Vous lisez Procrastination : S05E13 – Ecrire son deuxième livre

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S05E13 : Ecrire son deuxième livre

(Transcription : Symphonie)

Les liens vers l’épisode S05E13 : Script : Télécharger / Audio : Youtube ; Elbakin

Liste des Episodes transcrits

Comment passe-t-on de l’élan primal, peut-être candide, à la professionnalisation et à la production régulière ? Est-ce seulement une bonne idée, d’ailleurs ? Quels sont les impératifs qui apparaissent, à quels pièges prendre garde, et comment négocier le passage de la candeur à l’expérience ? Lionel aborde d’emblée les questions de pression de délais, mais aussi les attentes personnelles que l’on se met alors que la notion d’enjeu apparaît ; Estelle parle de l’espérance de ne pas décevoir, et l’exigence de confirmer l’essai. Mélanie aborde le dilemme de la production et d’enchaîner les publications, ainsi que la nécessité de gérer que certains livres marchent inexplicablement bien mieux d’autres. Très vite apparaissent les notions de stratégie, tant de carrière que personnelles et artistiques – lesquelles ne sont pas forcément toujours alignées. (Blog de Lionel Davoust)

Et dans la suite de l’article la transcription de l’épisode. N’hésitez pas à intervenir dans les commentaires pour évoquer votre expérience ! (A noter que cet épisode n’a pas pu bénéficier de relecture par une tierce personne. N’hésitez pas à me signaler toute erreur ou contresens)

Vous écoutez Procrastination, Saison 5 Episode 13 :

Ecrire son deuxième livre

Podcast sur l’écriture en 15 minutes.

Parce que vous avez autre chose à faire.

Et qu’on n’a pas la science infuse.

Avec les voix de : Mélanie Fazi, Estelle Faye, et Lionel Davoust.

Lionel Davoust : Écrire son deuxième livre ou de manière générale survivre à la publication. C’est-à-dire que pendant un certain temps, voire un temps certain, vous avez écrit pour vous, pour votre plaisir, ce qui devrait toujours être la première raison, mais à un moment : catastrophe ! quelqu’un vous propose de publier un truc. Et après, s’engage potentiellement, peut-être, mais c’est tout le mal qu’on vous souhaite de publier encore et davantage.

Donc dans cet épisode, on va essayer de voir de manière générale à comment en fait survivre finalement à la publication, aux éventuels impératifs qui peuvent naître, qu’ils peuvent d’ailleurs vous tomber dessus sans forcément prévenir, sans crier gare.

Comment écrire son deuxième roman et comment écrire sa troisième, quatrième, cinquième nouvelle, et petit à petit passer vers le dur statut de « professionnel » avec tous les guillemets du monde. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ou en tout cas de répondre, d’affronter ces exigences s’il y en a.

Je ne sais pas vous, mais il me semble que les problèmes les plus fréquemment rencontrés quand on fait cette transition, qui n’est pas évidente… En fait, finalement ça revient à, de manière globale, la notion de pression. La pression temporelle – il y a des deadlines –, la pression de créer sur commande, de créer dans un thème, et puis la pression qu’on se met à soi tout seul, c’est-à-dire à un moment il n’y avait pas d’enjeu, ou on n’en avait pas conscience, ou en tout cas les enjeux se déplacent.

Estelle Faye : Oui, alors moi je rajouterais aussi une pression supplémentaire, qui est surtout quand on a un premier roman qui a bien marché ou rencontré des lecteurs, etc., il y a la pression de ne pas décevoir. J’ai un parcours un peu particulier, parce que mon deuxième roman, je l’ai écrit avant que le premier sorte et finalement il est sorti en premier. Ce sont des enjeux qui ont été un peu brouillés pour moi, mais je l’ai vu chez d’autres jeunes auteurs et jeunes autrices… Disons en tout cas la pression du roman qu’on écrit une fois que le ou les premiers ont été publiés. Quand on est déjà auteur publié, qu’on a déjà des lecteurs, des lectrices qui nous suivent, qui attendent des choses de nous, ou du moins, dont on a l’impression qu’ils attendent des choses de nous, quand on a, un peu sans faire exprès quelque part, créé une sorte de standard de base de notre écriture, et qu’on a l’impression… Comment être à la hauteur, en fait, de standards qu’on a créés ? Et ça, ça fait aussi une pression supplémentaire qu’il faut savoir gérer.

