Backrooms, Kane Parsons (avec spoilers)

Backrooms (2026)

Film Américain éalisé par Kane Parsons, avec un scénario de Will Soodik

Fantastique/Epouvante

Bande annonce

Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.

Disclaimer :

En temps normal, j’essaie de ne pas spoiler les oeuvres dont je parle, jusqu’à évoquer l’intrigue au minimum, mais là, il y avait des aspects dont j’avais envie de parler qui nécessitaient de parler de quelques points de films, donc ne lisez pas cet avis si vous n’avez vraiment rien envie de savoir.

Si ça vous va, entrons donc dans les Backrooms.

Mon avis

Le film Backrooms était LE film que j’attendais cette année. Déjà, je suis fascinée par les espaces liminaux et par leurs thématiques, ensuite, j’ai découvert Kane Parsons grâce à Feldup, et j’étais vraiment curieuse de voir ce qu’il comptait faire avec les backrooms. Et comme je pensais que mon cinéma ne le passerait pas, j’étais encore plus contente de pouvoir aller le voir sur grand écran.

Pour commencer, parlons de l’histoire vite fait. On a donc Clark, propriétaire d’un magasin de meubles au bord de la banqueroute, contraint d’y vivre suite à son divorce et qui suit des séances de thérapie avec Mary, psychologue, sauf qu’elle-même aurait bien besoin d’un peu d’aide aussi. Un jour, il découvre un passage dans son magasin vers une enfilade de pièces chaotiques. Après plusieurs explorations, il n’en ressort pas, et Mary décide d’aller voir par elle-même, au risque de s’y perdre aussi.

Le premier aspect que j’ai aimé, c’est l’ambiance de ce film. La photographie, déjà, avec des espaces qui nous mettent vraiment mal à l’aise, à commencer par le magasin de meubles ou bien la zone résidentielle où vivent les employés de Clark.

Cette idée de porosité entre le monde réel et les backrooms est vraiment intéressante. Je trouve d’ailleurs très pertinent d’avoir filmé les backrooms et le monde réel exactement de la même façon, comme si le monde réel était tout aussi absurde que les backrooms, ou bien celles-ci tout aussi réelles que notre plan d’existence.

Dans le premier (le nôtre), on a des personnages profondément seuls, qui ont l’air à peine vivants et qui évoluent dans un espace qui semble impersonnel et vide de sens (d’ailleurs, le magasin de Clark fait déjà penser aux backrooms), alors que les backrooms, elles, évoluent et parviennent de plus en plus à imiter la réalité, comme on le voit dans la conclusion.

D’ailleurs, ça m’a pas mal fait penser à l’IA générative, avec les glitch anatomiques des êtres générés par les backrooms, mais dont les derniers espaces (le magasin, le cabinet de Mary et la maison détruite) semblent de plus en plus difficiles à discerner de la réalité. On peut aussi y voir un parallèle entre la vie réelle et la vie sur Internet. Je trouve ça même plutôt angoissant comme thématique.

Même si je trouve la seconde partie du film moins réussie de ce côté, car beaucoup plus lisse, j’ai trouvé la première partie, avec ses quelques explorations en found footage (trop peu présentes, malheureusement) vraiment réussie, j’étais vraiment mal à l’aise durant ces passages, à me demander quand ça allait partir en vrille. J’en profite d’ailleurs pour saluer l’ambiance sonore, réellement efficace par moments.

Mais maintenant que j’ai parlé des aspects que j’ai appréciés, passons aux points négatifs.

L’un des problèmes de ce film, c’est que je n’ai jamais ressenti qu’il était possible de se perdre dans les Backrooms. A aucune de leurs explorations, ni Clark ni Mary ne jugent utile de baliser leur chemin, comme s’ils ne doutaient pas de pouvoir retrouver le chemin vers la sortie. « Pire » encore, lors de sa toute première exploration, Clark est contraint de fuir et donc de prendre un chemin qu’il ne peut pas réellement choisir, et pourtant, il revient miraculeusement dans une salle proche de son point d’entrée. L’un des trucs que je trouve angoissant dans les backrooms, c’est l’absence de repères et la perspective non négligeable de se perdre. Et… c’est pas du tout le cas dans le film. D’ailleurs, très peu de salles qu’on nous montre sont vides, et toutes sont différentiées, que ce soit par les objets ou leur configuration. Ca ne me gêne pas qu’il y ait une sortie, mais c’est dommage de ne pas galérer à la retrouver.

Toujours dans l’idée de se perdre, j’ai trouvé l’intrigue bien trop brute de décoffrage, et ce principalement à deux niveaux.

J’ai vu des gens sur les réseaux qui semblaient ne pas avoir compris ce que racontait le film, mais j’ai eu le problème inverse : j’ai trouvé le film bien trop explicatif, notamment avec la scène où Clark explique à Mary comment fonctionnent les backrooms, où la scène où Mary lui dit qu’il n’est pas obliger de changer. Quant à ce qui est de la métaphore backrooms/santé mentale, je la trouve pertinente, mais mal gérée ici.

La liminalité est entre autres associée à la nostalgie, au sentiment de ne pas être à sa place ou d’être perdu, donc le film respecte bien cet aspect là. C’était aussi quelque chose qu’on retrouvait dans la Maison des Feuilles, dont les Backrooms est une adaptation dans l’esprit (dans les deux cas, un perso découvre dans son lieu de vie un passage qui n’est pas censé exister. Il y découvre un espace infini et chaotique, duquel on peut sortir et entrer à l’envie. Il incite d’autres gens à venir avec lui en explorations, et puis… ça tourne mal), où le chaos de la Maison/des Backrooms devient un écho à l’état d’esprit du personnage. Donc là encore, je suis contente que le film ait envisagé ses backrooms avec cet aspect-là.

Mais il n’empêche je trouve l’intrigue trop frontale ici. Les deux personnages principaux sont des stéréotypes de personnages que j’ai l’impression d’avoir déjà trop vus (j’ai d’ailleurs pas du tout adhéré à Mary, qui ne me semble jamais vraiment devoir affronter ses propres démons), et c’est traité sans réelle subtilité, jusqu’au démon qui finit littéralement par dévorer Clark au moment ou celui-ci renonce à lutter contre ses mauvais penchants. C’est bien vu, mais j’ai trouvé que c’était trop évident.

En résumé, beaucoup aimé la réalisation et les thématiques, beaucoup moins l’écriture.

Bilan

Malgré plusieurs points négatifs, j’ai globalement bien apprécié ce film, en particulier l’ambiance de sa première partie et la toute fin du film. C’est le premier film du très jeune Kane Parsons, il y a clairement une marge d’amélioration, donc je serais curieuse de découvrir ses éventuels futurs longs-métrages. Curieuse aussi de cette version étendue qui a été annoncée, je me demande ce que ces 15 minutes supplémentaires vont apporter.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

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