[Livres sur l’écriture]Ecriture : mémoires d’un métier, Stephen King

Ecriture : Mémoires d’un métier

Auteur : Stephen King, Américain

Auto-biographie/Essai sur l’écriture

Traduit par William Olivier Desmond

2000, On writing a memoir of the craft

2001, Albin Michel pour la VF

Quand Stephen King se décide à écrire sur son métier et sur sa vie, un brutal accident de la route met en péril l’un et l’autre. Durant sa convalescence, le romancier découvre les liens toujours plus forts entre l’écriture et la vie. Résultat : ce livre hors norme et génial, tout à la fois essai sur la création littéraire et récit autobiographique. Mais plus encore révélation de cette alchimie qu’est l’inspiration.
Une fois encore Stephen King montre qu’il est bien plus qu’un maître du thriller : un immense écrivain.

Avant propos

Bien que ce soit un peu moins vrai aujourd’hui, je dévore les livres de Stephen King depuis mon adolescence. Ses romans ne m’ont jamais fait peur (à ce niveau, je trouve ses nouvelles beaucoup plus efficaces, ses romans ont, je trouve, souvent trop de longueurs), mais j’aime beaucoup les ambiances qu’il parvient à créer, ces catastrophes, parfois surnaturelles, parfois non, qui font irruption dans le quotidien. Et surtout certaines de ses œuvres sont extrêmement marquantes, je pense en particulier à La ligne verte, que je ne peux ni lire ni regarder sans pleurer, avec ce monologue de Coffey qui prend terriblement aux tripes (si vous cliquez, je suis pas responsable de la survenue de ninjas coupant des oignons).

A noter que j’avais déjà lu cet essai à sa sortie, mais je l’ai relu pour l’occasion.

Ecriture : Mémoires d’un métier, ne vise pas tant les écrivants que les amateurs de ses livres. Comme l’indique la quatrième de couverture, ce n’est pas un ouvrage de conseils d’écriture (même s’il y en a quelques uns), c’est surtout un récit autobiographique, tant sur sa vie personnelle que sur sa vie d’écrivain.

Autobiographie

Cette partie, en réalité scindée en deux, est à la fois très intéressante, et en même temps, elle parlera essentiellement aux lecteurices de Stephen King. Il évoque son enfance, les circonstances qui l’ont mené vers les lectures de genre, ses débuts (compliqués) dans l’écriture etc…

Mais aussi un évènement particulier qui a impacté sa vie personnelle et son parcours d’écriture. Ce n’est pas un spoil, vous le savez déjà très probablement, il a subi un accident qui a bien failli le tuer. Forcément, ça a des conséquences, et c’est vraiment une partie de son histoire qui est dure et plutôt touchante.

Je n’ai pas grand chose à dire là-dessus, si ce n’est : si ça vous intéresserait d’en savoir plus, allez le lire, mais c’est toujours intéressant de lire le parcours d’un écrivain aussi majeur que Stephen King, qu’on apprécie ses textes ou non (mais évidemment, ça vous intéressera probablement davantage si vous êtes dans le premier cas).

Conseils d’écriture

Pour les personnes qui tombent sur cet article, mais ne me connaissent pas, j’écris depuis un certain nombre d’années, donc j’étais assez curieuse de découvrir les process d’écriture de Stephen King.

Pour commencer sur les points intéressants, Stephen King rappelle quelques préceptes qui peuvent sembler enfoncer des portes ouvertes, mais que je trouve très importants : écrire ce que l’on aime, écrire avec sincérité, et persévérer. Il reconnaît ainsi qu’il a eu de la chance, qu’il a bénéficié à ses débuts d’un bon environnement et d’une (relative) bonne santé, ce qui lui a permis de s’accrocher malgré les difficultés et les refus des éditeurs. Je ne me souviens plus de qui est la citation, mais « un auteur professionnel est un auteur amateur qui n’a pas abandonné » (ou quelque chose du genre), je la trouve très pertinente.