Mélanie Fazi : À titre personnel, j’ai plutôt rencontré ça que des attentes plus « concrètes ». Moi, je ne vis pas de l’écriture à temps plein, donc c’est un cas de figure qui est encore un peu différent. Par contre, ce qui m’est arrivé, c’est que j’ai eu, comme toi, j’ai eu un parcours un petit peu brouillé dans le sens où j’ai commencé par des nouvelles et ensuite j’ai signé trois contrats un peu coup sur coup pour des livres déjà écrits. Et c’est peut-être à partir de mon deuxième recueil – qui était mon quatrième livre – que j’ai senti une pression différente.

Moi, essentiellement, parce que j’ai un livre qui a toujours mieux marché que les autres, qui est Serpentine, et je n’ai jamais compris pourquoi. Pourquoi celui-là ? Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Et pourquoi, encore maintenant, il continue à se vendre plus ? Et j’ai extrêmement mal vécu le fait que mon recueil suivant n’ait pas eu le même écho.

Et tout de suite, on va se dire : « ça y est, c’est foutu, mon meilleur travail est derrière moi », enfin, on peut partir vraiment dans un truc parano. Et ça a été difficile de lâcher prise sur ça et d’admettre que non, il ne va pas se repasser exactement la même chose, à l’identique, mais que peut-être ce livre-là, la rencontre se fait moins, mais il peut se passer autre chose ensuite. Et des fois on doit passer par une étape comme ça, ou de répétition de quelque chose, qui ne se passera pas de la même chose pour apprendre à lâcher prise.

Mais je sais que personnellement, c’est ça le plus gros problème que j’ai rencontré, c’est ces attentes que je sentais, avec en plus le fait qu’ayant publié trois livres de manière très rapprochée, sur un concours de circonstances, j’ai dû affronter l’attente des gens qui était presque de décevoir les gens en leur montrant ensuite que non, je suis quelqu’un qui écrit un livre tous les quatre ans et je ne pourrai plus jamais enchaîner aussi vite.

EF : Oui, et il y a vraiment deux choses là-dessus qui, disons, ressemblent beaucoup à des choses que j’ai vécues ou que j’ai autour de moi. C’est effectivement aussi cette temporalité qui devient complètement bizarre, c’est-à-dire que notamment quand, suite à certains concours de circonstances, ou parce qu’on avait pour d’autres auteurs des romans déjà prêts, on publie un ou deux romans de manière très rapprochée, c’est comme s’il fallait confirmer l’essai, en fait, et que le monde s’attend à ce qu’on publie un roman limite tous les ans.

Ce qui, par exemple, n’a pas été le cas entre La dernière lame et Porcelaine, qui étaient mes deux premiers, qui sont sortis très rapprochés, et Un éclat de givre, qui a eu une temporalité un peu plus longue. Et il y a mine de rien aussi, à ce moment-là, après la ou les premières publications, arrivent plein de bons conseils de gens, et qui sont effectivement pour certains des bons conseils, mais tout à coup on se retrouve avec tous les conseils que reçoit un auteur publié sur « voilà, faut pas que tu prennes trop de temps entre deux publis », ou « ah bah ton roman Porcelaine, il a bien marché, c’est sur la Chine, maintenant tu fais le Japon, le Cambodge, le Laos, le Vietnam, quoi ».

Et tout à coup il y a tous ces conseils-là, en fait, pour confirmer l’essai, qui nous arrivent en pleine figure et qu’on sait pas forcément encore comment gérer. Et faire le tri un peu là-dedans, ça fait partie du travail… Disons pour moi, je dirais pas forcément du deuxième roman en tant que tel, mais de ce que représente le deuxième pas après les premières publications.

MF : Il faut parfois un peu de temps pour réussir à démêler soi-même ce qu’on a envie de faire sur le long terme et pour réussir à l’imposer, effectivement.

EF : Clairement. Et alors, après, une chose que j’ai faite et qui, pour le coup, moi, m’a aidée avec mon troisième roman, mais qui était pensé comme le deuxième, qui est Un éclat de givre, et que je vois d’autres auteurs faire, c’est aller complètement ailleurs et, quelque part, déjouer un peu ses attentes et me dire : « de toute manière, voilà, je vais là et puis je vais voir ce qui se passe ». Et quand, une première fois, on fait ce pas d’aller complètement ailleurs, mine de rien, de voir que ça ne casse pas complètement toute la dynamique, pour moi, ça a été assez libérateur de vivre ça.

