suggéré ce sujet, parce que j’avoue que je n’étais jamais tombée sur cette question que tu vois apparemment revenir assez souvent. Et c’est drôle, ma première réaction en voyant ça, c’est de me dire « mais c’est complètement absurde comme injonction ».

Après, j’y ai réfléchi en me disant peut-être pas tant que ça. En fait, ma réaction à ça serait une chose qu’on a dite, répétée, martelée au cours du podcast et je pense qui s’applique encore ici. On a quand même souvent dit il n’y a pas de méthode absolue pour l’écriture, écrire tous les jours, tout ça, ça ne convient pas à tout le monde. Enfin on a couvert ça.

Il me semble que c’est pareil pour la question du mode de vie et qu’il y a une chose qui est absolument essentielle à connaître, et là peut-être en plus, c’est connaître son fonctionnement à soi, ce qui est bon pour soi. Est-ce qu’on est quelqu’un qui fonctionne beaucoup mieux avec des contraintes, en se mettant soi-même des contraintes très fortes ? Est-ce que c’est l’inverse ? J’ai connu des gens qui ont besoin d’une discipline absolue et je connais des gens qui sont extrêmement créatifs dans le chaos. Je caricature à peine, c’est des gens dans d’autres disciplines artistiques, mais qui deviennent extrêmement créatifs, complètement ivres à 2h du matin par exemple, alors que d’autres ont besoin des horaires de bureau.

Ce que je voulais ajouter, c’est qu’il y a une question aussi que rien ne peut fonctionner pour tout le monde, ça on est d’accord. Je vais donner un exemple pour moi, c’est que je me suis rendu compte que l’été par exemple, qui est une saison un peu compliquée pour moi, je me décale pour travailler la nuit, tout simplement parce que je me suis rendu compte que je suis hypersensible à la lumière, et que je suis extrêmement fatiguée et stressée si l’été j’essaie de me tenir aux horaires que je tiens l’hiver. Et je me suis aperçue que je travaille infiniment mieux si je me décale la nuit. En disant ça, je me suis rendu compte que ça marche bien pour moi. Je suis parfaitement consciente qu’il y a une très petite proportion de la population à qui ça conviendra, et que ce n’est pas un conseil que je donnerai à tout le monde. Mais c’est parce que je connais mon propre fonctionnement, et ça ne me viendrait pas à l’idée d’aller conseiller ça à quelqu’un d’autre par exemple.

LD : Je pense que le fait de se connaître est le truc fondamental là-dedans. Comme tu l’as rappelé, Estelle, écrire un bouquin, c’est long. Ce qui va derrière ces injonctions, pour moi, ce sont, entre guillemets, des « symptômes » par rapport à la cause première.

Quelle est la cause première ? On va écrire des bouquins, c’est chronophage, et comme on l’a rappelé dans l’épisode Écrire tous les jours, ça nécessite une certaine concentration de longue durée. Disons que, bon, même si tout le monde fonctionne différemment, il y a quand même certains travaux en psychologie et neurologie qui montrent que, en général, il faut un certain temps pour se mettre dans l’esprit de faire un projet, et que donc, en moyenne, il vaut mieux travailler deux heures d’affilée sur un truc, parce que ça permet d’aller plus en profondeur, que de travailler – on va voir si je sais faire un calcul mental – huit fois un quart d’heure. Parce qu’à chaque fois, il faut se remettre dedans. Ça a été plutôt démontré par les gens qui étudient la productivité. Il y a un truc qui s’appelle le switching cost, qui est le coût de changer de tâche. C’est-à-dire que quand on change de truc, il faut un certain temps pour mettre la machine et l’esprit dans le truc. On n’est pas des ordinateurs, on ne switch pas comme ça de manière générale.

Et de façon générale, les gens qui disent qu’ils sont multitâches, a priori, les études psychologiques montrent qu’en réalité, l’esprit est quand même plutôt monotâche. Et que les gens qui se disent multitâche, l’étude neurologique – j’essaierai de voir si je peux la retrouver et la mettre dans les notes c’est sans promesse parce que faut que j’aille chercher l’article scientifique qui va derrière[1] –, mais quand on est multitâche, on a l’impression qu’on est vachement plus productif, mais la psychologie montre qu’en réalité, en fait, on l’est moins. Il y a un aspect subjectif.

