Vous lisez Procrastination : S05E09 – L’organisation d’une journée de travail

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S05E09 : L’organisation d’une journée de travail

(Transcription : Symphonie )

Les liens vers l’épisode S05E09 : Script : Télécharger / Audio : Youtube ; Elbakin

Liste des Episodes transcrits

L’écriture, la création et, de manière générale, le travail des indépendants nécessitent temps, concentration et discipline. À travers leurs expériences, personnalités et habitudes, Mélanie, Estelle et Lionel dévoilent leur organisation et leurs « trucs » pour gérer au long cours leurs projets. Mélanie rappelle d’abord que l’indépendance est souvent un peu fantasmée, et qu’elle laisse en réalité peu de temps et d’énergie en dehors du travail… Il est important de connaître ses limites. Estelle dévoile son absence d’horaires réguliers, et sa méthode de fonctionnement « à la tâche », quand Lionel parle de la difficulté à se mettre à l’écriture et des bienfaits du time-blocking. (Blog de Lionel Davoust)

Et dans la suite de l’article la transcription de l’épisode. N’hésitez pas à intervenir dans les commentaires pour évoquer votre expérience ! (A noter que cet épisode n’a pas pu bénéficier de relecture par une tierce personne. N’hésitez pas à me signaler toute erreur ou contresens)

Vous écoutez Procrastination, Saison 5 Episode 9 :

L’organisation d’une journée de travail

Podcast sur l’écriture en 15 minutes.

Parce que vous avez autre chose à faire.

Et qu’on n’a pas la science infuse.

Avec les voix de : Mélanie Fazi, Estelle Faye, et Lionel Davoust.

Lionel Davoust : C’est une question qui nous a été fréquemment posée, indépendamment ou tous ensemble, puisque nous sommes trois indépendants. Je ne sais pas vous, mais moi, régulièrement, on me dit : « Jamais je pourrais travailler tout seul devant mon ordi, je serais incapable de me motiver ».

Donc la question, c’est un petit peu : comment on s’organise, finalement, quand on est indépendant – au sens large ? Quand on est auteur, autrice, traductrice, traductrice, au sens plus restreint. Est-ce qu’il y a éventuellement des astuces pour organiser son travail ? Comment on fait pour rester concentré, pour éviter de passer sa vie à glander sur Facebook ou caresser son chat, etc.

Déjà, peut-être pour commencer, est-ce que c’est quelque chose qui vous est venu relativement naturellement ? Est-ce que vous avez toujours été indépendantes ? Le cas échéant, qu’est-ce que vous avez dû apprendre ?

Mélanie Fazi : Moi, mon cas de figure est un peu particulier, parce qu’en fait, je suis indépendante depuis 2002, donc ça fait – oups ! – 18 ans. Par contre, je suis indépendante en tant que traductrice, et l’écriture est, je ne vais pas dire une activité à côté, mais n’a pas la même importance en termes d’organisation dans ma vie. Donc si je peux répondre, moi, c’est plutôt en tant que traductrice. J’ai une organisation différente pour les deux.

Ça n’a pas été… Je dirais que quand j’avais un métier avant ça, j’ai eu un boulot alimentaire et je rêvais d’être indépendante et qu’on me foute la paix une bonne fois pour toutes. Et je pense que j’avais un peu fantasmé la liberté que j’aurais à ce moment-là. Et j’ai méchamment déchanté quand je me suis retrouvée seule devant l’écran, effectivement. Parce que ça demande une énergie de dingue, simplement de rester sur le boulot. Et finalement, cette énergie ne nous laisse pas tant que ça de temps, de liberté, d’énergie en dehors. Oui, il y a eu tout un apprentissage pour ça. Je me laisse beaucoup plus de liberté quand j’écris que quand je traduis, donc c’est peut-être de…

Disons qu’en traduction, il y a deux choses. Je dirais qu’il y a une chose qui a été importante, c’est de me fixer un nombre de pages ou en l’occurrence de feuillets par jour à traduire. De fixer une quantité donnée en dessous de laquelle je ne descends pas. Sauf que l’expérience m’a appris aussi, au bout d’un moment, qu’il faut connaître ses limites et qu’il y a des moments où forcer ne sert à rien. J’ai eu un problème de fatigue chronique notamment qui a un peu compliqué les choses, et j’ai dû apprendre à lâcher du lest en fait. Je dirais qu’il y a eu ça, et le fait de se fixer des horaires réguliers.