Parmi les points que je trouve un peu plus discutables, certains conseils ne seront pas pertinents pour tout le monde, et notamment pour des écrivants non américains. Par exemple, il préconise l’usage presque exclusif de l’incise « dit-il », alors qu’en France, on conseille plutôt la variété. Il assure également qu’un texte finalisé doit être au moins 10 % plus court que le premier jet. Sauf que… ça dépend. En ce qui me concerne, je suis obligée de rallonger le texte lors des corrections, parce que je suis trop concise et je fais trop de rétention d’informations dans mes premiers jets.

J’ai ressenti par moment une certaine condescendance. Il parle par exemple de ces auteurices qui n’ont écrit QUE « cinq livres », sauf que… et alors ? La qualité et la pertinence ne sont pas restreints à la quantité écrite. Il affirme également qu’il faut lire entre 4 à 6 heures par jour. Alors, en soit, pourquoi pas, ça fera pas de mal, mais c’est difficilement réalisable pour la majorité des gens, même quand l’envie est là, que ce soit pour des raisons de boulot, de famille à gérer ou de santé (au sens large) (puis je trouve intéressant de s’intéresser à d’autres formats, à d’autres expériences culturelles que la lecture). Lire n’est évidemment pas un mauvais conseil, mais il y a un côté « productivisme » qui n’est pas forcément l’ambition ou la capacité de tout le monde. Pareil pour l’idée de bannir les adverbes ou la voie passive. Ce sont des outils, dont il ne faut bien sûr pas abuser, mais qui peuvent avoir leur intérêt (comme la plupart des outils d’écriture, finalement – bouh ! un adverbe ! ). Entre « les éviter/les utiliser de façon éclairée » et les « bannir », il y a je pense un véritable grand écart.

(Pour finir, est-ce qu’il était vraiment obligé de parler de seins dans une partie dédié à l’écriture ?).

Bref, si vous veniez pour les conseils d’écriture, ce n’est pas forcément le meilleur ouvrage sur le sujet à mon sens.

Bilan

En tant que lectrice assidue des ouvrages de King, je trouve évidemment ce livre intéressant pour son parcours de vie et d’écrivain. En tant qu’autrice du Dimanche, en revanche, s’il y a des réflexions qui sont bien sûr pertinentes, l’intérêt de ce livre m’a semblé limité. C’est donc davantage une autobiographie ( des « mémoires », comme le dit bien le titre) qu’un « essai sur la création littéraire ». Ce qui n’a rien d’un défaut, bien sûr, tout dépend de ce que vous recherchez pour cette lecture.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

7 réflexions sur “[Livres sur l’écriture]Ecriture : mémoires d’un métier, Stephen King

  1. C’est marrant ! Ton article est tombé alors que j’étais en pleine mis à jour de mon fichier sur les différentes éditions de King que je possède, histoire de ne pas racheter deux fois la même ^^. Je viens d’acheter Billy Summers en poche, et l’envie de lire un bon King me démange !

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    • Les grands esprits, toussa :p Pareil, ça fait un moment que je n’en ai pas (re)lu, ça me manque aussi^^ Je ne sais pas encore si ce sera une relecture ou si je pioche dans les quelques uns que je n’ai pas encore lus^^

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  2. Pingback: Index : Ressources sur l’écriture et l’Imaginaire (02/03/2024) | L'Imaginaerum de Symphonie

    • C’est même assez ironique d’ailleurs, et la raison pour laquelle je préfère ses nouvelles à ses romans la plupart du temps : il est le premier à conseiller la concision, enlever le superflu et tout… alors qu’en effet, niveau digressions, il se pose là 😂

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  3. Je compte bien le relire dans mon parcours de relecture kingienne (j’ai encore un peu de temps, huhu, ma prochaine relecture sera Rage). Ce qui m’attire le plus c’est quand il parle de lui et de sa conception de le littérature mais la partie écriture va m’intéresser aussi, non pas tant pour moi mais parce que ça dit des choses sur lui, ce qui correspond à la lecture que je fais de ses romans actuellement.

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    • Tout à fait, la partie écriture est plus intéressante pour comprendre son process à lui, plutôt qu’à intégrer à son propre process (sauf si ça correspond à notre façon de travailler, bien sûr).

      Je ne suis pas sûre d’avoir lu Rage, tiens.

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