Mon grand livre des dragons : Origines, mythes et légendes, Aurore Meyer

Mon grand livre des dragons : Origines, mythes et légendes (2025, Editions 365)

Autrice : Aurore Meyer

Encyclopédie Jeunesse

Livre reçu dans le cadre d’une opération Masse critique de Babelio.

Un bestiaire illustré spécialisé sur les dragons ! Qui est Quetzalcoalt ? D’où vient Imoogi ? Quel mot le dragon Céto est-il l’origine étymologique ? Votre enfant découvrira les dragons emblématiques du monde entier avec une fiche descriptive et leurs légendes associées. Avec de belles illustrations pleines pages. Ecrit par Aurore Meyer
Un bestiaire illustré spécialisé sur les dragons ! Qui est Quetzalcoalt ? D’où vient Imoogi ? Quel mot le dragon Céto est-il l’origine étymologique ? Votre enfant découvrira les dragons emblématiques du monde entier avec une fiche descriptive et leurs légendes associées. Avec de belles illustrations pleines pages. Ecrit par Aurore Meyer

Tout d’abord, je tiens à remercier l’opération Masse critique de Babelio ainsi que les éditions 365 pour l’envoi de cette encyclopédie.

Mon avis

Les textes

Ayant un IS pour les créatures imaginaires, j’avoue que j’ai un gros faible pour les bestiaires, notamment illustrés. Celui ci propose un balayage intéressant de la figure du dragon, évoquant son évolution dans l’histoire et ses différentes manifestations selon les pays et cultures, avec même 2-3 créatures que je ne connaissais pas. On a également un chapitre consacré aux dragons de fiction, et un autre consacré aux « dragons de la vie réelle » (salamandre, varan, glaucus etc). Les textes sont globalement intéressants et accessibles pour les enfants.

2-3 petites remarques quand même sur les textes histoires de chipoter : dire à des gamins de 8 ans qu' »un astéroïde va s’abattre sur la Terre, mais t’inquiète pas tout de suite » (je paraphrase), je ne suis pas sûre que ce soit l’idée du siècle ; je ne comprends pas trop ce que les gargouilles viennent faire dans une partie dédiée aux animaux ; dire que les varans de Komodo pondent des œufs « comme les serpents », c’pas faux, mais c’est incomplet, puisque tous les serpents ne pondent pas des œufs. Je regrette aussi qu’il ait été si peu évoqué l’influence des mythes et légendes sur la fiction.

Bon, maintenant qu’on a parlé des textes, abordons le sujet qui fâche : les illustrations.

Les illustrations

Pour des raisons, j’imagine, financières et administratives, les images sont soit des images tombées dans le domaine public, soit issues de banques d’images libres de droit. Dommage de ne pas faire appel à de vraies illustrateurices, ou du moins, de ne pas toujours pouvoir créditer les personnes à l’origine de ces images (parce que même en accès gratuit, elles n’ont pas jailli du néant). Je le regrette d’autant plus que certaines sont plutôt jolies, et que j’aurais bien aimé pouvoir retrouver leur origine, justement.

Mais le truc, surtout, c’est que la sélection laisse franchement à désirer. Certaines correspondent à peine aux textes qu’elles sont censées illustrer, en particulier dans le chapitre dédié aux dragons de fiction. Il aurait été facile de juste… mettre des captures d’écran ou les affiches des films/séries, voire les couvertures des livres, mais nope ! Des images aléatoires qui semblent avoir été posées là au pif (mention spéciale à la page consacré à Shrek, qui se retrouve avec un dragon violet complètement aléatoire).

Et puis, parlons de ce qui crève les yeux :

Vous connaissiez, vous, le dragon tabouret et le dragon trilangue ? Ben moi non plus !

Alors. Je ne pense pas que la ou les personnes chargées du choix des illustrations aient fait appel à des IA génératives. Mais soit elles ont pris des images au pif sur internet sans les regarder plus d’une seconde et personne n’a ensuite vérifié derrière (ce qui n’est déjà pas top niveau travail éditorial, parce que là, ça se voit quand même franchement), soit dans la boucle, quelqu’un a effectivement repéré le problème. Et alors, deux possibilités : le quelqu’un en question n’a rien fait remonter et s’est dit « on s’en fout, ça passe », soit ça a été remonté et les personnes décisionnaires se sont dit « vu et s’en tape ». Bref, dans tous les cas, c’est pas franchement sérieux, et c’est rédhibitoire pour moi.

Parce que soit le travail a été fait à la va vite sans réel intérêt pour le projet, soit les personnes qui ont travaillé sur ce livre cautionnent l’IA générative.