Mais ce n’est pas un absolu. Je sais qu’il y a d’autres personnes qui n’ont pas ce fonctionnement et moi-même, selon les périodes, je vais avoir un fonctionnement très, très cadré à certains moments et beaucoup plus lâche à d’autres selon le contexte autour.

Par contre, se fixer un minimum peut-être de pages à traduire ou à écrire par jour, se fixer un minimum qui soit raisonnable. Il ne faut pas se fixer des objectifs irréalistes, sinon on ne les tiendra pas.

Estelle Faye : Moi, je vais tout de suite rebondir sur un truc qu’a dit Mélanie. Oui, je pense qu’une des choses qu’on met un peu de temps à cerner, je veux dire, et c’est normal, c’est de savoir effectivement ce qu’on peut faire, estimer ce qu’on peut faire, quelle dose de travail on peut faire dans une journée ou sur une semaine, sans la sous-estimer, sans non plus donc flirter avec le burn-out après. De toute manière, en faire trop, je pense que c’est quelque chose… On passe un peu tous par là à un moment, en tout cas, on est beaucoup à passer par là, parce qu’on teste, on cherche un peu nos limites.

Par contre, moi je suis de l’équipe pas d’horaire régulier, mais j’ai plutôt un fonctionnement à la tâche en fait. Et j’ai des tâches diverses et variées. J’écris beaucoup avec des deadlines et je me mets des deadlines intermédiaires aussi. Donc par exemple, tel jour il faut que j’aie fini telle partie du roman. Et j’arrive à estimer grosso modo combien de temps va me prendre l’écriture de telle partie du roman en prenant en compte les autres activités que je dois gérer autour.

Moi ce qui m’a vraiment beaucoup formée en fait, et à la base c’était pas du tout pour être autrice, parce que c’était pas mon projet de vie, mais c’est donc l’année après le bac, je me suis retrouvée en prépa, et là en gros, le prof d’histoire – grande prépa parisienne très renommée, avec grand prof d’histoire vieux qui nous lisait ses cours sur le 19e siècle sur des vieilles feuilles jaunies –, et qui en premier cours nous dit : « C’est très simple, à la fin du trimestre, vous allez avoir un contrôle sur la Grèce au 5e siècle avant Jésus-Christ. Et je ne vais vous faire aucun cours sur la Grèce au 5e siècle avant Jésus-Christ. Je vais vous donner une référence de livre et toutes les autres, vous allez les trouver par vous-même ». Et donc en gros, c’était vraiment plouf ! on te jette dans la piscine, tu nages. Et mine de rien, je me suis dit : s’il demande, c’est que ça doit être possible.

Et ça m’a appris que je pouvais me débrouiller, effectivement. Je suis allée chercher des bouquins pour faire de la biographie. Donc, j’ai casé des petites heures régulières sur la Grèce au 5e siècle avant Jésus-Christ, entre mes autres activités. J’ai fait des grandes frises chronologiques sur la Grèce au 5e siècle avant Jésus-Christ, etc. Et mine de rien, j’y suis arrivée.

