Vous lisez Procrastination : S05E05 – Etre auteur et timide

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S05E05 : Être auteur et timide

(Transcription : Symphonie )

Les liens vers l’épisode S05E05 : Script : Télécharger / Audio : Youtube ; Elbakin

Liste des Episodes transcrits

Le métier d’auteur, ce n’est pas seulement rédiger des chefs-d’œuvre derrière son clavier (même si ça commence par là) – c’est aussi nouer des relations avec éditeurs, et espérons-le, des lecteurs, des journalistes, des partenaires – des tas de vrais gens. Comment survit-on à cette nécessité quand l’on a décidé (peut-être résolument) d’exercer un art solitaire ?
Mélanie a une excellente nouvelle : cela s’apprend, et miser sur ses propres forces et aisances, prendre garde à ses besoins, est une stratégie certainement meilleure à une astreinte à des devoirs qui ne nous correspondent pas. Estelle prolonge le point de vue en parlant des obstacles inconscients de l’auteur, et donne quelques trucs pour arriver à parler de son travail sans se liquéfier. Enfin, Lionel rappelle les définitions de l’introversion et de l’extroversion, et loue les bienfaits de l’improvisation théâtrale.
(Blog de Lionel Davoust)

Et dans la suite de l’article la transcription de l’épisode. N’hésitez pas à intervenir dans les commentaires pour évoquer votre expérience !

(A noter que cet épisode n’a pas pu bénéficier de relecture par une tierce personne. N’hésitez pas à me signaler toute erreur ou contresens)

Vous écoutez Procrastination, Saison 5 Episode 5 :

Être auteur et timide

Podcast sur l’écriture en 15 minutes.

Parce que vous avez autre chose à faire.

Et qu’on n’a pas la science infuse.

Avec les voix de : Mélanie Fazi, Estelle Faye, et Lionel Davoust.

Lionel Davoust : On écrit pour être seul dans sa tour d’ivoire derrière son clavier, hanté par de grandes idées, de grands concepts et des histoires épiques. Et là, patatras ! On vous annonce qu’il va falloir aller parler à des gens, qu’il va falloir aller pitcher à des éditeurs, qu’il va falloir entretenir des conversations intéressantes dans des cocktails mondains, et puis se promouvoir [?], peut-être parler en public avec un micro dans la main. Qui sait ? Peut-être même être embringué par un pote pour aller faire un podcast sur l’écriture. Oh la la !

On va parler du fait que l’écriture, souvent, attire quand même plutôt des gens avec une vie intérieure riche et pas forcément toujours à l’aise en public. Ça existe. J’en fais partie et je me soigne. Donc on va parler de la manière de survivre au fait d’être auteur quand on est timide.

Est-ce que vous êtes des gens timides ?

Mélanie Fazi : Oh, alors ça… Je souscris tout à fait à ce que tu disais, je me suis fait cette remarque aussi que l’écriture, c’est quelque chose qui attire quand même des gens avec un profil souvent… Moi, j’ai déjà dit que j’ai développé l’écriture parce que je suis pas à l’aise à l’oral. Donc voilà, je suis complètement dans ce type de profil. Et c’est intéressant parce que c’est quelque chose qui s’apprend, tout ça. Je me revois en fait, à mes débuts, complètement pétrifiée de timidité : première table ronde, première rencontre avec un éditeur, tout ça. Me dire « non, ça ne va pas être possible ». Et puis, 20 ans plus tard, voilà, on a pris l’habitude d’un certain nombre de choses. Mais c’est vrai que ça peut être extrêmement intimidant au départ.

Estelle Faye : Moi, je suis pas trop timide en fait, au contraire, j’adore parler aux gens, j’adore vraiment être dans des grandes foules, des festivals avec plein de personnes, des tables rondes, des discussions… Mais c’est vrai que j’ai rencontré forcément des gens qui l’étaient beaucoup plus que moi, y compris aussi dans la première partie de mon parcours qui était dans le théâtre, qui quand même est un art qui attire aussi beaucoup de timides. Et ça m’a fait réfléchir pas mal à tous ces sujets-là, et de voir leur parcours aussi à eux. Et de voir, mine de rien, comment moi aussi il y a des choses qui m’avaient beaucoup apporté. Même si je ne suis pas timide à la base, il y a des expériences qui m’ont beaucoup apporté dans une certaine aisance et une certaine facilité à présenter mes histoires.