Donc derrière, il s’agit de ménager le mode de vie et l’espace qui va permettre d’arriver à se concentrer sur un travail de long terme. Tout le monde fonctionne différemment là-dessus. Donc la question derrière, c’est : comment est-ce que je peux faire pour me donner cette concentration et cet espace pour mon esprit, qui va me permettre de produire un bouquin. Et peu importe ce que c’est. S’il s’agit de vivre la nuit…

C’est rigolo parce que c’est un conseil que je connais bien comme la productivité m’intéresse beaucoup : le fait de s’habiller comme si on allait au bureau tous les jours. Moi je le fais, j’ai des horaires de bureau, parce que je sais, qu’entre guillemets, ça donne une espèce de forme de sacralisation de l’espace de travail. Comme je travaille à domicile, ça me permet de mettre une distinction, c’est-à-dire :n oui je suis au boulot à 8h30 du matin et en ce moment j’en pars à 21h30, 22h. Mais je sais qu’une fois que je suis sorti de ça, mon esprit a le droit de switcher. Et c’est important pour moi parce que sinon le travail contamine approximativement tout et je suis incapable de me poser.

Tu parlais de la manière dont tu fonctionnes, Mélanie. Moi, de mon côté, comme je suis obsessionnel compulsif, je suis à fond dans les histoires de productivité. Je suis un grand tenant de la méthode Getting Things Done[2]. Pour organiser les notes, je suis un grand tenant de la méthode Zettelkasten[3]. Je reconnais tout à fait que ça ne fonctionnera pas pour tout le monde. Moi, c’est mon délire et je sais qu’il y a plein de gens que ça aide, mais je le fais pourquoi : parce que ça me permet d’apaiser mon esprit et de savoir que les choses sont bien à leur place rangées par couleur et par taille. Et une fois que c’est comme ça, ça me rend zen et du coup, j’ai l’espace mental pour écrire. Mais il y a des gens probablement qui trouveraient ça horriblement stérile et chacun son truc.

MF : Je sais que pour en avoir parlé avec toi, les méthodes qui fonctionnent pour toi ne fonctionneraient pas sur moi, et inversement sans doute.

Je voulais juste ajouter un petit aparté, c’est qu’en fait pour moi, dans ces histoires de méthode, il y a deux objectifs et deux risques, je dirais. On parle beaucoup des problèmes de concentration et du fait de trouver des méthodes pour réussir à être productif. Mais à l’inverse, il y a un autre problème qu’on ne met peut-être pas suffisamment en avant, c’est que si on a une méthode qui n’est pas adaptée, il y a un risque d’épuisement si on ne respecte pas ses limites. Il faut apprendre à connaître ses limites.

Et je parle en tant que personne qui a une expérience de burnout, qui est quelque chose qui vous tombe dessus assez vite, qui peut vous flinguer durablement, et qui n’en vaut vraiment pas la peine. Aucun projet, aucune ambition, j’ai envie de dire, ne mérite ça. Il faut aussi apprendre absolument à connaître ses limites pour ne pas les dépasser. Et le risque d’appliquer sur soi une méthode qui ne nous convient pas, c’est aussi celui-là.

LD : Entièrement d’accord avec toi, d’autant plus que tu relevais aussi tout à l’heure un truc vachement important qui est qu’on peut essayer de s’épuiser à essayer d’organiser toutes ces habitudes-là. Il se trouve que, aussi, je me suis intéressé à la manière dont les habitudes fonctionnent dans la psychologie, et en gros, c’est un truc qui a du bon sens quand on le dit comme ça, mais ça ne sert à rien d’essayer de prendre 20 habitudes saines à la fois parce qu’on n’en gardera aucune. Éventuellement, si on veut prendre une habitude, il vaut mieux essayer d’en prendre une maximum, peut-être deux vraiment si on est au taquet, si on veut vraiment essayer de les faire. Tu ne peux pas te mettre à essayer de faire 15 kilomètres de vélo par jour, manger sain, arrêter de fumer, écrire tous les jours. C’est inhumain, quoi.

MF : Pour moi, c’est un peu comme les résolutions de fin d’année, c’est-à-dire si d’un seul coup, on se dit j’arrête de boire, je perds 10 kilos, etc. On ne les tient pas si à la base, on n’était pas déjà prêt à le faire, s’il n’y avait pas déjà quelque chose qui était en germe. Et pour moi c’est un peu la même chose, il faut qu’il y ait un mouvement dans lequel on soit déjà engagé.