Et maintenant, chaque fois que j’ai un peu en doute ou tout ça, mon premier réflexe, ça va être vraiment de dire « je ne vais pas essayer de répéter un truc ». C’est au contraire d’aller voir ailleurs, et d’aller voir ce que je n’ai pas encore fait et quelque part de faire toujours comme si c’était un peu le premier pas d’une certaine manière.

MF : Après, au niveau de la question de l’attente, il y a une chose aussi que l’expérience apporte et qui est peut-être difficile au départ, c’est la peur de perdre les lecteurs en cours de route. Et moi, je blague sur ça régulièrement en disant que j’ai des lecteurs qui me suivent d’un livre à l’autre, et je peux partir complètement ailleurs, j’ai quand même un certain nombre de lecteurs qui vont me suivre… je ne vais pas dire sur n’importe quoi, mais sur des projets des fois un peu hors normes. Ce que je ne savais pas au départ, c’est vraiment quelque chose qu’on construit sur le long terme.

EF : Clairement. Et même, ce que je vois, et ça, c’est vraiment une grande chance qu’on a, notamment avec notre lectorat à nous, c’est qu’on a des lecteurs qui aiment bien qu’on aille ailleurs. Et ça, c’est super cool.

MF : Ça, c’est précieux, oui.

EF : Voilà. Et après, de toute manière, disons, est-ce qu’aussi être auteur, c’est être une sorte de petit écrivain écureuil qui va, quelque part, faire sa petite pelote de lecteurs et essayer de la garder bien au chaud dans son petit trou dans le chêne, quoi ? Je suis vraiment pas sûre.

MF : C’est la question, ce que je disais tout à l’heure, de qu’est-ce qu’on décide de faire et comment s’y tenir, et une question d’ambition personnelle, finalement.

LD : Alors, je vous rassure, les lecteurs, on les perd [rires]. Quand je suis parti faire Léviathan en Thriller – qui en fait est en réalité de l’Imaginaire complètement, mais qui a été marketé en Thriller –, j’ai quasiment perdu le peu de lectorat d’Imaginaire que j’avais commencé à constituer. Je dis peu, parce que j’avais publié qu’un recueil de nouvelles et un bouquin chez Critic, avant que Critic ne soit diffusé, distribué, etc. C’était le deuxième bouquin des éditions et à la base, à cette époque-là, c’était un petit éditeur. Puis en Thriller, j’ai quasiment dû tout recommencer de zéro, mais en même temps, c’est pas grave.

Effectivement, je crois que c’était toi Estelle qui disait qu’un auteur c’est pas un écureuil, et au contraire, et d’ailleurs quelque part, je pense que c’est une des plus pernicieuses prisons. Heureusement en Europe, en France, on n’est pas trop sujets à ça je crois, mais on le voit aux États-Unis où les choses sont beaucoup plus marketées, et on voit des auteurs qui se retrouvent dans un univers et qui parfois se retrouvent quand même à ne plus pouvoir développer que ça. Alors, s’ils sont contents de devoir développer avec ça, c’est très bien. Par contre, s’ils aimaient pouvoir faire autre chose et qu’ils ne peuvent pas le faire, c’est ennuyeux pour la liberté créatrice et le plaisir de faire ce truc-là.

Mélanie, t’as parlé de lâcher prise, je pense que c’est hyper important cette notion, notamment le… Encore une fois, tout à fait d’accord avec vous sur la pression et les attentes qu’on se met. Moi, personnellement, juste pour le retour d’expérience, ça peut vous tomber dessus à peu près n’importe quand, qui est que quand j’ai publié La Messagère du Ciel, qui a marché à une envergure qui a surpris Critic et moi le premier. Le bouquin était très remarqué, a eu des prix, etc. et j’étais à mille lieues d’imaginer que ça ferait ça, honnêtement. C’était pas mon premier, ça devait être 6e ou 7e, un truc comme ça, et au moment d’écrire le 2, alors que pourtant je pensais que je savais à peu près ce que je faisais, j’ai pris la pression dont vous parlez en pleine face, mais d’une manière qui m’a complètement vraiment désarçonné. Alors au final, j’ai réussi à m’en sortir, mais je pense que c’est hyper important ce que vous dites.

