
S05E18 : Le twist
(Transcription : Symphonie)
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Du coup de théâtre qui retourne absolument toute la narration jusqu’à la petite nouveauté, comment fonctionnent les « twists » – et quelle place pour la figure dans la fiction actuelle ? Pour Lionel, il s’agit avant tout d’une subversion des attentes, et la différence entre le twist et le deus ex machina est cruciale. Estelle insiste sur la montée souterraine qui donne naissance au twist, et surtout sur son aspect symbolique et humain. Mélanie appuie l’importance de la préparation, mais regrette que certaines œuvres soient parfois résumées à leur twist final, contribuant à en minimiser la réelle profondeur. (Blog de Lionel Davoust)
Et dans la suite de l’article la transcription de l’épisode. N’hésitez pas à intervenir dans les commentaires pour évoquer votre expérience ! (A noter que cet épisode n’a pas pu bénéficier de relecture par une tierce personne. N’hésitez pas à me signaler toute erreur ou contresens)
Vous écoutez Procrastination, Saison 5 Episode 18 :
Le twist
Podcast sur l’écriture en 15 minutes.
Parce que vous avez autre chose à faire.
Et qu’on n’a pas la science infuse.
Avec les voix de : Mélanie Fazi, Estelle Faye, et Lionel Davoust.
Lionel Davoust : Surprise, renversement de situation, une histoire se passe quand soudain, il se passe un truc qu’on va dire qui est différent.
[Extrait de Star Wars – Voix de Dark Vador] : No, I am your father.
LD : Et donc, on va parler de coup de théâtre, on va parler d’inattendu, donc de façon plus générale, ce terrible anglicisme qui est le twist, ce n’est pas un cocktail, c’est…
Alors, je ne sais pas ce que vous en pensez, personnellement, moi, j’ai tendance simplement à le définir comme la subversion des attentes en fiction. Est-ce que c’est une notion à laquelle vous pensez ? Est-ce que c’est important pour vous ? Est-ce que vous le formalisez ou en gros vous… Voilà, l’inattendu, il se produit quand il se produit et il vous surprend les premières, et c’est très bien ?
Estelle Faye : Si je peux commencer en n’étant pas d’accord avec Lionel d’emblée ?
LD : Parfait !
EF : On était trop d’accord sur les derniers épisodes. Pour moi, ce n’est pas forcément la subversion des attentes, en fait. Le twist, c’est un retournement de situation, mais qui, quand il est bien fait, est en fait vraiment en germe et amené, c’est une attente secondaire plus sourde, plus inconsciente pour le lecteur, sans doute, mais qui a été créée vraiment tout au long de l’histoire.
Et le twist qui arrive façon cheveu sur la soupe, bon ça, on est d’accord, ça ne marche pas, tatane. Par exemple, je n’en sais rien, si c’était : « Luke, en fait, je suis un marchand de patates à la Motte-Beuvron » – je suis passée récemment à la Motte-Beuvron, c’est super cool, en tout cas, quand on y passe, je n’ai pas pu beaucoup visiter. Mais là, par contre, pour le coup, c’est un mauvais twist. En tout cas, c’est un twist qui peut marcher sur l’absurde, mais qui, dans la dramaturgie de l’œuvre, n’est pas forcément pertinent.
Donc, c’est beaucoup plus une réponse à des attentes secondaires qui ont été construites en sous-main par l’auteur.
LD : Je suis tout à fait d’accord. C’est pour ça que je parle de subversion et pas d’inattendu complet. Sinon, effectivement, on est d’accord. Et même un autre type de mauvais twist, c’est le Deus ex machina. C’est quand une solution arrive parachutée de nulle part et qu’elle n’a pas été amenée d’une manière ou d’une autre. L’attente pourrait être que les protagonistes sont dans la mouise, l’auteur les en sort, mais il faut les en sortir d’une manière qui est cohérente et intelligente par rapport à ce que le récit a promis.
Mélanie Fazi : Je suis entièrement d’accord avec ça. Le twist n’a d’intérêt que s’il est amené, s’il est préparé et s’il est entièrement cohérent avec ce qui précède, et s’il apporte quelque chose au récit, au-delà de faire sursauter le spectateur, en gros. Enfin, spectateur ou lecteur. C’est marrant, je l’associe plus à des films, c’est pour ça que je viens de dire spectateur.