LD : Un autre truc aussi qui est pour moi super important sur cette histoire de méthode, c’est qu’essayer de designer son style de vie idéal qui nous permettra d’écrire des best-sellers est une manière extrêmement convaincante, mais extrêmement retorse également, de procrastiner. C’est-à-dire qu’on peut effectivement passer beaucoup de temps à acheter le stylo et le carnet qui va bien, qui sera parfait, passer deux heures dehors dans une papeterie en se disant qu’on a bossé. On ne va pas se mentir, c’est pas du boulot, quoi. Alors, je suis le premier à dire que c’est agréable d’avoir de bons outils, mais à un moment, il faut savoir reconnaître quand est-ce qu’on se raconte des craques.

EF : Deux, trois petites choses pour réagir sur ce que vous avez dit, je vais essayer de le faire presque dans l’ordre. Effectivement, il y a ce côté où, disons, on peut passer parfois plus de temps à se mettre dans la peau d’un auteur qu’à véritablement écrire. Et parfois, il faut peut-être faire le deuil de cette odeur idéale qu’on a en tête, donc qui fait tout bien comme on voudrait.

Ce tout bien, ça peut être aussi bien qu’il y a une vie complètement dissolue, mais qui arrive quand même à écrire complètement bourré à trois heures du matin des chefs-d’œuvre, que cet auteur qui a vraiment des horaires de bureau et une vie super saine et tout. Plutôt que d’essayer de correspondre à l’auteur qu’on veut être, avant tout, quand même, le but, c’est d’écrire. Et des conditions idéales, de toute manière, on n’en a jamais. Donc faire le deuil des conditions idéales, ça fait partie du projet.

Je pense qu’aussi il y a deux extrêmes un peu. Un où on est peut-être trop allé par moment dans la culture française, qui est cette vision de l’auteur qui ne fait pas du tout attention, qui écrit en étant crevé, bituré, etc. C’est bien, mais est-ce que c’est tenable sur le long terme, cette vision-là ? Je ne suis pas sûre. À l’inverse, il y a évidemment la vision de l’auteur avec une volonté de professionnalisation que je vois notamment beaucoup arriver chez les jeunes générations, et c’est super cool. Mais par moments, cette volonté de professionnalisation, qu’en voulant vraiment avoir des horaires de bureau, des tenues de bureau et tout ça, elle peut parfois rajouter une pression supplémentaire sur des gens qui n’en n’ont pas besoin.

Après, dans mon expérience, j’ai eu la chance de ne pas aller jusqu’au burnout. Mais maintenant, c’est vrai que personnellement, j’ai tendance à être une grosse accro au boulot. Et en plus, quand j’ai pu commencer à vraiment faire qu’écrire comme métier, quelque part, j’avais l’impression aussi que je devais mériter cette chance un peu, que j’avais, de faire qu’écrire comme métier. Et donc, je faisais qu’écrire, je n’arrêtais plus d’écrire et je ne prenais pas de pause, je ne prenais pas de temps, comme a dit Lionel, pour sortir de mon bureau ou pour simplement m’accorder des moments pour ne plus penser au travail. Et c’est vrai que quand on a son bureau chez soi, c’est une tentation à laquelle il est très facile de céder, de passer quasiment tout son temps à écrire par moments, pendant des jours, voire des semaines entières.

Et là, il y a une citation de je ne sais pas qui qui m’a dit – quelqu’un de mon entourage – ! c’est que ce n’est pas un sprint, c’est une course de fond. Et qu’il faut aussi quand même, surtout si on veut faire plus d’un roman, si on veut vraiment écrire sur le long terme, se faire une vie qui est tenable, et aussi bien au niveau physique qu’au niveau psychologique. Et donc là, oui, accepter de prendre des pauses et trouver un moyen de prendre ces pauses-là, trouver un moyen de s’aérer l’esprit, trouver un moyen de bouger si on a besoin de bouger ou ce genre de choses. Essayer de trouver un équilibre quand même, mais sans que cette recherche d’équilibre, ça devienne une pression supplémentaire.

LD : Je suis entièrement d’accord avec toi. Qu’est-ce que c’est qu’une vie saine d’un auteur ? Tout simplement, c’est un auteur qui arrive à produire des bouquins sans s’user la santé et qui également ménage du temps de recharge. Parce qu’on en parle assez peu finalement, mais dans les métiers créatifs, c’est hyper important d’avoir des moments où l’esprit peut simplement se poser.