MF : Moi, ce qui me frappe avec le recul, c’est à quel point on découvre, comme pour beaucoup d’autres aspects, ses forces et ses faiblesses et ses capacités. Et on va découvrir qu’il y a des zones, notamment dans le travail promo, où on va soi-même se découvrir à l’aise, à sa propre surprise. Et d’autres où, vraiment, on s’aperçoit que ce n’est pas notre fort et on va plutôt tout miser ailleurs.

Par exemple, je me souviens de ma première rencontre avec une classe. C’était des collégiens à l’époque, maintenant, je rencontre plutôt des lycéens. Et je me souviens de cette terreur absolue en me disant « mais ils vont se moquer de moi ». Je me projetais, moi, à la place des profs de quand j’étais ado : « ils vont se moquer de moi, ça va être une catastrophe ». Et à ma grande surprise, j’ai découvert que j’avais une aisance pour ça, que j’ai vraiment développée avec le temps, et maintenant, c’est quelque chose que j’adore faire.

Alors qu’à l’inverse, par exemple, une situation avec laquelle je ne suis pas toujours à l’aise, c’est de discuter avec des lecteurs dans un salon. Et s’ils ne sont pas des gens qui font le premier pas vers moi, s’ils ne sont pas des gens qui manifestent déjà un intérêt pour mon livre, j’ai du mal moi à faire le premier pas vers eux, ce que je vois des collègues faire de temps en temps.

On finit par découvrir qu’en ayant justement un profil timide ou pas, il y a des endroits où on va se découvrir des capacités.

Et les tables rondes, pareil, une fois qu’on a qu’une certaine aisance à parler de certains sujets, ça devient de plus en plus facile.

LD : Concernant la timidité, tu l’as un peu mentionné dans un épisode précédent, Mélanie, le fait que la promo, ce genre de choses, ça pouvait être fatigant. Je me disais qu’il pourrait être juste intéressant de faire un très bref rappel sur les concepts de timidité/de plaisir à interagir comme ça, et les notions psychologiques d’intro et d’extraversion.

Contrairement à ce qu’on pense dans l’acception un peu générique du terme, l’introversion, c’est pas quelqu’un qui est nécessairement timide. Quelqu’un qui est introverti et quelqu’un qui est extraverti, c’est défini, en tout cas si ma mémoire est bonne par Carl Gustav Jung, c’est défini par en fait l’énergie que ça prend. C’est-à-dire que quelqu’un qui est un profil plutôt introverti, ça ne veut pas du tout dire qu’il ou elle est timide, ça peut être le cas, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Ça veut simplement dire que quelqu’un qui est introverti va recharger ses batteries quand il ou elle est seul.e ou en très petit comité, et va avoir ses batteries qui vont être drainées en public. Pour quelqu’un qui a un profil extraverti, c’est l’inverse. C’est quelqu’un qui se recharge dans une atmosphère avec plein de gens et qui va plutôt être vidé par la solitude.

Tout cela n’a rien à voir avec les notions de timidité et même de plaisir qu’on peut avoir à interagir avec des gens. On peut avoir des introvertis qui adorent être en public, mais juste ça va les drainer, ça n’est absolument pas du tout corrélé.

Donc quand on réfléchit à se dire comment vivre aussi ce genre de choses, comment vivre éventuellement l’exposition publique, ça peut être intéressant de réfléchir à ces choses-là pour essayer de délimiter, définir de quoi on a besoin en fait.

MF : Moi je parlais d’aisance et c’est vraiment quelque chose de cet ordre-là. On est câblés d’une certaine manière qui fait qu’on va contre sa nature ou pas pour faire ces choses-là, et qu’on a plaisir ou pas à les faire.

Je voulais faire un petit aparté, puisque tu rebondis là-dessus. En fait, j’ai hésité quand tu posais la question : « est-ce que vous êtes timide ? ». Moi, je suis un cas un peu particulier, puisque je n’en ai jamais parlé dans le podcast, mais j’en ai beaucoup parlé publiquement. Je ne suis pas simplement introvertie, je suis sur le spectre de l’autisme. Et j’ai découvert que pas mal d’auteurs et autrices que je connais sont dans ce cas, j’en connais d’autres. Et on fait toutes ces choses-là, des tables rondes, des rencontres avec des lecteurs, on a trouvé un moyen de fonctionner comme ça, tout en n’ayant pas une grande facilité pour ça à la base, on va dire. Tout ça pour dire, entre guillemets, que s’il y a des auteurs qui peuvent être complètement effrayés par cette idée qu’un jour il va falloir se confronter au public, j’ai presque envie de dire, si des gens comme moi ont réussi à le faire, c’est que tout le monde peut y arriver. Voilà, c’était pour rebondir sur ta notion d’introversion, parce que c’est un petit peu le prolongement suivant de ça. Et il y a énormément de personnes qui écrivent qui sont dans des cas de figure similaires à des degrés divers, j’ai envie de dire.