Mais je dirais que tout l’intérêt, c’est de le préparer, d’amener les éléments de sorte que le lecteur ne se rende pas forcément compte que quelque chose est en train de se préparer. Ou alors, on sent vaguement qu’il va se passer quelque chose, mais tout l’intérêt, c’est qu’on ne s’attende pas forcément à ce qu’il y ait un retournement de situation.
Tout le problème étant qu’en plus, ça peut faire reposer trop d’attente sur ce twist. Certains récits ont souffert, je pense, d’être trop réduits à leur twist. Pour moi, ça peut être un problème aussi, je ne sais pas si vous êtes d’accord avec ça ?
EF : Disons, pour moi, le twist est vraiment abouti, vraiment pertinent ; quand il permet une deuxième lecture, et une lecture où même quand on a le twist, on relit l’œuvre, mais on la relit différemment.
C’est quelque chose que j’ai expérimenté juste très brièvement sur ma série La Voie des Oracles, il y a un twist à la fin du tome 2. L’idée, c’est qu’une fois qu’on a vu le twist, normalement, si ça marche, on doit pouvoir relire le tome 1 et s’apercevoir qu’il y a une histoire différente qui court en sous-main. Et c’est vraiment cette double lecture.
MF : Je suis entièrement d’accord, d’autant qu’en réfléchissant au sujet, moi, un des exemples qui me sont venus, c’est un de mes films préférés qui est Les Autres[1]. C’est un des films auxquels je pensais en disant que parfois, ils pâtissent d’être réduits à leur twist. Parce que beaucoup de gens ne vont pas y aller en disant : « On m’a raconté la fin, ce n’est pas la peine ». Alors que typiquement, c’est une œuvre qui s’enrichit à partir de la deuxième vision. Et elle est construite de telle sorte qu’à la deuxième vision du film, on change de point de vue, on n’est plus dans le point de vue des mêmes personnages. Et là, d’un seul coup, on se rend compte que ce fameux twist, ce qu’on apprend à la fin, était présent en sous-main dans chaque scène, littéralement dans chaque dialogue. C’est un travail d’orfèvre. Et j’ai réussi à faire ça sans dévoiler le twist en l’occurrence. Mais c’est un film que beaucoup de gens réduisent à son twist et du coup, passent un petit peu à côté de l’œuvre, je pense.
LD : En fait, c’est tout le numéro d’équilibre pour moi du twist, c’est qu’à la fois, il doit être inéluctable avec le recul et en même temps, il faut qu’il soit un peu imprévisible, en tout cas dans sa résolution ou dans son déroulé, parce que sinon, ce n’est pas un twist, on a vu venir le truc. Et c’est toute l’espèce de numéro d’équilibriste qu’il faut réussir.
Ça me fait penser, Les Autres, on pourrait parler de Sixième Sens[2] – même si je trouve qu’il y a un peu le même genre de truc, même si Les Autres est pour moi largement supérieur.
En fait, il y a une espèce de décalage pour moi dans la construction et dans le fait d’amener un twist entre, quelque part, c’est un peu la même différence entre la lettre de la loi et l’esprit de la loi, sauf que là, c’est la lettre des mots. Il y a ce que le récit donne à penser, donne à nourrir comme attente – donc ça, c’est la lettre – qui crée des attentes chez le spectateur ou le lecteur qui, derrière, seront prises à contrepied d’une manière qui, rétrospectivement, est en fait complètement cohérente, sauf qu’on a vu ce qu’on voulait voir.
MF : Justement, on prend ces deux exemples, Les Autres et Sixième Sens, je les distinguerai sur un point qui est que Les Autres rentre dans ce type de récit Fantastique… C’est quelque chose que j’ai fait moi-même dans certains de mes textes où sans qu’on puisse s’attendre à ce qu’il y ait un twist nécessairement, on sent qu’il se passe quelque chose d’étrange, donc, on va construire une attente. On sait qu’il va se passer à un moment donné quelque chose, mais on ne sait pas d’où ça va arriver.