Le fait que, je pense qu’on navigue ces eaux-là et ce genre de pression toutes et tous à un moment, c’est presque une composante inévitable, mais je pense qu’on est là pour dire que c’est pas grave, et que c’est pas un problème, et qu’on y survit, mais que par contre, et ça devrait de toute façon je pense faire partie du boulot de l’écrivain de manière générale, il y a un boulot d’introspection à faire qui est : « En fait, pourquoi je suis là ? Pourquoi je fais ça ? Qu’est-ce que je veux apporter ? Qu’est-ce que je veux communiquer ? Qu’est-ce que je veux échanger ? ». Et il est indispensable à faire. Mais si on fait un métier intellectuel comme l’écriture, normalement, ça ne devrait pas être trop un souci.

Mais plutôt que de le craindre, j’aurais tendance à dire : embrassons-le, parce que ça ne fait pas mal.

MF : C’est peut-être des questions que je me suis posées plus au début. Je suis en train de repenser à ça. Le moment où on a commencé à mettre un orteil ou un pied dans l’édition et qu’on a envie de s’accrocher à cette place-là, moi, j’ai traversé une phase où je ne savais pas trop ce que je voulais écrire. Je savais que c’était des nouvelles Fantastique, mais je me suis un peu perdue à écrire des textes qui étaient, on va dire, qui étaient bien foutus, bien écrits, bien lissés, mais où il n’y avait pas quelque chose de personnel. Et j’ai eu un moment de flottement, comme ça, à vouloir à tout prix garder cette place que j’étais en train de me construire, mais sans savoir vraiment où j’allais.

EF : Après, aussi quelque chose pour dire un peu du positif sur sa ou ses premières publications : quelque chose que j’ai vraiment expérimenté, c’est, mine de rien, l’assurance différente que ça m’a donnée. Je suis passée par là, je sais à quoi ça ressemble et j’ai une vision aussi plus pro des choses.

Et par exemple, après mes premières publications, je n’ai plus hésité à donner mon avis sur des couvertures – sans me prendre pour une illustratrice que je ne suis pas –, mais en ayant vu effectivement à quel point la pertinence d’une couverture, le fait qu’elle soit pertinente par rapport à un texte, ça a aidé ou pas un livre, par exemple.

J’ai pu davantage, et au fil des publications aussi, voir tous les enjeux qu’il y avait derrière au moment où le livre entrait dans le grand monde. Et aussi avoir un avis dessus, me forger un avis dessus sur comment je voulais que le livre soit présenté, comment moi je pouvais aider à ce que le livre soit présenté de manière pertinente au lecteur, et tout ça aussi de voir où peut-être je pouvais aller. Et ça c’est quelque part… Disons, j’ai l’impression que les premières publications – toutes les publications, mais à fortiori les premières –, c’est comme si on avait un gros coup d’enclume sur le petit métal de l’auteur et qui fait que tout à coup, le petit métal de l’auteur, il commence à vraiment prendre forme grâce à ces coups d’enclume de la publication et de cette confrontation au monde réel.

MF : J’aime bien l’image, mais oui, c’est complètement ça.

LD : Complètement, et je pense qu’à ce stade et rapport à ça, il me semble important de glisser que parfois une dépression… Et c’est relié à cette histoire d’enjeu personnel qu’on se met, c’est que quand on commence et qu’on écrit un peu en ayant envie de la publication, mais en voyant pas forcément comment ça peut se présenter, on fait un peu les choses dans une bulle un peu isolée, qui est loin d’enjeux de publication, de lectorat, de retours, etc. Et quand vient le moment d’écrire le deuxième, troisième, sixième bouquin, vient une autre dimension qui se rajoute, qu’on peut sous-estimer, qui est de se dire : « J’ai réussi à faire une chose, il faut que j’arrive à la refaire ».

Alors, on ne la refait jamais à l’identique, puisqu’on écrit des bouquins qui sont différents, mais il peut y avoir, en tout cas à mon sens, peut se présenter un peu de découragement sur le fait d’arriver à réussir à théoriser ce qui a été intuitif. Et Estelle, je crois que c’est toi qui en parlais dans un épisode précédent, en parlant de la métaphore du danseur qui doit arriver à intérioriser un geste qui lui a été intuitif et ça veut parfois dire de le refaire x fois, et c’est pas forcément très drôle, et puis on peut un peu se faire des courbatures.

