L’île de Noirebraise, Brandon Sanderson (Cosmère)

L’île de Noirebraise (2026, Le Livre de Poche)

Auteur : Brandon Sanderson, Américain

Science Fantasy, univers du Cosmere

Traduction : Sébastien Guillot

Couverture : Rebecca Sorge Jensen

Illustrations intérieures : Esther Hi’ilani Candari

2025, Isles of the Emberdark

Trappeur des îles du Panthéon, Crépuscule est toujours accompagné de ses deux Aviares, des oiseaux aux pouvoirs magiques avec lesquels son peuple est capable de tisser des Liens. Afin de résister à Ceux-d’en-haut, des envahisseurs venus des étoiles qui souhaitent exploiter les Aviares, il exhorte ses semblables, les Eelakin, à réagir, mais cela semble déjà trop tard.
Aussi, lorsqu’il découvre par hasard un portail vers Shadesmar, le Royaume cognitif qui relie tout le Cosmère, il décide de s’y aventurer afin de trouver, il l’espère, le salut de son peuple…

Mon avis

Bien que j’aie trouvé la lecture de ce one-shot sympathique, je ne vais pas avoir grand chose d’intéressant à en dire, puisque l’histoire est assez classique. Et c’est l’un des rares qui m’a un peu laissée sur ma fin, mais développons un peu.

Durant une partie du livre, nous suivons les trames de deux personnages qui seront bien sûr voués à se croiser au tournant de l’histoire. Nous retrouvons ainsi Crépuscule, le même que la nouvelle Sixième du Crépuscule (et Sanderson a pensé aux poissons rouges et aux personnes qui ne l’avaient pas lue, car la nouvelle est intégrée sous forme de flashbacks). Noirebraise se déroule quelques années après la fin de la nouvelle, et Crépuscule a beaucoup de mal à trouver sa place dans un monde qui se modernise, privé des dangers qu’il avait appris à combattre. La population doit cependant faire face à un danger de taille, venu d’un autre monde, avec des colonisateurs technologiquement avancés qui aimeraient bien faire main basse sur les richesses de l’île. Crépuscule va donc s’aventurer sur une mer étrange pleine de dangers pour essayer de trouver à son peuple une littérale porte de sortie. Cette trame là correspond à un récit d’aventure héroïque un peu classique mais sympathique, et il y a des petites choses intéressantes par rapport à la nature de l’île du titre.

L’autre trame est plus originale dans le contexte du Cosmère. Nous rencontrons Alcyone, une dragonne leucistique (et non pas albinos) coincée sous forme humaine pour une raison qu’on ignore, exilée, qui se retrouve un peu malgré elle à la tête d’un vaisseau spatial et d’un équipage mal assortis de marginaux venus des quatre coins du Cosmère. Après qu’ils se sont attirés des ennuis, Alcyone doit trouver un moyen de sauver ses protégés, et pour ça, elle doit elle aussi s’aventurer sur la fameuse mer… En soit, cette trame là est aussi assez classique, mais on n’était pas encore habitués à trouver du vrai Space opéra dans le Cosmère.

Je trouve quand même que les deux trames ont un peu de mal à se mélanger, l’histoire tournant beaucoup plus autour de Crépuscule que d’Alcyone. C’est vraiment Crépuscule et sa quête qui sont le moteur de l’intrigue, avec une Alcyone qui s’y retrouve mêlée un peu par hasard, et qui n’apportera rien de vraiment essentiel à l’histoire globale. Elle apporte quelques explications, une aide, et surtout l’épilogue, mais il m’a vraiment manqué quelque chose pour que l’alchimie se fasse entre les deux protagonistes. A vrai dire, ce roman m’a presque plus donné l’impression d’un roman de présentation/mise en place, qu’un roman réellement indépendant, ce qui explique peut-être pourquoi il m’a un peu laissée sur ma fin.

Même les personnages secondaires sont trop peu présents, ont trop peu d’interactions les uns avec les autres, pour que je puisse vraiment m’attacher à eux et apprendre à les connaître. J’ai l’impression que les deux trames étaient presque de trop pour un seul roman, je me demande si ça n’aurait pas mieux fonctionné pour moi si on avait eu un roman à part pour nous présenter Alycone et son équipage. L’ensemble reste sympathique, hein, jusqu’ici il n’y a aucun roman de Sanderson que je n’ai vraiment pas aimé, mais voilà, il m’a manqué quelque chose pour pouvoir complètement l’apprécier.