Et je me suis dit, mais en fait – pour moi en tout cas, avec mon caractère – non seulement c’était possible, mais même ça m’a plu. Et ça m’a plu d’organiser mon planning justement à la tâche, en me mettant des petits intermédiaires, des… En gros, donc là je vais réviser tel personnage historique, là il faut absolument que je sache tout sur, j’en sais rien, l’agriculture dans la Grèce au 5e siècle avant Jésus-Christ, etc. Et l’idée c’était ça, c’était de tronçonner une grosse tâche en plus petites tâchse, de voir combien de temps il me fallait pour les faire, et après…

En gros, de travailler, grosso modo, ce que je fais encore quand j’écris, c’est par exemple : là je sais que j’ai une grosse correction à faire et que dans une semaine, je vais pouvoir vraiment faire cinq jours en n’étant quasiment que sur cette correction. Et dans ce cas-là, pour le coup, c’est très simple : je me lève, je me mets à corriger, je corrige plusieurs heures, grosso modo jusqu’à ce que j’aie vraiment trop faim, je mange, je me remets à corriger plusieurs heures. Voilà, mais c’est des gros plots [?] de corrections, en fait.

Quand je suis en deadline, en fin d’écriture d’un roman ou en fin d’écriture d’une partie d’un roman, en fin de correction, sur des journées entières, l’idée, c’est que je travaille par tranche de plusieurs heures, entrecoupées donc de manger, aller me promener au bord de l’océan si je suis en Charente ou ce genre de choses.

Après, je dois reconnaître que, surtout quand j’écris – comme j’aime écrire –, un souci que je n’ai pas, c’est de devoir me discipliner pour rester devant mon ordi. C’est-à-dire, si je suis devant mon ordi, j’écris, je suis emportée par l’écriture, c’est cool. Par contre, il y a tout l’à côté à gérer qui sont les mails, l’administratif et tout ça. Et ça, c’est vrai qu’au début, j’ai eu une grosse tendance à me laisser un peu déborder par ça, parce que j’essayais vraiment toujours de répondre à tous les mails le plus vite possible, à faire tout l’administratif le plus vite et le mieux possible. Et résultat, j’avais l’impression que ça enflait énormément.

Et maintenant, je me demande quand même toujours : aujourd’hui, quelle est ma priorité en matière de boulot ? Cette semaine, quelle est ma priorité en matière de boulot ? Qu’est-ce que je dois absolument faire ? À quel mail, à quelle tâche administrative dois-je absolument me consacrer ? Et à l’inverse, quelle écriture, quelle correction ne peuvent absolument pas attendre ? Et trouver un équilibre entre tout ça. Et j’ai toujours l’impression de jongler avec plusieurs balles.

Maintenant, depuis deux ans après le bac, j’ai toujours fait plusieurs activités en même temps, donc pareil, ça m’a bien aidée.

MF : Je voulais rebondir sur ce que tu disais sur l’administratif. J’ai un problème qui, bizarrement, s’est plutôt accentué avec le temps, qui est la question de… On a tendance à sous-estimer, en fait, le travail qu’on a à faire en plus de l’écriture ou de la traduction.

EF : Oh ! Clairement !

MF : Moi, par exemple, je vais me dire :  « Cette semaine, je vais traduire… Allez, il y a cinq jours dans la semaine, je vais traduire cinq fois X feuillets » et j’ai tendance à oublier que j’ai telle ou telle tâche qui va tomber. Et notamment répondre aux mails, et je suis en train de me rendre compte que souvent je suis trop fatiguée pour faire ça après la journée de boulot, et que ça peut être bien de me prévoir un créneau, une matinée, ou une journée dans la semaine, qui ne soit faite que pour ces à-côtés, qui vont soit me faire complètement perdre le fil de mon travail, soit que je serai trop fatiguée pour faire après. Et avec le temps, je suis de plus en plus obligée d’avoir cette séparation.