L’IA générative

Jusqu’ici, je n’avais pas encore vraiment parlé des IA génératives, mais ce livre m’en donne l’occasion, donc allons-y (et encore, je ne vais évoquer ici qu’une petite facette du problème).

Je ne suis pas contre les IA dans l’absolu. Je veux dire, de l’intelligence artificielle, il y en a partout. Mais des IA pour faire de l’art et de la création ? Pourquoi ? Quel est l’intérêt ? Ca fait partie de ce qui nous rend humains ! On y insuffle nos doutes, nos peurs, nos chevaux de bataille, nos joies, nos drames, nos traumatismes, nos victoires, bref, nos émotions et nos histoires et nos personnalités, ce que JAMAIS l’IA ne saura accomplir ! Puis je ne sais pas vous, mais je n’ai pas envie qu’on me serve de « l’art » réchauffé et sans saveurs ! (Puis bon, niveau écologique, c’est pas le fun non plus, hein).

Parce que je le rappelle, mais l’IA générative ne fait que générer des amalgames à partir du travail de véritables artistes, volé d’ailleurs sans vergogne ni consentement. L’IA générative ne peut proposer des choses que parce des humains ont sué à sa place pendant des millions d’heures.

Des humains dont le métier (illustration, doublage, modélisation, que sais-je) est de plus en plus précaire, avec peu de reconnaissance. Alors oui, c’est du travail. C’est des heures passées à essayer, à rater, à se perfectionner encore et encore, et oui, c’est frustrant de ne pas pouvoir réaliser par soi-même les illustrations dont on aurait envie. Oui, on n’a pas forcément les moyens financiers de faire appel à de vrais artistes. On n’aura jamais le temps ni l’énergie ni la vie pour apprendre à tout faire, c’est comme ça. Et c’est pas grave, il y a des gens qui l’ont fait, et qui elleux n’ont sûrement pas eu le temps ni l’énergie ni la vie pour faire ce que vous faites, vous. Et ne pas savoir faire quelque chose, ce n’est pas une raison pour aller le voler à celleux qui savent.

Puis là, on ne parle pas de quelqu’un qui s’amuse dans son coin à générer des trucs juste pour voir, là on parle d’une maison d’édition et d’un livre publié !

Vous me direz peut-être que « c’est pas grave, c’est un bestiaire pour les enfants, puis les dragons ça existe pas, d’façon ! ». Ben justement, je trouve que c’est d’autant plus important de faire attention quand on s’adresse à des enfants. Leur dire dès l’enfance « ouais, c’est pas grave de voler le travail des autres pour s’éviter des efforts », je suis pas sûre que ce soit un beau message, sans parler de préserver leur imaginaire, voire de leur donner envie de créer à leur tour.

De temps en temps, je chouine sur le fait que l’écriture c’est difficile, et que j’aurais aimé que mes livres soient écrits par quelqu’un d’autre, que je voudrais juste les lire. La vérité ? C’est que je ne le pense pas une seule seconde, bien sûr ! Personne d’autre n’aurait pu les écrire. Pas parce qu’ils sont particulièrement originaux, mais parce qu’il y a plein de trucs très personnels dedans. Et honnêtement, pouvoir réaliser le chemin accompli malgré les difficultés, même si c’est très imparfait, c’est aussi ce qui rend l’écriture aussi satisfaisante. Il en va de même pour l’art et l’artisanat.

Bilan

Cette encyclopédie propose un large panel de dragons issues de cultures et de pays différents, et les textes sont intéressants tout en étant adaptés à des enfants. Malheureusement, il y a clairement un problème dans la sélection des images, qui ne correspondent pas toujours au texte qu’elles sont censées illustrer, et surtout, certaines ont été générées de façon artificielle. En bref, je ne peux pas recommander cette encyclopédie malgré ses textes et son panorama.

Remarquez, au moins maintenant on pourra dire : « ça ne casse pas trois pattes à un dragon ».

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

13 réflexions sur “Mon grand livre des dragons : Origines, mythes et légendes, Aurore Meyer

  1. Bien, bien, bien : au moins, on est prévenus ! Merci pour cet avis éclairé et argumenté. Et comme toi, je trouve que franchement, plutôt que d’utiliser n’importe quelles illustrations, autant ne pas faire de bouquin. Il y a déjà bien assez de médiocrité sur les tables des libraires, hélas !

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  2. Pingback: Les Symphonews inachevées – Décembre 2025 | L'Imaginaerum de Symphonie

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