
The Sword of Kaigen (2025, ed. Calix)
Autrice : M.L. Wang, Américaine
2019, The Sword of Kaigen
Illustrations par Felix Ortiz, Cartes par Charis Loke
Traduction : Emmanuel Chastellière
Au sommet d’une montagne vivent les guerriers les plus puissants du monde, des surhommes capables de manier des lames de glace. Depuis des centaines d’années, les combattants de la péninsule de Kusanagi tiennent les ennemis de l’Empire à distance, ce qui a valu à leur bout de terre gelé le nom d’Épée de Kaigen. Lorsque les vents de la guerre commenceront à souffler, la famille Matsuda aura-t-elle la force de défendre les siens ? Ou ses membres s’entredéchireront-ils avant même que les vrais ennemis n’atteignent leurs côtes ?
Mon avis
Kaigen est un empire inspiré de l’Asie, et notamment du Japon (même si j’ai l’impression que ce n’est pas le seul pays d’Asie « représenté » au vu des noms de personnages). Il est extrêmement puissant grâce à l’Empereur, mais aussi aux combattants légendaires d’une péninsule dont la force d’intimidation lui a conféré le surnom de « Epée de Kaigen ». Grâce à ces guerriers, à leurs pouvoirs d’eau et de glace, mais surtout à leur loyauté sans faille envers l’Empire, celui-ci ne possède aucun ennemi digne de ce nom, personne qui n’oserait venir s’y confronter. D’ailleurs, ce n’est jamais arrivé.
…
Vous commencez à la sentir, la douille ?
N’empêche que les habitants, eux, ne la sentent pas. A l’exception peut-être de certains étrangers, comme Tsusano Misaki, une femme kaigenaise au passé sombre qui se retrouve femme au foyer suite à un mariage arrangé qui l’a rendue malheureuse, confrontée à un époux indifférent aussi glacé que la montagne, à une belle-famille sévère qui ne la voit que comme une génitrice, et à un milieu extrêmement misogyne. Son passé de guerrière de l’ombre n’existe plus (de toute façon, les femmes sont beaucoup trop fragiles et délicates pour tenir autre chose qu’un couteau de cuisine, voyons, m’enfin !), elle n’est plus qu’un utérus destiné à produire de futurs combattants d’exception, et gare à elle si elle commet l’audace de faillir à son devoir (ouais, grosse ambiance dans la famille Matsuda). Misaki est un personnage très intéressant, à multiples couches, adaptable et obstinée à la fois, que j’ai apprécié dès son introduction, tout comme ses deux amies Setsuko (cœurs sur elle, tout le monde mérite une amie comme Setsuko) et Hyori.
Son fils aîné, Mamoru, est un gentil garçon, mais bon, il est né dans ce milieu et il ne lui viendrait pas à l’idée de contester ce qu’on lui a appris sur l’Empire, sur l’Epée, ou les femmes. En plus, au vu de ses capacités, il a une sacrée pression sur les épaules, parce qu’on le voit déjà égaler, voire surpasser, son père et son oncle, dans la maîtrise de leur légendaire capacité familiale, malgré ses échecs répétés.
Outre l’inspiration « Japon traditionnel » de l’Epée (bien qu’on soit dans une époque moderne), difficile de ne pas penser à Avatar, dernier maître de l’air, compte tenu du système de magie basé sur les éléments. Un système déjà vu, certes, mais que j’ai trouvé particulièrement bien exploité dans ce récit, et qui alimente à la fois les scènes vraiment épiques, mais aussi le quotidien et même l’intime, puisque ces pouvoirs changent par exemple la température corporelle. Le mélange combats aux sabres/pouvoirs est aussi très cool. L’autrice s’est très bien réapproprié ce système pour le personnaliser, si bien qu’en dehors du principe de base, ça n’a finalement pas grand-chose à voir avec Avatar.
J’ai aussi été très agréablement surprise par les thématiques. Contrairement à ce que je pensais au départ, le roman n’est pas tant centré que ça sur les combats. La guerre est pourtant l’une des thématiques principales, entre propagande, patriotisme, réécriture de l’Histoire… et conséquences personnelles.