J’ai une expérience que j’ai vue après coup, quand j’ai composé une bande originale de jeux vidéo il y a quelques années maintenant. Un projet de développement de jeu vidéo, même indépendant, ça peut être un projet de long terme. En gros, le développement s’est fait sur à peu près deux ans. J’ai fait la musique qui allait derrière, et on m’avait demandé « combien de temps ça t’a pris ? ». Et en fait, j’avais dit : « bah un mois quoi ». Et on m’avait regardé avec des yeux ronds en me disant : « t’as mis un mois pour sortir un album ! ». Et j’ai dit « hop hop hop hop, attention, j’ai fait ça en pointillé de loin en loin ». C’est-à-dire que parfois je ne touchais pas le projet. Alors ça revient à l’encontre de ce que je disais sur écrire tous les jours. Pour le coup, là, je ne touchais pas ce projet parfois pendant un ou deux mois, mais je continuais à y penser en tâche de fond. J’enregistrais des « lalala » dans mon dictaphone pour les trucs qui allaient devenir des morceaux plus tard. Ce qui fait que quand je me mettais devant mon clavier pour faire la composition dans Ableton Live, je savais où j’allais et je savais ce que j’allais faire, mais parce que ce projet-là, s’était nourri parfois de un ou deux mois d’incubation. Et c’est hyper important.

La créativité fonctionne plus comme un jardin que comme un process industriel – dit le mec qui en ce moment travaille 250 heures par moi, mais comme je disais dans l’épisode précédent, j’ai pris du retard à cause d’une blessure, bref, et j’ai des deadlines… Donc voilà, c’est comme ça, mais normalement c’est pas mon rythme de travail habituel, ça. En plus, j’ai plus l’âge de faire ça tout le temps, faut vivre un peu, et l’écriture se nourrit de la vie aussi.

Donc, c’est quoi la vie saine ? C’est de sortir des bouquins avec une discipline qui permet de les sortir avec un rythme qui nous correspond, et avec un plaisir qui nous correspond. Essayez de ne pas trop le faire dans la douleur non plus, parce que la vie est courte. Sauf si on aime la douleur, je ne juge pas.

MF : Et tenir compte aussi… Ça je m’en suis rendu compte sur le long terme, moi j’ai eu tendance à sous-estimer la fatigue occasionnée par toute la promo, les salons et autres. Et c’est quelque chose que je fais avec beaucoup de plaisir, mais je me suis aperçue que c’est très compliqué de faire ça et d’avoir une activité de traduction ou d’écriture ou autre à un rythme normal en parallèle. Après, ça c’est une autre question, c’est pas l’écriture en tant que telle mais ça fait partie des choses auxquelles il faut penser.

LD : Complètement. Il y a un truc, juste, sur lequel j’aimerais insister qui est que cette espèce… Effectivement, comme tu rappelais Estelle, le côté un peu français où en gros t’écris bituré, ou le côté très winner à l’américaine de l’auteur chef d’entreprise, derrière ça, il y a cette espèce de métrique du succès. Qu’est-ce que c’est le succès dans l’écriture ? Est-ce que c’est vendre des centaines de millions de bouquins ? Déjà, ça dépend pas de nous.

J’adhère beaucoup en ce moment à la vision de Elisabeth Gilbert dans son bouquin Big Magic qui a été traduit en français Comme par magie. C’est quoi le succès d’un auteur ? C’est un auteur qui écrit, c’est un auteur qui vit son art et qui s’y consacre, et le reste ne nous appartient pas de toute façon. Elle dit – et c’est un truc auquel je souscris beaucoup – c’est : « Qu’est-ce qu’un auteur, qu’est-ce qu’un créatif qui connaît le succès ? C’est quelqu’un qui est investi dans ce qu’il fait ». Et c’est la seule chose, en plus, qu’on peut vaguement contrôler. Et voilà. Et si on a envie de le faire. Et derrière vient cette espèce d’envie vitale qui, pour moi, est fondamentale, qui est l’envie. On fait ça parce qu’on a envie de le faire. Alors, des fois, c’est difficile, loin de moi, l’idée de nier l’aspect. Mais à la base, on le fait parce que ça a du sens pour nous. Si ça n’en a pas, il faut faire autre chose. Et ce n’est pas grave.

MF : Je pense que c’est le mot de la fin.

LD : Petite citation pour terminer ?

EF : « Chaque action que l’on fait est un vote pour la personne que l’on veut devenir », James Clear.

Jingle : C’était Procrastination, merci de nous avoir suivis. Maintenant, assez procrastiné, allez écrire !


[1] Le coût cognitif de changer de tâches et faire plusieurs choses à la fois : https://www.apa.org/research/action/multitask

[2]  S’organiser pour réussir, la méthode Getting Things Done, David Allen

[3] zettelkasten.de

2 réflexions sur “Vous lisez Procrastination : S05E04 – La course à la perfection

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