Je pense que c’est important de dire que c’est pas grave, c’est le métier qui rentre. Et un truc qui est important – et que je sais pas vous mais que moi j’ai vu –, c’est que le problème, en tout cas d’expérience, c’est que le goût esthétique, et le recul qu’on a sur son travail, a tendance à progresser plus vite que la compétence. Et souvent, l’écart reste constant, ce qui peut être un peu démoralisant. Mais il ne faut pas justement se démoraliser, c’est normal. Ça veut dire qu’on peut avoir une tendance à être constamment insatisfait, mais on est constamment insatisfait parce qu’on progresse. Et on est constamment insatisfait parce qu’on se met en danger.

MF : J’ai pas connu ce décalage là en fait. Qu’il y ait une progression et qu’on maîtrise de mieux en mieux les outils : oui. Oui, j’ai pas senti ce décalage là.

LD : C’est parfait, je te déteste.

MF : [rires] J’ai eu d’autres problèmes je dirais, notamment cette question de la productivité, d’arriver à accepter que je serai jamais aussi productive que j’aurais souhaité l’être.

Il y a une chose que je voulais ajouter, c’est que ce que j’ai trouvé très, très déstabilisant et qui est une étape par laquelle on passe et qu’on finit par dépasser, c’est qu’on perd une insouciance. Quand on écrit ses premiers textes, qu’on les écrit seuls dans sa chambre ou qu’on les fait lire aux copains, à la famille, tout ça, on a une espèce d’insouciance qu’on n’aura plus jamais une fois qu’on prend conscience que désormais on s’adresse à un regard extérieur.

En fait, je repensais à une citation, c’était Virginie Despentes qui disait ça en interview. Elle parlait de ses tout premiers livres en disant « Baise-moi, quand je l’ai écrit, je l’avais lâché, c’est vraiment sorti tout seul. Les chiennes savantes, c’était déjà un petit peu plus réfléchi. » Et quand elle disait ça, je me revois tout à fait en train d’écrire vraiment des choses qui sortent toutes seules. Et d’un seul coup… On n’a pas une pression, mais on a conscience que bon, là, il ne faut pas faire n’importe quoi. Ça va réellement être lu. Et pour moi, c’est un peu un choc, en fait. Et c’est quelque chose qu’on finit par apprendre une fois qu’on a dépassé ça, en fait. C’est une étape à dépasser.

EF : Juste en une phrase, disons, c’est cette idée… J’ai l’impression aussi qu’il faut admettre, c’est que plus on fait de romans, de publications, de textes, ça ne sera pas plus facile, ça sera juste difficile de manière différente.

MF : C’est tout à fait ça, oui.

LD : Complètement. Et juste sur ce cycle de technique et de naturel que tu dis, Mélanie : je pense que c’est vrai, je pense aussi que dans le travail d’apprentissage d’un art, quel qu’il soit, – on l’a déjà dit plusieurs fois dans le podcast –, mais d’abord c’est intuitif, ensuite on théorise, on commence à apprendre et ensuite on recommence à apprendre à enlever.

De la même manière qu’on peut s’amuser en prenant une guitare et jouilloter un petit peu, on se rend compte qu’on n’est pas trop mauvais. Après, il va falloir faire des gammes et ces gammes-là, elles permettent justement de revenir au naturel.

Et peut-être qu’on ne reviendra pas à ses premières amours, mais aussi peut-être parce qu’on a évolué, qu’il s’est passé 10, 15, 20 ans, voire davantage dans ce cycle-là, et qu’on a aussi mûri, évolué. Mais je pense que c’est important de réaliser qu’on ne perd rien. On évolue juste et on ouvre d’autres horizons. Mais de la même manière que dans la vie, ma bonne dame, on ouvre des horizons et on s’en ferme d’autres : c’est pas grave. L’essentiel, c’est de continuer à élargir et à enrichir la personne, et cet enrichissement va peut-être conduire à d’autres formes de création. C’est pas un souci. Ça veut pas dire qu’on a perdu des choses. Ça veut dire qu’on se bonifie comme du bon vin et qu’on n’est plus du jus de raisin.

[rires]

LD : Je suis hyper en forme aujourd’hui.

MF : Je pense que c’est le mot de la fin.

LD : Une petite citation pour terminer : une citation de Stephen Chbosky avec une traduction maison comme souvent : « Le plus difficile, c’était le meilleur. C’était de tout recommencer ».

Jingle: C’était Procrastination, merci de nous avoir suivis. Assez procrastiné, allez écrire !

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