Et Sixième Sens, je vais juste parler de mon expérience avec le film qui est que je l’ai vu le jour de sa sortie. Je ne savais rien dessus. Je ne savais évidemment pas qu’il y avait un twist. Et moi, c’est un film qui m’a plu malgré son twist, c’est-à-dire qui m’a chamboulée à l’époque pour l’histoire du petit garçon. J’ai adhéré à ce personnage et j’ai été profondément émue par cette histoire. Ce qui fait que j’étais fan du film avant même qu’arrive ce fameux twist qui, pour moi, à l’époque, est tombé comme un cheveu sur la soupe, parce que je n’étais pas du tout dans cette logique-là, qu’il allait se passer un truc à la fin. C’est-à-dire que pour moi, je voyais l’histoire d’un petit garçon qui était chamboulé, parce qu’il était différent, parce qu’il voyait les morts, parce qu’on ne le croyait pas, tout ça.
Pour moi, Sixième Sens est intéressant dans le sens où c’est un film qui fonctionne en dehors de son twist, contrairement au fait qu’il a été finalement popularisé par ça, c’est-à-dire que si on supprime ce twist, c’est quand même une histoire qui est extrêmement prenante et qui est poignante. Et pour moi, une histoire à twist doit absolument pouvoir fonctionner sur autre chose, elle ne doit surtout pas ne fonctionner que sur ça.
LD : Je suis tout à fait d’accord et je pense que d’ailleurs, ça a été la malédiction qu’avait frappé M. Night Shyamalan derrière, parce qu’il s’est retrouvé à devoir constamment faire des histoires à twist et tout le monde attendait le twist.
MF : Et voilà.
LD : Et finalement, du coup, ça s’éventait, parce que tout le monde cherchait la petite bête et la solution avant la fin.
EF : Oui, les années 90’, et notamment avec Shyamalan, ont été évidemment la grande époque du film à twist. Après, pour moi, il y a deux choses que nous ont appris cette époque-là. La première, c’est qu’un twist, surtout, est fort et va donner une résonance beaucoup plus profonde au film quand il y a une très forte résonance humaine, émotionnelle et aussi symbolique, mine de rien. Et quand la résonance symbolique du twist est hyper forte, et là, on va sortir un peu de Shyamalan.
Alors sans spoiler, je ne vais pas dire le twist, mais pour le coup, c’est la fin de Seven[3]. Et la fin de Seven, c’est ça qui va donner une résonance symbolique incroyable au film et justifier la dernière réplique, en fait, de Somerset. Et vraiment c’est ça. Et là, au-delà du twist, c’est vraiment un énorme clou qu’on enfonce dans le gros cercueil que construit gentiment le film. Et waouh ! Voilà. Et le film résonne parce qu’il y a ça, parce qu’il y a ce jusqu’au-boutisme du twist.
Après, la deuxième partie de carrière de Shyamalan est là pour le montrer, il y a le problème de s’enfermer dans le twist pour le twist. Au bout d’un moment même, on a l’impression presque en perdant de vue ce que le twist veut dire. En perdant de vue que par moments, à force de vouloir faire un twist ou le twist de trop, on finit par faire des films dont le sens devient – on va dire pudiquement au moins – légèrement douteux. Pas forcément quand on lit les interviews du réal’ ou tout ça, ou dans certains cas des auteurs de livres, quand c’est des livres. On se demande s’ils n’ont pas vraiment vu ce que le twist, en fait, à force de vouloir toujours faire des twists, faire des révélations, c’est l’exemple aussi de la fin de Game of Thrones[4].
On veut absolument qu’il y ait des twists, qu’il y ait des retournements de situation. Sauf qu’au bout d’un moment, on se met en fait à faire des univers qui sont bah, hyper réacs, voire misogynes, voire problématiques, simplement parce qu’on a voulu rajouter un twist de plus, quoi. Et là, il y a un vrai souci.
Et surtout quand ce twist devient un peu une sorte d’argument de vente ou une sorte de réponse à une attente soupçonnée des fans. Et je pense que là-dessus, pareil, les fans sont souvent plus intelligents que les attentes qu’on leur pose dessus.
Enfin, my two cents. Et… voilà.
LD : Je pense que c’est intéressant justement quand on associe cette idée de twist forcément au retournement de situation, au coup de théâtre. Pour moi, c’est tout un spectre. Il y a le gros twist, effectivement, comme la fin de Seven ou le fameux « Luke, je suis ton père », qui, d’un seul coup, bouleverse tout et on est là : « Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? ».
Mais le twist, c’est pour ça que – je suis ravi qu’Estelle ne soit pas d’accord avec moi et moi, je suis d’accord avec moi-même – que je parlais de subversion des attentes, c’est parce que pour moi, le twist, finalement, c’est quelque chose qu’on conceptualise et qu’on peut effectivement doser très fort, mais qui, pour moi, vient répondre à un besoin, une envie, à quelque chose de fondamental dans la fiction, qui est simplement la satisfaction de la curiosité.
