À la recherche de l’esprit renard, Tome 1 : Albans, Alix Naudot Guillerm 

Abans (2025, Gulf Stream)

Tome 1/? du cycle de Fantasy jeunesse d’inspiration japonaise : A la recherche de l’esprit renard.

Alix Naudot Guillerm, Française

Couverture et illustrations intérieures : Alix Naudot Guillerm

Depuis quelque temps, l’esprit renard, le dernier des lùmii, visite les rêves de Merle. Est-ce parce que le jeune garçon est le seul à avoir des yeux de couleurs différentes ? Cette particularité l’empêche en tout cas de déclencher la vue et ainsi d’accomplir son rêve : intégrer la prestigieuse caste des protecteurs, les albans. C’est alors que son village est attaqué par la mystérieuse secte des rogues. L’adolescent y rencontre pour la première fois son père, qui a rejoint ce groupe il y a longtemps. Or, celui-ci est porteur d’un message inattendu : il prétend que Merle, contrairement à ce qu’ont toujours affirmé les albans, peut lui aussi déclencher la vue malgré ses yeux vairons. Dès lors, le garçon va devoir choisir : accorder sa confiance à ce père qui l’a abandonné et a trahi les siens, ou rester fidèle à ceux qui prétendent être des protecteurs ? Seul l’esprit renard a la réponse…

Mon avis

Si vous me suivez un petit peu sur ce blog ou sur les réseaux, vous le savez sans doute désormais, mais je suis un esprit faible : vous me mettez des créatures sous le nez, et je vais fatalement vous prêter mon attention. Entre le renard couvert de mousse, dotés de bras humains et d’un masque, de la couverture, et la promesse d’un univers japonisant inspiré des films Ghiblis… Voui, ce livre a bien entendu mon attention.

(Renaaaaaards <3)

On y retrouve bel et bien une esthétique et des thèmes chers au studio Ghibli et notamment à l’inénarrable Hayao Miyazaki. L’ode à la nature, par le biais des paysages et modes de vie mais surtout par les lùmii, qui ne sont pas sans évoquer un mélange improbable des kodama et de l’esprit-cerf de Princesse Mononoke, ou de leurs pendants maléfiques, les malins, qui se rapprochent davantage du sang-visage affamé du Voyage de Chihiro. Rassurez-vous ces genres de yokai ne sont pas des copier/coller, ils ont leur propre esthétique, une vraie personnalité et background. Bon, pour l’instant, ne vous attendez pas à en voir beaucoup, puisqu’à ce stade de l’histoire, les lùmii… ont disparu. Eh ouais.

On y retrouve aussi le récit initiatique au contact du surnaturel, avec un jeune personnage qui va apprendre à connaître le monde qui l’entoure et surtout, qui va évoluer (même si ça reste timide dans ce tome introductif, je pense qu’on tend vraiment vers ça dans la suite). D’ailleurs, on est sur un rythme assez lent et introspectif dans ce tome, avec peu d’action ou de scènes marquantes, mais il faut bien mettre tout ça en place, on verra ce que ça donne dans les tomes suivants.

Du côté des personnages, le roman fait la part belle à la diversité. Diversité des couleurs de peau, des orientations et des genres. Toutefois, il n’est pas exempt de discriminations, et c’est l’une des thématique du livre. Dans ce monde, on considère que ne pas pouvoir voir les esprits est un handicap, ces personnes sont mêmes qualifiées d’aveugles : puisqu’elles ne peuvent pas voir les menaces invisibles que sont les malins, elles sont complètement dépendantes des albans (celles qui peuvent voir, donc) pour leur survie. Certains albans, loin d’être de preux chevaliers, méprisent ces « aveugles » et ces derniers sont pour la plupart relégués à ce qui est considéré comme de basses besognes, puisqu’ils ne peuvent pratiquer l’art noble du combat. En réponse, l’attitude des albans tend à susciter un sentiment de frustration, de rancune et même de rejet. Je pense que c’est une métaphore plutôt intéressante de certaines dynamiques liées au validisme de notre monde.

Quant à Merle, le jeune protagoniste, il se retrouve assis entre deux chaises, entre sa dysphorie de genre et ses yeux hétérochromes dont un seul est susceptible de voir. Pas assez pour être un alban, trop pour être à à sa place ailleurs, sans compter qu’il y a quelques renards sous gravillon dans son histoire personnelle. Merle est frustré, colérique, manque de confiance en lui et en les autres, de quoi promettre une belle marge évolution par la suite. (Au passage, lors de ma lecture j’ai cru que Merle était un jeune garçon transgenre, mais l’autrice a confirmé lors d’une publication instagram qu’il était en réalité intersexe. )

Bref, pas mal de choses intéressantes, surtout pour la jeunesse.

J’ai quand même eu l’impression par moments qu’on me prenait par la main, notamment parce qu’il y a un certain nombre d’éléments, de caractérisation par exemple, qui sont pas mal répétés pour être sûr qu’on a bien compris l’idée. Certes, on est sur un roman destiné à la jeunesse, mais ça entraîne quelques longueurs (déjà que le récit est assez lent à la base) et je n’ai pas trouvé que c’était compliqué au point de nécessiter autant de précautions. Cela dit, j’ai lu avec mon regard d’adulte habituée aux littératures de l’Imaginaire, donc je suis peut-être aussi juste biaisée à ce niveau. J’imagine que ça peut aussi constituer un avantage pour des personnes qui sont peu lectrices à la base.

Pour finir sur une note positive, mention spéciale aux superbes illustrations de l’autrice elle-même qui émaillent le texte. D’ailleurs, j’avoue que j’avais déjà bien flashé sur la couverture à la base, donc j’étais ravie de voir d’autres illus à l’intérieur^^

Bilan

Un livre jeunesse prometteur qui nous propose univers d’inspiration japonaise dont les créatures ne dépareilleraient pas dans un Ghibli, dans un récit initiatique à la fois bienveillant et sombre. Malgré un rythme peut-être un peu trop lent et introspectif, je lirai la suite avec plaisir.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

Renard au crochet réalisé par moi-même d’après un pattern de Crafty Intentions.

4 réflexions sur “À la recherche de l’esprit renard, Tome 1 : Albans, Alix Naudot Guillerm 

  1. Je suis en train de le lire, et malgré mon envie de me plonger dans cet univers qui me fascine (oui, ça donne très envie), je trouve ça pataud et pas toujours bien formulé. La lenteur, passe encore, les répétitions, c’est vraiment lassant, sans compter des formulations non pas poétiques, mais hasardeuses. Je suis un peu déçue pour le moment.

    Aimé par 1 personne

    • Je te comprends complètement pour les répétitions, même si j’ai aimé l’univers et les thématiques, c’est vraiment trop. J’avoue que je suis toujours plus indulgente avec ce genres de choses sur une lecture destinée à la Jeunesse, parce que j’ai toujours du mal à estimer si je tique parce que je ne suis plus la cible ou pas.

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  2. Pingback: Les Symphonews inachevées – Décembre 2025 | L'Imaginaerum de Symphonie

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