EF : Même pas avec le temps, moi, je suis tout à fait d’accord sur l’idée de faire des créneaux d’administratif. On en parlait aussi avec une autre autrice, le week-end dernier en festival. L’administratif ou les mails ou tout ça, c’est quelque chose qui peut tellement déborder, donc, fixer des créneaux pour ça et s’y tenir au maximum, ça permet justement que ça n’empiète pas trop sur le cœur de notre métier quand même, que ce soit de traduire ou d’écrire, ou les deux.

MF : Oui, de ne pas s’épuiser parce que ça génère une fatigue aussi, mine de rien, toutes ces choses-là.

LD : Complètement ! Je vous déteste cordialement qui n’avez aucun mal à vous mettre au boulot dans la journée.

MF : J’ai pas dit ça !

[Rires]

LD : Bon alors je déteste cordialement juste Estelle [rires]. Moi j’ai approximativement… Mais ça va beaucoup mieux depuis que j’ai quitté les réseaux commerciaux, mais pendant longtemps j’avais quand même approximativement la capacité de concentration d’un chaton de trois semaines. Tu agites une ficelle dorée devant les yeux – est-ce que que je suis vissé comme ça ? – je me laisse entraîner très facilement justement, je suis content que vous le mentionniez – je me sens moins seul ! – par le mail administratif de manière générale, mais aussi – c’est pour ça les réseaux c’est la mort de la concentration – toutes les petites choses qu’il faut faire et qui pressent sur ton esprit en te disant « hé ! t’as pas fait ça ».

Et comme écrire des fois ça peut être un peu impressionnant en tout cas, la création ça peut être un peu même anxiogène. Moi des fois j’ai des jours où j’attaque ma journée, je sais que très, très vaguement ce que je vais écrire et c’est en rentrant dans la scène, en réfléchissant, en construisant les trucs que je vais finir par trouver et finir par produire mes pages. Mais à la base, c’est un truc sur lequel je réfléchis, mais je démarre vraiment mes journées à froid, je trouve. Globalement, j’ai l’impression de devoir refaire le travail de la veille chaque jour.

Le truc qui m’a sauvé une bonne part de santé mentale et qui, en plus, permet vachement de cerner ce qu’on est capable de faire en une journée, c’est la technique du time blocking. Alors c’est un terme anglais très branchouille pour juste définir un truc extrêmement simple : tu prends ton calendrier et tu te dis, par exemple « de telle heure à telle heure, je fais ça et je ne fais que ça ». Et il faut une estimation qui soit évidemment réaliste, mais au bout d’un moment, tu te rends compte qu’effectivement, tu n’as que 168 heures par semaine et que tu vas pas tout faire. Et il y a un moment, il faut se rendre compte qu’il y a certaines choses qui, soit elles sont sur le calendrier et elles seront faites, soit tu arrêtes de te raconter que tu les feras un jour. Parce que ce n’est pas matériellement possible. Donc, ça implique des fois de faire des choix. Mais quand on a un problème comme moi, qui ait un peu tendance à vouloir tout faire et dire oui il y a tout, le time blocking aide vachement parce que ça permet de se dire « bon, techniquement, voilà, mon Tetris, il ne rentre pas. Donc quelque chose doit être sacrifié, le sommeil, je sais pas, la santé mentale ou n’importe quoi. Mais si je veux que ce soit fait, il y a quelque chose qui doit sortir ».

Je reviens aussi sur l’idée du quota dans l’écriture. Je fonctionnais beaucoup, et c’est vrai que je fonctionne encore un peu comme ça, parce qu’on a des deadlines, donc à un moment, tu te dis faut que je rende à telle date, donc ça veut dire qu’il faut plus ou moins que je produise tel quota par jour. Dans l’écriture, je trouve ça de plus en plus difficile d’avoir un quota parce que tous les jours sont pas égaux.

D’une, part parce qu’il y a des jours où t’es complètement inspiré, ça se passe bien, ou alors t’arrives à une scène à laquelle tu réfléchis depuis six mois et tu rêves que de ça et donc quand tu l’écris, elle te coule des claviers et c’est trop bien.