C’est-à-dire qu’on lit, on découvre une histoire, justement pour la découvrir, et donc rentrer dans un monde fictionnel, etc., et suivre une histoire avec les personnages. Et l’intérêt sera maintenu à partir du moment où il y aura de la nouveauté, une satisfaction d’une curiosité, c’est-à-dire quelque chose auquel, de façon très globale, on découvre, on ne s’y attendait pas, on ne voyait pas forcément venir le truc… Ça n’a pas forcément besoin d’être un coup de tonnerre qui fait effondrer une tour entière narrative. Ça peut être une petite découverte sympa au détour d’un chemin, ça peut être une punchline bien trouvée. Pour moi, le twist, il se trouve aussi là, en fait.
MF : Et je me posais une question. Après, le twist, je pense qu’il y a une jubilation en tant que telle de s’être fait avoir. Pour moi, il y a une espèce de contrat narratif de temps en temps qui est de… surtout quand on sait qu’il va se passer quelque chose et qu’on ne sait pas où, de se dire peut-être « Je vais être plus malin que l’auteur, je vais comprendre où il va », et « Damnation ! je me suis encore fait avoir ». Et je me demandais si on pouvait rapporter ça…
Je ne sais pas si ça tient en tant que twist, mais je pensais à des romans comme ceux d’Agatha Christie, par exemple, où on sait qu’à la fin, il va y avoir une révélation, on sait que probablement, ça va être quelque chose de surprenant, on va essayer d’être plus malin que l’écrivaine. En général, on n’y arrive pas.
Et moi, je me souviens de la sidération à la fin d’un roman comme Le Crime de l’Orient-Express. C’est qu’on a beau savoir que la solution va être surprenante, c’est absolument impossible de la voir venir. Et j’ai souvenir de la jubilation absolue de lire ce type de roman et à la fin de dire : « Waouh ! Alors ça, je ne l’avais pas vu venir ». Il y avait vraiment l’admiration et la jubilation qui vont avec.
Je ne sais pas si exactement ça, ça rentre dans le twist, mais pour moi, c’est quelque chose de cet ordre.
LD : J’allais justement dire, pour moi, le polar, entre guillemets « classique », le who dunnit[5], ou même les séries télé policières des années 90’-2000’, qui reposaient beaucoup là-dessus, des trucs comme Les Experts. Par exemple, on en pense ce qu’on veut, mais c’est basé sur le truc, pour moi, il y a clairement un plaisir de jouer à la découverte.
MF : Et dans la subversion des attentes, justement, je pense que le cas de figure d’Agatha Christie rentre là-dedans. C’est que le who dunnit, elle a amené des cas de figure auxquels on n’aurait jamais pu penser.
Donc, je ne vais peut-être pas spoiler les fins des bouquins, mais bon, Le crime de l’Orient-Express, on s’attend à tout et c’est le truc auquel personne n’avait pensé. Je ne vais peut-être pas non plus le spoiler, mais il y a un de ses romans dans lequel le narrateur est le meurtrier. Et je crois que ça, personne ne l’avait fait avant, ou en tout cas de cette façon. Et là, il y a vraiment une subversion des attentes, c’est-à-dire qu’on ne pense pas, à aucun moment, un roman… en tout cas un roman de cette période, de ce style-là, en le lisant, on ne se dit pas que la personne qui nous apporte son point de vue est la personne qui a fait le crime. Normalement, on ne peut pas y penser en le lisant, en tout cas au moment où le livre a été écrit.
EF : Si je peux juste amener deux petits trucs. Alors déjà, j’adore le narrateur non fiable. Vous ne le voyez pas, mais je fais un cœur avec les doigts.
[rires]
EF : Vraiment.
MF : Trop bien.
EF : Ça, presque, c’est une de mes grandes passions. Par contre, je nuancerais ce qu’a dit Mélanie et je vais être encore une fois pas d’accord avec Lionel.
LD : C’est merveilleux !