Il y a une chose que j’ai trouvée très intéressante en discutant avec d’autres auteurs sur les facilités qu’on a ou pas, c’est que quand on parlait justement de comment on s’adresse aux lecteurs dans les salons ou des choses comme ça, moi je me suis rendu compte que j’ai une facilité par contre pour communiquer via Internet, peut-être pour compenser ça, et que je vais beaucoup, beaucoup m’amuser à utiliser les réseaux sociaux par exemple, là où pour d’autres ça va être une corvée. On peut, en fonction de sa personnalité, trouver l’endroit où on est à l’aise justement pour s’exprimer, s’adresser aux lecteurs, échanger avec eux, faire sa promo, etc. Il n’y a pas une manière unique de le faire en fait, on peut trouver chacun son créneau, si je puis dire.

EF : Là, on a parlé beaucoup des personnalités de base, donc de qui on est à la base. Après, quelque chose que j’ai pas mal vu dans mon parcours personnel, c’est aussi par rapport à l’éducation qu’on a eue, qui par moment, quand on doit présenter ses œuvres en public, peut donc nous avoir donné quelques difficultés supplémentaires.

À la base, moi je suis fille de prof, petite fille d’instit, et vraiment j’ai une éducation où surtout on ne se mettait jamais en avant. Aussi, où quelque part, on n’allait pas se vendre ou vendre ses projets. Ce n’était pas du tout l’éducation familiale, et c’était vraiment quelque chose qui limite était mal vu, mais d’une manière qui était tellement inconsciente que je l’avais intégré inconsciemment en fait.

Et après, quand j’ai monté ma troupe de théâtre, qu’il a fallu aller chercher des soutiens, qu’il a fallu ensuite distribuer des flyers dans la rue et tout ça, alors qu’à la base, aller vers les gens, c’est facile pour moi, là, tout à coup, comme il fallait défendre mes projets, défendre ma troupe, j’avais l’impression qu’il fallait que je me mette moi en avant. Il y a eu un pas qui a été un peu difficile à faire.

Et les 2-3 trucs que j’ai développés, je ne sais pas après si ça peut en aider d’autres pour dépasser ça. Déjà, quand c’était ma troupe, ce n’était pas moi que je défendais, ce n’était pas moi que j’allais présenter, c’était notre travail commun. Donc ça, c’est un peu une solution de facilité.

Après, évidemment, quand je me suis mise à défendre mes romans ou à présenter mes romans, là, j’avais moins cette solution de facilité. Même si pour moi, mes romans, c’est quand même des travaux communs, parce qu’il y a les éditeurs, les bêta-lecteurs, tout ça qui sont derrière. Et mine de rien, maintenant, quand je présente mes romans, c’est mes personnages que je vais présenter, parce que mes personnages, j’y tiens.

C’est quand même toujours un peu plus facile pour moi de parler des romans des autres que j’aime bien. Je pense qu’on est quelques-uns là-dessus dans le milieu, à avoir cette même inclinaison. Donc c’est toujours plus facile pour moi de parler des romans des autres quand même parce que voilà, j’ai pas à dépasser cette impression que je me mets en avant et que quelque part, c’est pas bien. Mais voilà, quand je parle de mes romans, je me concentre sur mes univers, mes personnages que j’ai envie de présenter au public.

Et c’est ça qui m’aide à… Voilà, c’est ça qui fait que je peux présenter mes romans en festival, en table ronde, etc. C’est le truc que j’ai trouvé quelque part.

MF : Ça, je suis complètement d’accord. Ça résonne pas mal, je pense, avec la question du syndrome de l’imposteur. C’est : est-ce que j’ai des choses intéressantes à dire ? Est-ce que les gens vont m’écouter etc. ? Moi, je dirais qu’il y a – dans mon cas en tout cas – deux choses différentes, c’est que j’ai développé une aisance pour répondre à des questions, des interviews, des rencontres avec des lycéens ou autres. Quand il y a cette idée où j’ai en face des gens qui situent mon travail et qui ont peut-être déjà l’intérêt pour ce travail et vont poser des questions. J’ai plutôt une facilité à répondre à des questions et j’adore avoir ce genre d’échanges.