Et il y a des jours où, comme je disais tout à l’heure, il faut que tu réfléchisses et que tu traces un peu ton chemin dans la forêt à coup de machette et c’est moins facile. Mais ça ne veut pas dire que tu as été « moins productif », même si tu n’as pas produit une page dans la journée ou tu as juste écrit un paragraphe, tu peux avoir passé beaucoup de temps à réfléchir, à ruminer la matière, comme dit John Gardner dans The Art of Fiction, je crois, et ça ne veut pas dire que c’est du travail perdu, ça veut dire que c’est un temps où il faut réfléchir. La création, ça se nourrit aussi de réflexion.

Moi ce que j’ai tendance de plus en plus… Alors les deadlines ne le permettent pas toujours, mais ce que j’ai tendance de plus en plus à me fixer – pas pour la traduction, parce que la traduction c’est globalement quand même, à part quand on tombe sur des recherches compliquées à faire, on arrive à peu près à estimer combien on fait par jour –, mais dans l’écriture et dans la création je me fixe un quota de temps par jour qui est de cinq heures. Cinq heures par jour, je travaille à créer des trucs, que ce soit nouvelles, romans… Là, je suis très pris par l’écriture, mais aussi quand je fais de la musique, la musique rentre dedans. Tout ce qui est travail créatif. Et quand il n’y a pas une deadline, il n’y a pas un objectif de productivité, mais il y a un objectif de travail sérieux, de temps, et je trouve ça beaucoup plus agréable, parce que ça laisse la liberté à l’esprit d’avoir peut-être des journées qui semblent moins productives, mais qui en réalité nourrissent vachement l’esprit et dont on verra les répercussions en aval.

Un grand piège que ma chère et tendre m’a signalé, et elle avait bien raison, c’est qu’on a tendance notamment dans nos sociétés occidentales productivistes, à se dire que si j’ai fait telle journée… Par exemple, mettons, j’ai fait une super journée, j’ai écrit 20 000 signes, on a tendance à se dire, en gros, c’est que j’arrive à faire 20 000 signes tous les jours et si je ne les ai pas faits, c’est que je n’ai rien foutu. Et ce n’est pas vrai du tout. D’une part parce qu’on n’est pas toujours en bonne forme. Il faut l’accepter aussi. Et ça place une pression qui est inhumaine. Il vaut mieux se dire : quel est mon rythme vraiment moyen et accessible ? Et en fait, il est beaucoup plus agréable de se fixer un quota, comme vous l’avez dit toutes les deux, il est beaucoup plus agréable de se fixer un quota qui est raisonnable et que je sais que je peux atteindre et que j’ai la liberté de dépasser, plutôt que d’être à la cavale.

La création, ça se nourrit aussi de temps, de respiration, de silence mental. Et si on est constamment en train de jouer la cavale – alors des fois on n’a pas le choix parce que les deadlines, parce que les projets, parce que les impondérables, bien sûr. Estelle, ça m’avait marqué, tu parlais dans l’épisode Écrire tous les jours, tu disais « il y a l’environnement idéal d’écriture qu’on voudrait avoir et puis des fois il y a ce que la réalité nous impose ». Mais c’est super important, je pense, quand on cherche à estimer sa productivité moyenne, de se dire « qu’est-ce que je fais, grosso modo, qui est régulièrement accessible », plutôt que de se dire « ah bah si j’ai fait telle bonne journée, je suis capable de faire toujours cette bonne journée ». Non, je ne pense pas que ça fonctionne comme ça.

MF : Tout dépend en plus des circonstances dans lesquelles on écrit, c’est-à-dire est-ce qu’on le fait à temps plein avec une activité à côté, un métier, même une vie de famille ou autre, ou est-ce qu’on est entièrement libre de fixer ? Alors ça dépasse notre cas individuel à tous les trois, mais ça induit énormément de fonctionnements différents selon les circonstances dans lesquelles on travaille. Et je n’avais pas le même fonctionnement quand j’écrivais en plus d’avoir un métier alimentaire à côté.

