Textes de l’art : anthologie Imajn’ère 2024, Collectif

Textes de l’Art (2024, ImaJn’ère)

Anthologie SFFF, collectif

Nouvelles, poèmes et illustrations

Couverture : Boris Beuzelin

Dragon au crochet par moi-même, illustration en arrière plan par @MadNautilusArt sur Twix, d’après un personnage de mes romans)

L’Art, l’art, voilà un sujet bien délicat à aborder. Quelle définition donner à une oeuvre ? Elle plaît, procure une satisfaction, un plaisir, elle émeut ou touche, provoque certaines émotions, et elle fait parler, elle provoque des discours.

N’existe-t-il pas un malentendu pernicieux ? Est-ce la beauté des oeuvres qui est à l’origine des effets qu’elles ont sur nous ou, à l’opposé, ne trouve-t-on pas belles des oeuvres parce qu’elles nous font de l’effet et uniquement pour cela ? N’est-ce pas par commodité et par impossibilité de dire vraiment ce qui en elle nous touche, nous émeut, nous fait parler, qui les qualifie de belles ?

Comme tous les ans depuis 12 ans, ImaJn’ère édite son anthologie de nouvelles ouverte aux professionnel’les et aux amateurices lauréats de notre concours.

L’art doit être l’élément central du récit, chaque artiste a dû user du sien pour la réalisation de ce recueil. C’est bien le ressenti procuré par leurs travaux qui en fera une Oeuvre d’art.

Mon avis global

En Avril 2024, quand j’ai pris cette anthologie au salon ImaJn’ère, l’IA générative existait déjà mais restait marginale. Si je voulais lire et chroniquer cette antho’ avant l’édition 2025 (édition 2025 le week-end du 26-27 Avril, à Angers), je n’avais pas anticipé que ça tomberait en même temps qu’une trend que je trouve personnellement assez triste (j’en ai touché un mot dans mes dernières Symphonews). Du coup, c’est l’occasion de remettre un peu l’Art au milieu du village.

Cette anthologie, donc, propose des textes pas mal variées, que ce soit dans les arts présentés (musique, films, peintures, contes, objets du quotidien, artistes eux-mêmes etc.) ou dans les thématiques, avec pas mal de textes appartenant à la science-fiction, où l’art, parfois, brille surtout pour son absence, dans des mondes où il ne fait plus bon vivre. Les textes sont d’ailleurs répartis en quatre thèmes principaux vu que certains reviennent fréquemment (Lever le voile / En mémoire de / Images de la mort / Métamorphose). Chacun des textes est par ailleurs illustré par différents artistes, de quoi ajouter l’image aux mots. Notons enfin que chaque partie est annoncée par un poème de Morgane Stankiewiez, qui donnent le ton de chaque thématique.

Je n’ai pas accroché à tous les textes, ce qui est assez normal puisqu’on est dans une anthologie, et puis je ne suis personnellement pas sensible à toutes les formes d’arts. Mais j’ai trouvé les textes globalement intéressants avec, comme je le disais, une belle variété. Dans la suite de l’article, vous trouverez d’ailleurs mon avis très bref sur chacune des nouvelles, mon non-avis même parfois.

L’art est partout, mais parfois, on ne s’en rend même plus compte qu’il s’agit d’art. Je trouve qu’il est pertinent de rappeler la place de l’art, des artistes et créatifs en tous genres, surtout en ce moment, alors qu’on confie à l’artificiel le soin de la création.

Mon avis texte par texte

Je ne reviendrai pas en détails sur les poèmes de Morgane Stankiewiez, mais j’ai beaucoup apprécié leur ambiance, et j’ai particulièrement aimé « Je maquille le charnier », qui amorce la thématique Revelarum. Du reste, je trouve que c’était une bonne idée pour le découpage de cette antho’.

Revelare Velum

Dans la peau d’un mécène, Bruce Holland Rogers

De prime abord, la dimension assez absurde de cette nouvelle m’a laissée un peu perplexe, mais en fait, j’ai beaucoup aimé sa bienveillance, son optimisme et sa bonne humeur. Un recueil qui commence bien.

