[Livres sur l’Imaginaire] Génération Body Horror, Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron

Génération Body Horror (2026, ActuSF)

Autrices : Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron, Françaises

Essai

Couverture : Amélie Marié

Avis rédigé dans le cadre d’un SP

Julia Ducournau et Coralie Fargeat ont électrisé la critique et remis au goût du jour le genre du body horror, longtemps fief masculin considéré comme outrancier, à travers des œuvres-cultes comme La Mouche de David Cronenberg et Society de Brian Yuzna.

C’est parce que l’horreur corporelle possède une histoire bien plus riche que ces seuls noms illustres, en littérature comme au cinéma, que le projet d’écrire Génération Body Horror s’est imposé aux passionnées d’horreur Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron. Leur projet à quatre mains porte une ambition assumée : explorer l’histoire de l’horreur viscérale dans ses moindres recoins, du XIXe siècle à nos jours, exhumant au passage des pépites méconnues, mais aussi interroger combien cette grammaire du corps se donne à voir, ces dernières années, comme un territoire privilégié pour penser la marginalité et laisser exploser sa rage.

Avant de commencer, je souhaiterais remercier les éditions Actu SF pour ce service-presse numérique !

Mon avis

Si le Body Horror est un genre éminemment gore, violent parfois, dégoutant souvent, on aurait tort d’en conclure qu’il s’agit d’un genre existant uniquement pour choquer et faire rendre tripes et boyaux. Alors, oui, ça peut mettre mal à l’aise, mais ça peut aussi être fun, et surtout, ces deux sentiments qu’il est susceptible de provoquer sont rarement là pour être là.

Comme le rappelle Ratelrock dans l’une de ses premières vidéos, le gore n’est pas seulement un effet, la violence n’est pas si stupide, c’est aussi utile pour dire des trucs. J’en profite pour vous conseiller vivement sa chaîne Youtube si vous aimez l’horreur, si vous êtes curieux.ses ou si vous voulez écouter une tasse à fesses qui parle (notamment, et pour rester dans le sujet, toute sa rétrospective sur les films Hellraiser).

Mais quels trucs, me direz-vous ? Eh ben, c’est justement ce que se proposent d’explorer les deux autrices dans cet essai dédié au Body Horror (nooon, c’pas vraaaaaai ? oO). Ce fut d’ailleurs pour moi la première révélation : bien que je sois plutôt familière de ce genre de l’horreur, je le pensais plus étriqué. Les deux autrices ont en effet choisi d’envisager l’horreur corporelle de façon large, avec des ramifications auxquelles je n’aurais pas forcément pensé. Il y a ainsi pas mal de titres que je connaissais et que je n’aurais pas pensé inclure dans cette catégorie (notamment certains films de monstres), et pourtant ça fait parfaitement sens, que ce soit en termes horrifiques ou thématiques.

Avant de parler de l’essai lui-même, une mise en garde : cela peut paraître évident, mais le texte comporte un certain nombre de descriptions et de citations. Si l’horreur corporelle, c’est pas votre truc, si ça vous rend malade et tout, prudence si vous décidez de l’aborder.

Seconde mise en garde : cet essai va spoiler certains évènements de films ou de livres, passage un peu obligé pour parler de ce dont ça parle.

Cet avis est cependant garanti tout public pour ces deux aspects.

Bref.

Après une introduction au projet, et la présentation des autrices, du Body Horror et de son histoire, l’essai se divise en 8 parties principales, dont 7 sont consacrées à de grandes catégories de… euh… « déformations corporelles ». Il ne propose pas d’analyses de titres en particulier, mais il y a pas mal de descriptions et de citations pour appuyer les propos, et il dépeint plutôt une sorte de grosse frise de ce qu’est le Body Horror, ce qu’il raconte et comment il le raconte. Les analyses ne sont pas très approfondies, mais ça permet d’avoir un joli panorama du genre.

Il montre ainsi à quel point le Body Horror est riche en thématiques. Thématiques bien sûr corporelles – rapport au corps, notamment féminin, que ce soit via la grossesse ou les injonctions à la beauté, rapport à la sexualité ou à l’âge, maladies, parasites (Très contente de voir mentionner le film The Bay), plantes (idem pour Les ruines), radioactivité etc, – mais aussi liées à la marginalité : lutte des classes, personnes LGBTIA+, racisées, handicapées. De façon logique et pertinente, la 8e et dernière partie montre que le Body Horror est un genre éminemment politique dans ce qu’il a à raconter (Tout est politique).

Et c’est d’ailleurs il y a quelques années seulement que j’ai réalisé que ces spécificités thématiques étaient la raison principale de mon attrait très jeune pour le Body Horror et les films de monstres, bref, pour l’altérité. Bien, bien avant mes diagnostics, ces genres particuliers de l’horreur parlaient déjà à mon inconscient.

Et pour le coup, j’ai été assez étonnée de voir qu’il y a finalement peu de titres qui mêlent réellement handicaps et body horror alors que c’est un genre qui semble bien s’y prêter. En littérature récente, il ne m’en est finalement venu qu’un seul : Visqueuse, ouvrage d’une des co-autrices de l’essai. Si jamais vous en connaissez d’autres, que vous en écrivez, n’hésitez pas à faire coucou dans les commentaires, je serais assez curieuse d’en découvrir 😉 J’attendais en tout cas particulièrement cette partie, qui je trouve a été bien traitée, en abordant notamment les problématiques liées à la glorification des handicaps ou à « l’inspiration porn » (il me semble qu’on en avait d’ailleurs parlé vite fait dans le podcast de la Garde de Nuit).

(Petite remarque au passage parce que c’est lié au sujet : dans l’introduction, il y a une formulation qui m’a fait tiquer concernant l’euthanasie et la GPA, parce que je ne suis pas trop sûre de ce que le « fait encore débat » implique comme sous entendu. J’en profiterais juste pour dire que la question de l’euthanasie est assez complexe, dans le contexte particulier d’un système médical qui se casse la g***e et d’une société validiste. Bref²).

Pour ce qui est de la forme, c’est vraiment une bonne idée d’avoir inclus des réactions d’autrices et d’auteurs qui viennent parler de leur propre relation au genre. Notons aussi une belle bibliographie en fin d’ouvrage, il y a de quoi s’occuper un moment avec tous ces conseils de films, de séries, de romans, d’essais etc…, même si je trouve un peu dommage qu’il n’y ait pas les pages associées pour retrouver plus facilement ce qu’en disent les co-autrices, mais je pense que ça aurait fait pas mal de boulot en plus pour un détail. Par contre, un peu surprise qu’il ne comporte pas de catégorie « mangas et bandes dessinées », alors que certaines œuvres graphiques sont bien évoquées dans l’essai.

Bilan

Si le Body Horror est un genre que vous connaissez peu ou mal, cet essai pourrait vous aider à mieux comprendre les propos et les thématiques qui se cachent derrière le gore et les modifications corporelles. Si vous êtes déjà convaincu’e, je ne serais pas étonnée que vous appreniez quand même 2-3 trucs au passage – en tout cas, vous risquez de bien augmenter votre wishlist. So much horror, so little time : »( . De mon côté, beaucoup apprécié cette lecture, intéressante et riche en découvertes et pistes de réflexions.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

2 réflexions sur “[Livres sur l’Imaginaire] Génération Body Horror, Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron

    • Je peux te dire qu’il y a de quoi faire en films et séries à regarder 😀

      (Tiens, rien à voir avec le body horror, tu as vu Pretty Lethal sur Amazon Prime ? C’est une comédie d’action/horreur que j’ai trouvée très fun !)

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