LD : Alors, que ce soit pour les indépendants ou pour les gens qui ont une vie normale et ma marotte, c’est que je recommande toujours les méthodes de productivité, notamment Getting Things Done, dont le but n’est pas d’arriver à produire plus pour gagner plus, mais dont le but est d’arriver à organiser – ce qui n’est finalement pas tellement digne des fonctions supérieures de l’esprit qui est créer, avoir des idées – et mettre tout ce qu’on peut en pilotage automatique pour avoir l’esprit libre, et arriver à se ménager la bande passante mentale pour arriver à créer un peu plus sereinement que si on se dit « est-ce qu’il ne faut pas que j’oublie d’acheter des clous ? est-ce que j’ai bien fermé le gaz ? etc ».

EF : Mélanie a très bien dit une chose qu’il faut quand même mettre en avant, c’est qu’on n’a jamais assez de temps. Et à fortiori, il y a ceux – notamment spéciale dédicace à mon bêta lecteur, qui arrive à écrire tout en ayant plein de trucs dans sa vie à côté, et notamment quand même un travail qui lui prend pas mal de temps, et deux mômes supers, mais ça lui prend du temps aussi. Et il arrive à vraiment trouver tous les interstices qu’il peut pour écrire et je l’admire beaucoup.

Maintenant, ce que je vois aussi, moi, depuis que c’est vraiment mon métier, quand même, je manque de temps aussi. Parce qu’il y a les livres que j’écris en parallèle, parce qu’il y a toutes les activités parallèles. Je pense qu’on n’a jamais assez de temps pour écrire, quelle que soit la situation. Donc ça, c’est quand même aussi, il faut faire la paix avec ça.

MF : Il y a une chose que je voulais ajouter aussi, c’est qu’en dehors de la question du temps, il y a la question aussi des capacités ou de l’énergie. Je parlais d’un problème de fatigue, moi, qui commence à me compliquer les choses. Je sais que j’ai passé trop longtemps à me flageller de ne pas réussir à faire autant que telle ou telle personne, parce que je pensais que c’était le modèle indépassable. Et au bout d’un moment, on apprend que non, on n’est réellement pas tous égaux devant ça, et que c’est important de savoir quelles sont ses capacités à soi pour ne pas les dépasser. Et pour en avoir fait l’expérience, on peut très, très vite tomber en burn-out simplement parce qu’on ne s’est pas écouté à ce niveau.

LD : Je suis entièrement d’accord. Je l’ai bien vu, comme j’ai des tendances obsessionnelles compulsives, les réseaux commerciaux fonctionnent extrêmement mal avec ma manière de fonctionner, parce que je suis physiquement incapable de lâcher un thread, je suis physiquement incapable de lâcher le truc qui ping et qui ajoute constamment des trucs qui accaparent l’esprit. J’ai fini par réaliser que ça m’enlevait beaucoup plus que ce que ça m’apportait. Et depuis que j’ai quitté ce truc-là, effectivement, j’ai retrouvé une forme de silence et de concentration. Ça veut dire qu’il faut que je réfléchisse à parler de mon travail autrement, d’une manière qui me corresponde.

Mais je pense que s’il y a vraiment un truc sur lequel on pourrait mettre l’accent, c’est que s’organiser, c’est aussi apprendre à se connaître. Et la bonne manière, c’est toujours celle qui permet de produire les trucs dont on est content avec le plus de plaisir et le moins de douleur.

Petite citation pour terminer ?

MF : Alors c’est une citation qui est attribuée à William Faulkner : « Je n’écris que quand je suis inspiré. Par chance, je suis inspiré à 9 h tous les matins ».

Jingle : C’était Procrastination, merci de nous avoir suivis. Maintenant, assez procrastiné, allez écrire !

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