Quelques gouttes de rouge et de bleu, Nadia Coste

Un récit dystopique où les émotions et la créativité ont disparu au profit d’une certaine forme de tranquillité. Contrairement à la première nouvelle, c’est évidemment beaucoup plus sombre, et même si le propos est « exagéré » en raison du cadre dystopique, j’y vois un certain parallèle avec notre société, notamment certains médias.

Toccatina forte, Vincent Dionisio

Chose assez normal dans une anthologie, je n’ai pas accroché à cette nouvelle, racontant l’obsession d’un violoniste pour un musicien prodige. Pourtant, j’aime l’horreur, je trouve même l’image de fin assez fascinante dans un registre pour le moins macabre, mais… C’est difficile à expliquer sans spoiler, mais en gros, j’ai eu le sentiment que l’angle choisi ne correspondait pas à ce que racontait la nouvelle.

Partitions, Audrey Pleynet

Une nouvelle qui m’a quelque peu frustrée, mais pas pour la même raison. J’aurais aimé avoir la version longue de cette exploration dédiée à l’étude d’étranges monuments aliens liés à la musique^^. L’histoire reste intéressante, elle m’a quand même semblé un peu étriquée dans ce format.

Détails de l’exposition, Jean Claude Dunyach

Beaucoup aimé celle ci, je me demande si ce n’est pas ma préférée de cette première section. En termes narratifs, déjà, on est sur une sorte de biographie d’un artiste, mais le plus intéressant, c’est ce dont il se sert pour ses œuvres : des fragments de temps d’un univers imaginé par l’artiste. Quant à la chute, je l’ai trouvée particulièrement efficace.

In memoriam

Rien qu’une larme, Wilfried Renaut

Beaucoup aimé l’atmosphère de cette nouvelle, très sensible, qui place un objet du quotidien au cœur de la nature comme œuvre d’art à part entière. Le pitch n’est pas très original dans la SF, mais ça n’empêche pas l’ambiance de fonctionner.

(moins apprécié la pique contre les sciences, surtout à une période où les gens semblent de moins en moins faire confiance aux sciences et plutôt se tourner vers des « sciences alternatives » voire les théories du complot. Mais c’est un autre débat. Je ne suis pas non plus fan du trope lui-même, mais ça, c’est aussi un autre problème).

Les Peintures d’ocre, Aude Constans

Très sympa d’avoir placé cette nouvelle dans un contexte préhistorique, surtout sur le thème de l’art. La nouvelle est sympa, mais elle ne m’a pas marquée plus que ça.

Le Plan, Antoine Lencou

Cette nouvelle avait un point de départ intéressant, situé dans un monde complètement aseptisé à cause des IA et technologies, mais moins convaincue par la fin, justement parce que j’ai eu l’impression que la nouvelle n’avait pas de finalité. Mais c’est plus une histoire de goût qu’un défaut, cette « non finalité » étant aussi porteuse de sens.

Parfums d’un monde oublié, Aude Lapadu-Hargues

Beaucoup aimé celle-ci, c’est assez rare un texte qui se concentre autant sur les odeurs, rare aussi de lire une nouvelle hors anthologie spécialisée avec un personnage central handicapé (je ne peux pas juger de la représentation). La nouvelle est un peu déprimante, notamment la fin, qui correspond bien avec le contexte de l’histoire.

Elle est un autre, Jérémy Bouquin

La nouvelle est sympa, j’aime bien l’idée de montrer que nous pouvons avoir une grande influence sur quelqu’un d’autre sans le vouloir, pour le meilleur ou le pire, et qu’il suffit d’une seconde pour faire basculer la vie de cette personne.

Lettre à Dark Vador, Lionel Davoust

Comme son titre l’indique, cette nouvelle se présente sous forme de lettre, ce qui est un bon moyen pour véhiculer des émotions, entre amour du genre et regrets de ce qui n’est plus. Je vais aussi en profiter pour faire un petit aparté, parce que je la trouve très intéressante pour ce qu’elle propose comme réflexion sur l’écriture de personnage.