Il y a une chose que j’ai beaucoup de mal et que je vois faire des collègues dans les salons et que moi je ne me sens pas de faire. C’est quand quelqu’un passe devant nous, de s’adresser à la personne et de dire « bonjour, vous voulez que je vous présente mon travail ? » et d’avoir tout un pitch à dérouler. J’ai des collègues qui font ça de manière brillante. Moi, j’ai du mal parce que déjà en tant que lectrice ou visiteuse d’un salon, je n’aime pas tellement qu’on me « harponne » comme ça, entre guillemets, mais aussi parce que ça a quelque chose de pas naturel pour moi de m’adresser d’abord à quelqu’un avant que cette personne ait manifesté un intérêt. Et je pense qu’on a chacun des endroits où on va être capable d’aller ou pas. Ça, pour moi, c’est l’endroit où vraiment je suis incapable d’aller et quelque part de faire semblant.

Alors que par contre, à l’inverse, j’ai un énorme plaisir à parler de mes livres, ou de mon travail, de ma démarche, à des gens qui le situent déjà ou manifestent un intérêt en premier lieu. J’ai un plaisir d’en parler, je n’ai pas de plaisir à, quelque part, imposer le sujet à quelqu’un qui n’a pas déjà fait ce premier pas.

LD : Je suis comme toi, il y a effectivement des auteurs, on les voit des fois en salon, qui sont des vendeurs phénoménaux. Et parfois j’avoue, je me dis : « oh la vache, j’aimerais bien avoir cette aisance ! » parce que ça a l’air cool et puis ça permet de briser la glace vachement facilement. Mais je pense que c’est important aussi de reconnaître que comme dans tout, on a des fonctionnements qui sont différents. Personnellement, je sais que si je me sens d’humeur un peu blagueuse – ça arrive, on se sent plus ou moins bien – j’ai une facilité à aller faire des blagues avec les gens qui passent devant, mais je ne cherche même pas à vendre un bouquin, c’est juste parce que j’ai la connerie. [rires]

Mais il y a un truc dont je me suis bien rendu compte, c’est qu’il ne faut certainement pas, dans ces trucs-là, essayer de se forcer à faire des trucs qui ne nous correspondent pas. C’est pire que de ne rien faire, je pense. Mais je suis entièrement d’accord avec le fait que ça s’apprend. Je suis un énorme timide à la base. Je suis très, très introverti, et j’ai fait 15 ans d’improvisation théâtrale, et ça a complètement transformé mon rapport à l’interaction. Et ça me permet maintenant justement d’être très à l’aise sur les tables rondes, j’ai zéro stress quand je vais en table ronde, parce que quand vous vous êtes ridiculisé devant des salles à faire des blagues pas drôles, parce que c’était les seules qui vous venaient à ce moment-là et devant des salles entières qui rigolent pas et vous sortez une vanne et vous avez tellement d’énormes moments de solitude… Parlez de vos bouquins en comparaison, ça paraît trop plus facile parce qu’on connaît bien le sujet. Et j’ai tellement eu des moments de solitude en improvisation théâtrale que quelque part, je ne crains plus rien à ce stade. Je vous recommande d’ailleurs, si vous êtes des timides et introvertis, faire un peu d’improvisation théâtrale, ça aide à vachement relativiser les trucs.

Et ça permet justement aussi, ce que je crois percevoir à travers ce que tu dis Estelle, le fait d’arriver qu’on est en train de là, parler de bouquins ou de littérature, ou comme on est quand même dans les domaines de l’Imaginaire, on manque pas de sujets de conversation. Et c’est cool, et ça permet d’arriver à comprendre qu’on ne joue pas sa vie quelque part, et que ça va, c’est cool, y’a pas de soucis.

MF : Alors c’est marrant, l’impro ça ne fonctionne pas sur tout le monde et moi c’est absolument impossible. J’ai aimé prendre des cours de théâtre, mais l’impro j’ai une impossibilité totale en fait, je ne suis pas câblée pour.