La famille Matsuda est déjà dysfonctionnelle d’entrée de jeu, à commencer une Misaki qui ne se sent pas à sa place, ignorée et rabaissée en permanence, et un Takeru qui semble aussi sensible qu’un lac gelé. Curieusement, je me suis tout de suite sentie intriguée par Takeru et son côté distant, et j’ai compris pourquoi vers la fin du livre, dans une des scènes les plus émotionnelles du livre (ouais, parce que question émotions, le livre se pose là… Celleux qui savent, savent). C’est donc aussi un récit intimisme qui questionne avec beaucoup de sensibilité les relations familiales et sociétales, et les pressions, malentendus et préjugés qui vont avec.
La fin est semi-ouverte, mais je l’ai quand même trouvée satisfaisante, dans la mesure ou l’arc « Famille Matsuda » est clôturé. On sent quand même que l’univers continue d’exister, puisque tout n’est pas réglé, loin de là, et aussi que l’aventure peut continuer via certains personnages secondaires. Par curiosité, j’ai regardé s’il existait d’autres livres dans cet univers, et apparemment oui, deux, non traduits, qui ne sont pas des suites à proprement parler mais qui semblent suivre un petit personnage qu’on rencontre en fin d’ouvrage. S’ils sortent en Français, je les découvrirai avec plaisir, mais ce roman se suffit à lui-même. D’ailleurs, ce roman est d’abord paru en autoédition, avant de ressortir en ME quatre ans après.
Seul vrai bémol, les 100 premières pages environ, qui seront peut-être arides pour certain’es lecteurices, surtout celleux qui ne sont pas habitués aux termes et sonorités japonais. Il y a certes un glossaire et un dramatis personae pour aider à s’y retrouver, mais je l’ai à peine consulté, essentiellement pour ne pas sortir de l’histoire, mais il est vrai qu’au début il y a pas mal d’informations à intégrer. Mais ça vaut le coup, je l’ai dévoré en trois jours passé ce temps d’acclimatation.
(Chipotage : Quelques coquilles, peu nombreuses vu le pavé, mais il y en a qui m’ont fait tiquer, notamment parce que changement de genre inopiné ou erreur de prénom. Ca ne gêne pas la compréhension, on retombe vite sur nos pattes, mais bon, je le signale quand même)
Bilan
Je suis souvent un peu déçue par les romans d’inspiration japonaise, mais ça n’a pas été du tout le cas ici, au contraire, très belle surprise ! Le récit est addictif, les thématiques intéressantes et bien exploitées, il y a de l’épique, de la réflexion, de la sensibilité, et j’ai adoré suivre l’évolution de la famille Matsuda. (Puis l’objet livre est très beau, je trouve).
Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?
Chouette surprise aussi, alors je n’ai pas forcément aimé pour ce que je pensais aimer. Alors que je pensais avoir un univers qui allait totalement m’emporté, c’est au final plus l’écriture des personnages qui m’a marqué. Je suis frustré de la non utilisation de tout ce riche univers qui a été posée point alors que j’adore le travail sur la psychologie des personnages je lirai donc avec grand plaisir les tomes compagnons dont tu parles ils sont traduits en français, avec l’attente d’y voir l’univers enfin exploité.
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Pareil que toi, je suis venue pour l’univers, et finalement ce sont les personnages qui m’ont fait aimer le livre. Ca ne m’a pas dérangée tant que ça que l’univers ne soit pas davantage exploité, mais comme toi, je ne serais pas contre y retourner, il y a du potentiel à explorer 🙂
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Je ne connaissais pas du tout, mais j’avoue que ça me donne très envie !
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Vraiment une belle surprise en ce qui me concerne ^^
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Il est en haut de ma wish list alors j’espère l’aimer et note de ne pas me laisser décourager par les 100 premières pages !
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Si tu le lis, j’espère que tu passeras toi aussi un bon moment de lecture 😀
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