Terry Pratchett et la mort : mourir en majuscules, Justine Breton

Terry Pratchett et la mort : mourir en majuscules (2025, L’Atalante)

Justine Breton, Française

Essai

Couverture : Paul Kidby

C’EST BIEN DE LEURS COUPS, AUX MORTELS.
ILS N’ONT QUE QUELQUES ANNÉES DEVANT EUX,
ET ILS LES PASSENT À SE COMPLIQUER LA VIE.
FASCINANT. PRENDS UN CORNICHON.

« J’ai eu envie d’interroger comment Pratchett avait pu rendre un tel personnage aussi sympathique, aussi paradoxalement vivant. Et surtout, aussi révélateur de ce que signifie être humain. » Justine Breton parle ici du personnage le plus populaire des livres de l’auteur britannique : la Mort.

Pour preuve, si les aventures de la Mort sont principalement développées dans cinq romans : Mortimer, Le Faucheur, Accros du roc, Le Père Porcher et Procrastination, le personnage apparaît dans trente-neuf livres sur les quarante et un qui composent « Les Annales du Disque?monde » !

Dans cet essai passionnant, érudit et émouvant, Justine Breton traite aussi de l’usage littéraire de l’humour, de l’ironie, du burlesque, ainsi que de l’inscription dans le genre de la fantasy des « Annales ».

Mon avis

Il y a 11 ans jour pour jour, à l’annonce du décès de Sir Terry Pratchett de 12 Mars 2015, mon premier réflexe a été de ne pas y croire. C’était un peu la mode des fausses annonces de décès de « stars » à ce moment-là, et même si je savais qu’il était malade… ça ne pouvait pas être vrai. Jusqu’à ce que je tombe sur cette publication sur Twitter, avec la voix en majuscules de la Mort himself : « AT LAST, SIR TERRY, WE MUST WALK TOGETHER », et là, sa mort est devenue bien réelle pour moi. Ça ne faisait que 4 ans, quelque chose comme ça, que j’avais redécouvert son œuvre après un essai mitigé quelques années auparavant, et pourtant, ce jour-là, c’est la première et dernière fois que j’ai littéralement pleuré la disparition d’une personne célèbre. Mais quelque part, l’imaginer escorté par une figure aussi sympathique que la Mort, ça avait quelque chose de réconfortant.

La mort avec une minuscule imprègne fortement l’œuvre de Terry Pratchett, que ce soit en terme de concept ou de personnage via sa représentation anthropomorphique en majuscules, ce qui rend le principe même d’un tel essai particulièrement pertinent.

L’essai aborde cette thématiques via différents angles et de nombreuses citations et références issues des livres ou des interviews de Pratchett. Des Annales du Disque-Monde, puisque c’est sans doute la série de livres la plus connue, on y retrouvera en particulier le cycle de la Mort des Annales, mais aussi le cycle de Tiphaine Patraque ou encore le personnage de Samuel Vimaire. On y parle de mort, donc, de croyances, de mémoire, d’inéluctabilité, de violence à combattre, qu’elle soit extérieure ou intérieure. Et bien sûr, la Mort tient une bonne place dans cet essai, qui nous démontre s’il y en avait encore besoin à quel point ce personnage est devenu fascinant et attachant au fil de son évolution narrative.

Il y est aussi bien sûr question de la maladie de Terry Pratchett, et de la mort qui s’est immiscée peu à peu dans sa vie, jusqu’à ce que la Mort se présente au bout du chemin. Un chapitre touchant et sobre à la fois, sans misérabilisme ni voyeurisme. Mais je dois bien l’avouer, ce chapitre m’a renvoyée au souvenir de ce fameux jour de 2015, et les larmes me sont revenues comme si j’apprenais à nouveau sa disparition (mais on ne meurt pas vraiment tant que notre nom est prononcé, évidemment).

Je pense qu’il faut avoir un minimum en tête l’oeuvre de Pratchett pour bien apprécier cette lecture, même si elle est suffisamment documentée pour être facile à suivre. Je n’avais d’ailleurs pas toutes les références, puisque si j’ai lu plusieurs fois les romans du Disque-Monde, je n’ai pas (encore) lu le cycle Les Aventures de Johnny Maxwell, pas plus que le recueil de nouvelles Fond d’écran, mais les passages qui y faisaient référence étaient tout à fait compréhensibles pour moi. Par contre, attention, même si ça semble évident, je préfère quand même le signaler aucazou : il y a des spoils, en même temps, il n’y a pas trop le choix pour pouvoir explorer cette thématique.

Le ton du livre est très agréable, passionnant et accessible sans être une seule seconde rébarbatif. Certaines idées ou références peuvent se retrouver citées plusieurs fois puisque mêlées à plusieurs chapitres et sous-chapitres, mais ça ne m’a pas donné l’impression de répétitions, et ça m’a permis de lire l’essai tranquillement sans me retrouver noyé’e d’informations.

A noter pour finir les superbes illustrations de Paul Kirby dans le rabat de la couverture, que les lecteurices du Disque-Monde connaissent bien puisque que c’est l’un des deux illustrateurs de cet univers, avec Josh Kirby, lui-même décédé en 2001.

Bilan

On le savait déjà, mais cet essai rappelle tout le talent d’écriture et toute la sensibilité de Terry Pratchett, et toute la richesse de son œuvre. Une lecture à la fois passionnante, accessible et touchante.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

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