J’avoue ne jamais avoir été une grande fan de Star Wars, peut-être parce que je n’ai pas grandi dans le phénomène des premiers films. Reste que Dark Vador est une figure emblématique de la popculture, qui devait sans doute une bonne partie de son charisme à l’aura de mystère qui l’entourait, mystère qui a cessé d’en être un. J’aime les méchants qui ont un background, mais j’aime aussi les « méchants ténébreux », et ceux-là profitent évidemment de ce qu’on en connaît peu sur eux. Ce qui signifie que les préquelles, parfois, se révèlent/révèleraient contre productives selon ce qu’on veut produire comme effet. Le Space Jockey de la saga Alien a, je trouve, beaucoup perdu de son intérêt depuis la nouvelle saga : ce qui était intéressant, c’était toutes les conjectures, toutes les théories qu’on pouvait avoir à son sujet. Evidemment, ce n’est pas binaire. Si je prends la figure du Joker, celui de Heath Ledger est fascinant et terrifiant parce que nous ne pouvons qu’émettre des théories sur son passé (et les théories elles-mêmes sont un intérêt en soi), tandis que le Joker de Joaquin Phoenix est intéressant par son évolution et ce qu’elle met en lumière (on vit dans une saucisse). En bref, expliquer le background d’un méchant ou garder le mystère, les deux sont possibles, mais les effets produits seront différents et on ne place pas le point d’intérêt au même endroit.

Et on voit pas mal ça dans le domaine du cinéma et de la série, avec ces préquelles de films à succès qui proposent de revenir sur le background d’un personnage qui n’en avait peut être pas besoin, ou bien de revenir sur des zones qui auraient bénéficié à rester dans l’ombre, et ce parfois uniquement pour des raisons mercantiles. Des fois, c’est plus intéressant de ne pas avoir toutes les réponses (surtout quand les réponses sont meh).

Comment ça, je me suis égarée ? Bref, cette nouvelle était bien intéressante, on continue la lecture.

Imagines Mortis

Le Dit des deux conteuses, Fabien Clavel

La nouvelle est bien écrite, mais je n’ai malheureusement pas accroché à l’histoire. Ce sont des choses qui arrivent.

La dernière œuvre d’Art, David Coulon

Oh, que je l’ai bien aimée celle-ci ! Elle se présence comme une pièce de théâtre qui démarre avec un humour très absurde, mais qui devient de plus en plus glauque à mesure que l’on comprend les tenants et aboutissants, jusqu’à un final assez horrible. De la comédie et de l’horreur, je prends !

Bankable, Anne-Justine Jasinski

Encore une nouvelle bien sympa, avec une dimension meta puisque le narrateur rédige des lettres de refus suite à des soumissions, rappelant que la qualité n’est pas toujours synonyme d’acceptation et de succès. La fin est particulièrement cynique, et pourtant assez réaliste. Ambiance.

Metamorphosis

La Foudre pétrifiée, Oksana & Gil Prou

J’avoue être passée complètement à côté de cette nouvelle donc je ne pourrai pas en dire grand-chose, ce sont des choses qui arrivent.

Vénus de Manille, Eric Vial-Bonacci

Du body horror « artistique » qui porte en plus une critique sociale ? Bien sûr, je valide ! J’aurais pu adorer cette nouvelle, mais je me serais bien passée des VSS et allusion à un viol. Je pense que la nouvelle n’en avait pas besoin, elle était déjà assez glauque comme ça. Mais j’aime beaucoup l’idée de base.

Béton, plâtre et parpaing, Xavier Lhomme

La nouvelle en soi est sympathique, mais j’ai quand même trouvé que le lien avec la thématique de l’anthologie était assez ténu. J’ai l’impression que l’enquête policière qu’elle nous propose n’aurait pas été différente si elle s’était déroulée dans un autre cadre.

Bed and Barbèque, Francis Carpentier

Au départ, j’ai cru qu’il s’agissait d’une simple « revisite » de L’élégance du hérisson, avec une domestique plus cultivée et curieuse que ses supérieurs. Il y a de ça, oui… mais la domestique en question semble cultiver d’autres intérêts que la poésie. Encore une nouvelle très sympathique, avec un chouïa d’humour noir.

La Chaîne et la Trame, Caza

Je suis passée à côté de celle-ci aussi, un peu trop perchée pour moi^^

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

4 réflexions sur “Textes de l’art : anthologie Imajn’ère 2024, Collectif

  1. Pingback: Les Symphonews inachevées – Avril 2025 | L'Imaginaerum de Symphonie

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