Par contre, on apprend quand même de nouveaux trucs sur le Cosmère ! Déjà, certaines planètes sont quand même bien évoluées technologiquement parlant, au point où ce roman appartient plus à de la Science/Space Fantasy qu’à de la Fantasy pure. Aussi, nous en apprenons davantage sur les dragons, leur culture, et leur place dans cet univers, et j’espère qu’on reverra Alcyone et cet équipage dans d’autres aventures, et pourquoi pas son oncle, qui semble être un personnage bien sympathique.

Bien que le roman soit assez mineur, on explore quand même quelques thèmes intéressants ainsi que Sanderson en a l’habitude, que ce soit la transition difficile mais parfois nécessaire entre la tradition et le progrès, le parallèle parfois flou entre magie et technologie, ou bien l’anticolonialisme et la lutte pour la préservation de sa liberté et de sa culture.

Je regrette aussi un peu que Sanderson n’ait pas plus exploité que ça le fait que Alcyone soit leucistique, surtout qu’il nous a montré avec Roshar qu’il était capable de proposer des représentations intéressantes. Cela dit, je ne serai pas étonnée qu’on revoie Alcyone dans d’autres romans, donc il en aura peut-être l’occasion plus tard.

Maintenant qu’on a parlé du fond, parlons un peu de la forme.

Déjà, je ne sais pas si c’est déjà comme ça dans la VO ou si ça vient de la traduction, je trouve le style plus… « familier » que d’habitude. Pas que la traduction soit mauvaise, loin de là, mais je pense que je suis trop habituée à celle de Mélanie Fazi^^. Par contre, j’ai réellement tiqué à un moment, avec une expression anglaise laissée telle quelle dans un dialogue. A la limite, si on avait établi que le dialecte du personnage était équivalent à notre anglais, je ne dis pas, mais là c’est sorti vraiment de nulle part. Peut-être que je chipote, mais c’est le genre de choses qui peut vraiment me sortir d’un texte.

Ensuite, de façon plus spécifique à la version collector : à un certain moment de l’histoire, les couleurs de mise en page vont s’inverser, avec un texte blanc sur des pages entièrement noires. C’est pertinent, ça symbolise vraiment quelque chose dans le texte, mais j’ai trouvé que c’était vite fatigant pour les yeux, surtout quand le noir de fond a « bavé » ou s’est affadi pendant l’impression, ce qui rend parfois le texte un peu difficile à déchiffrer. Si je veux relire le texte, c’est pas exclu que je prenne le poche ou le numérique en parallèle. J’ai des problèmes aux yeux donc peut-être que ça ne posera pas de soucis à tout le monde, mais ça ne m’a pas rendu la lecture aisée.

Par contre, dans la version collector toujours, on a droit à de jolies illustrations en couleurs ou en noir et blanc. En plus, l’illustratrice a apparemment grandi à Hawaii, et Sanderson semble justement s’être inspiré de la Polynésie pour Première du Soleil, la planète « en jeu » dans le récit.

Pour finir, au vu de toutes les références, je ne le conseille pas forcément comme porte d’entrée de l’univers. Même si l’histoire globale est simple et compréhensible sans références, si c’est votre premier Cosmère, un certain nombre de termes et de notions vous seront inconnues. Je vous ai listé en fin d’article les histoires principalement référencées.

Bilan

Un texte assez mineur du Cosmère, mais qui reste sympathique, avec un équipage de bras cassés qui devront pourtant faire équipe pour se sortir du pétrin, et un trappeur de l’ancien monde qui va devoir affronter le changement. J’ai cependant eu l’impression qu’il manquait quelque chose pour être vraiment satisfaisant, voire qu’il s’agissait d’un roman de mise en place pour d’autres aventures.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

Si vous avez besoin, petit point sur les cycles et romans référencés dans ce one-shot (bon, il y en a peut-être d’autres, mais c’est ceux que j’ai retenus) :

  • Les Archives de Roshar : Quelques références, mais c’est surtout dans ce cycle qu’on explicite des notions comme le Cosmère, l’Investiture, les Eclats, les Verticales ou Shadesmar, voire qu’on pose pour la première fois la dimension « mythique » d’un certain personnage récurrent. A priori, l’un des personnages de Noirebraise apparaît pour la première fois dans Roshar, mais j’avoue ne pas en avoir gardé souvenir.
  • Eclat de l’Aube : Où l’on rencontre les Eveillés pour la première fois
  • Tress ou la mer émeraude : Référence au système de magie de cette planète
  • Fils-des-Brumes : Les antagonistes de Noirebraise sont originaires de la planète où se déroule Fils-des-brumes, mais la lecture n’est absolument pas nécessaire.
  • Sixième du Crépsucule : Nouvelle préquelle à Noirebraise, sa lecture est tout sauf indispensable vu qu’elle est intégrée dans le roman sous forme de flashbacks

2 réflexions sur “L’île de Noirebraise, Brandon Sanderson (Cosmère)

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