Par contre ce que j’allais dire, c’est que dans mon cas ce qui a fait le plus de différence, c’est l’expérience. C’est-à-dire que je parlais tout à l’heure de ma première rencontre avec des élèves où je me suis dit « ça va être une catastrophe », l’expérience m’a prouvé une fois, deux fois, trois fois, dix fois, vingt fois, que ça ne s’est jamais mal passé et que même souvent ce sont des souvenirs extraordinaires. Donc maintenant, j’arrive devant une classe, je sais que par le passé je m’en suis toujours bien sortie, et que même les situations un petit peu difficiles n’ont jamais été si compliquées. Donc on a ce socle-là, je dirais, on sait que d’autres fois ça s’est bien passé, et on peut arriver avec cette confiance-là aussi.

EF : L’expérience, clairement, c’est quelque chose qui m’a vraiment aidée, dans un truc un peu différent, mais c’était vraiment quand je suis arrivée dans le festival d’Avignon avec ma troupe, où il y avait déjà à l’époque plus de 300 troupes et où on ne connaissait à peu près personne dans la ville. Et quand on passe un mois en costume à tendre avec les joues peintes en vert, à tendre des flyers à des gens qu’on ne connaît pas, en leur expliquant notre pièce,, après, on est beaucoup plus à l’aise à la fin du mois qu’au début, clairement.

Et je n’ai pas de pitch tout près de mes romans en salon. Après, il y a des auteurs qui en ont, et je sais aussi pour certains que ça les aide, parce qu’ils ont perfectionné un peu un pitch de leurs romans qu’ils peuvent ressortir si eux, ils n’ont pas une grande aisance à improviser. C’est pas mon truc le pitch tout prêt, moi c’est plus, comme disait Lionel, les conversations s’engagent naturellement ou pas et puis c’est pas grave. Mais avoir un pitch par moment un petit peu travaillé, ça peut aussi aider certains auteurs. Donc conseil aux auteurs, si c’est votre truc, si ça vous tranquillise d’avoir un pitch et quelques variations dessus, allez-y quoi.

MF : Moi j’ai tendance à utiliser plutôt les quatrièmes de couverture. J’aime pas l’idée… Après c’est très personnel, je n’aime pas l’idée de développer un discours à dérouler, parce que ça va un peu à l’encontre de ma manière de fonctionner je dirais, mais pour d’autres oui c’est tout à fait utile. Mais j’aime bien avoir un quatrième de couverture qui soit un peu éloquent. Et notamment pour les recueils de nouvelles, je dis aux gens « parcourez-les, ça vous donnera une idée des sujets » et puis on discute à partir de là.

LD : Concernant la préparation – parce que j’ai pu faire ça il y a des années, il y a très, très longtemps, j’étais jeune et j’avais des cheveux – il m’est arrivé de modérer les tables rondes, qui est probablement l’exercice le plus anxiogène dans le domaine que j’ai pu faire, et c’est pour ça que j’en fais plus d’ailleurs. Ça, c’était trop pour moi. Par contre, le piège dans lequel j’étais tombé à l’époque où je faisais ça, et que donc j’aurais une recommandation à donner, c’est que préparez oui, mais ne surpréparez surtout pas. Parce qu’en fait, quand on surprépare, on est complètement à avoir un discours par cœur, on perd toute spontanéité, et surtout ce genre de canevas donne une rigidité au lieu simplement d’être attentif à l’instant et à son interlocuteur, parce que quand il y a ce genre de trucs, en fait à la base on rencontre des gens, et c’est juste une rencontre entre deux personnes, et il faut juste être disponible à s’intéresser à ce que la personne en face est. Alors que quand on a tendance à surpréparer, ça peut être très rassurant, mais à mon humble avis c’est la meilleure manière de tuer toute spontanéité et tout naturel et tout le truc cool qu’il pourrait y avoir dans une rencontre.

EF : Dans un style un peu différent, donc plus professionnel, notamment il y a quelques mois, j’ai préparé des auteurs pour une séance de pitch-dating devant des pros de l’audiovisuel. Et l’idée souvent dans ce cas-là, ce que j’essaye d’amener, c’est qu’ils aient, – comme c’est un exercice un peu particulier, le pitch quand même, mais ça peut aider – qu’ils aient un canevas de ce qu’ils peuvent dire, mais pas un discours appris par cœur, en fait. D’avoir un petit peu, voilà, quelques balises de : « sur vos romans, vous pouvez dire ça, ça et ça ». Et ça, ça peut être peut-être un intermédiaire par rapport à ce que tu disais, Lionel.

LD : Exactement. Petite citation pour terminer ?

MF : Une citation de Jacques Dutronc : « La timidité est une forme de politesse ».

Jingle : C’était Procrastination, merci de nous avoir suivis. Maintenant, assez procrastiné, allez écrire !

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