EF : Désolée Lionel, mais je [pas compris] aussi. En tout cas, ce n’est pas vraiment pas d’accord, mais je nuancerais vraiment beaucoup. C’est-à-dire que je trouve que maintenant, il y a une sorte, dans certains cas, et notamment dans l’exemple Game of Thrones – la série, pas les livres – une sorte de course à la nouveauté. Et de se dire que certains cas extrêmes, donc les auteurs vont croire que pour retenir l’attention du lecteur, il faut absolument être dans la course à la nouveauté et de toujours mettre des nouveautés.
Alors que par moments, l’attention du lecteur, l’attention du spectateur, elle va être aussi accrochée par le fait qu’effectivement, on donne ce qu’on s’était engagé de donner. Et ça aussi, c’est important pour retenir le lecteur, pour retenir le spectateur.
Et mine de rien, de dire… là par exemple, c’est la tragédie racinienne. J’adore les tragédies raciniennes. L’idée, c’est que de toute manière, à la fin, quasiment tout le monde va mourir et ceux qui vont rester vont être en général dans un état déplorable et écrasé par le passé, le destin et tout ça.
LD : Lovecraft n’avait rien inventé.
EF : Voilà, non mais on donne ce qu’on s’était engagé à donner, et il y a ce plaisir-là de la cohérence et de mine de rien dire : « Voilà, on va répondre à vos attentes et on va vous apporter le monde jusqu’au bout ».
Et en série policière, c’est la différence pour moi entre Les experts, qui je trouve à un moment, vont vraiment dans la course aux trucs bizarres, limite incompréhensibles.
LD : Je n’ai pas dit que c’était bien ! [rires]
EF : Voilà, non mais après, il y a aussi un intérêt à ça. Mais des séries plus classiques comme PJ en France – qui se souvient de PJ ici ? Ou les New York, Police Judiciaire et tout ça, qui là se concentrent beaucoup plus sur les ressorts humains derrière une enquête policière, les ressorts humains dans un procès. Et qui finalement accrochent différemment le spectateur, mais pour moi, l’accroche au moins aussi bien.
MF : On est d’accord. On est complètement d’accord.
EF : Ah zut !
LD : Non, non. En fait, ça m’évoque – c’est marrant, parce qu’on en a parlé cette saison – la troisième loi de Sanderson : « Exploite ce que tu as avant d’ajouter quelque chose de nouveau ». Et un twist – si on veut faire du twist – est certainement d’autant plus concentré qu’il se base, il exploite et il émerge organiquement – hein, vous pouvez cocher votre case de bingo ![6] –, de tout ce qu’on a établi, et notamment en termes psychologiques.
MF : Sanderson, précisément, il est très, très bon sur les twists. Je me souviendrai toujours de la jubilation que j’ai eue en traduisant Fils-des-brumes. Il y a un monstrueux retournement à la fin du premier Fils-des-brumes, qui en fait n’est pas du tout là juste pour faire sursauter, mais qui nous apprend quelque part que les lois qui régissent l’univers, que l’histoire, la mythologie, que tout le contexte, n’était pas exactement celui qu’on croyait parce qu’on n’avait pas toutes les données. Il y a à la fois la jubilation du twist et l’ouverture sur autre chose que ce qu’on pensait. Il est vraiment très, très bon sur les twists en général.
LD : Eh bien, à ma foi, pas de twist, parce qu’on aura une petite citation pour terminer.
MF : Citation de Jean-Paul Sartre : « Un peintre apprenti demandait à son maître : “Quand dois-je considérer que mon tableau est fini ?” Et le maître répondit : “Quand tu pourras le regarder avec surprise en te disant : C’est moi qui ai fait ça” ».
Jingle : C’était Procrastination, merci de nous avoir suivis. Maintenant, vraiment, assez procrastiné, allez écrire !
[1] Film Fantastique/Épouvante sorti en 2001 réalisé par Alejandro Amenábar, très très bon film.
[2] Film Fantastique/Épouvante sorti en 1999 réalisé par M. Night Shyamalan
[3] Thriller (1995) réalisé par David Fincher
[4] Série Fantasy (2011-2019) réalisée par David Benioff et D. B. Weiss d’après les livres de GRR Martin.
[5] Who dunnit (contraction de who has done it) : qui l’a fait ? : Genre littéraire ou cinématographique centrée sur la structure et la résolution d’une énigme éventuellement criminelle. https://fr.wikipedia.org/wiki/Whodunit
[6] Damned ! Repérée ! (Premier degré, j’ai pensé : « Bingo ! » au moment de la transcription…^^) (Symphonie)