Vous lisez Procrastination S05E17 : L’ambition

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S05E17 : L’ambition

(Transcription : Symphonie)

Les liens vers l’épisode S05E17 : Script : Télécharger / Audio : Youtube ; Elbakin

Liste des Episodes transcrits

L’ambition n’est pas toujours un terme très bien vu, surtout dans un domaine artistique, et pourtant, elle peut porter un projet jusqu’au succès : l’ambition littéraire d’abord, pour réaliser le meilleur livre possible ; professionnelle aussi, pour lui donner la meilleure diffusion.
Lionel attire l’attention sur les pièges de l’ego et le fait de suspendre la validation de l’art à la reconnaissance de l’édition ou du public ; le plaisir devrait se trouver d’abord dans l’artisanat. Estelle loue le désir de progresser et de travailler avec les éditeurs qui peuvent offrir la meilleure chance à ses projets ; et elle encourage vivement toutes les autrices à montrer la même ambition que leurs collègues masculins. Mélanie expose la démarche de trouver les bons partenaires pour les bons projets et d’arriver au maximum de justesse pour toucher ses lecteurs et lectrices. (Blog de Lionel Davoust)

Et dans la suite de l’article la transcription de l’épisode. N’hésitez pas à intervenir dans les commentaires pour évoquer votre expérience ! (A noter que cet épisode n’a pas pu bénéficier de relecture par une tierce personne. N’hésitez pas à me signaler toute erreur ou contresens)

Vous écoutez Procrastination, Saison 5 Episode 17 :

L’ambition

Podcast sur l’écriture en 15 minutes.

Parce que vous avez autre chose à faire.

Et qu’on n’a pas la science infuse.

Avec les voix de : Mélanie Fazi,Estelle Faye, et Lionel Davoust.

Lionel Davoust : On va parler de choses fortement personnelles dans cet épisode, puisque l’ambition ça touche peut-être de près à la motivation pour écrire. On peut parler d’ambition littéraire : qu’est-ce que l’on cherche à accomplir, est-ce que l’on cherche à repousser les murs, repousser les frontières ? ; mais également l’ambition purement personnelle en terme peut-être de reconnaissance : est-ce que l’on écrit pour laisser une marque sur le monde ? Rêve de gloire !

Bon, nous ne sommes pas riches à millions, aucun de nous, je suis navré de l’annoncer aux poditeurs, probablement extrêmement déçus, mais on peut peut-être parler d’ambition, de ses efforts et de ce que l’on voit aussi chez les jeunes auteurs et autrices. Qu’est-ce que ça entraîne aussi comme effet sur le fait simplement d’écrire ?

Je pense que l’ambition c’est parfois vu un peu comme un gros mot, mais que ça dépend d’où ça vient, puisque si l’on crée des choses, c’est peut-être qu’on commence par avoir l’ambition de créer, déjà, tout simplement, bêtement. Si on n’a pas d’ambition, on ne fait rien, on ne sort jamais de chez soi – alors oui, je sais que ces temps-ci, par cette année, on ne sort pas très souvent toujours de chez nous, mais vous voyez ce que je veux dire[1].

Avoir l’ambition de créer, avoir l’ambition ne serait-ce que de se dépasser soi-même n’est pas forcément délétère. Mais évidemment, le danger, c’est l’égo.

Est-ce que vous êtes ambitieuses ?

Estelle Faye : Disons pour moi, comme tu l’as un peu dit Lionel, il y a deux choses. Il y a l’ambition littéraire, et le fait qu’à chaque livre, j’essaye d’aller un peu là où je ne suis pas allée. Et quelque part, ça me rend… disons en tout cas, ça me donne des objectifs aussi dans le monde réel qui est qu’il y a des gens avec qui j’ai très envie de travailler, des éditeurs avec qui j’ai très envie de travailler, et donc effectivement je vais essayer aussi de travailler avec ces éditeurs là, parce que je sais qu’ils peuvent potentiellement me pousser plus loin. Et ça, c’est important pour moi. Donc essayer d’aller vers des éditeurs qui peuvent vraiment me pousser plus loin, oui clairement, ça me rend ambitieuse voire carriériste d’une certaine manière, parce que voilà c’est un objectif effectivement.

L’autre objectif c’est qu’en plus effectivement je cherche à gagner ma vie par l’écriture. Donc ça, pareil, ça pousse à devoir avoir un certain projet de carrière, une certaine vue de carrière. C’est-à-dire qu’effectivement, je vais aussi aller vers des éditeurs qui me payent davantage. Disons, j’essaie toujours de trouver une balance entre à la fois des projets, évidemment qu’avant tout j’ai envie de faire, des gens avec qui j’ai hyper envie de bosser, parce que ça va me pousser plus loin, et aussi, mine de rien, simplement des projets qui sont payés parce que c’est pas un gros mot d’être payé.

Et après, par ailleurs, j’ai un peu changé d’avis sur la partie vraiment carriériste de l’ambition ces dernières années. Et là, tout de suite, pouf ! polémique.

LD : Oui !

EF : Ouais ! C’est que je vois, et je ne suis pas la seule à le voir, que l’ambition est quand même encore considérée et répartie différemment dans notre milieu, selon qu’on est un homme ou une femme.

Disons qu’une femme qui va vouloir effectivement progresser, qui va vouloir aussi aller vers de plus gros éditeurs, elle va plus facilement être vue comme carriériste, comme mercenaire – qui sont quand même des mots qu’on m’a déjà sorti, que je n’ai pas entendus sortis avec autant de régularité, voire que d’ailleurs je n’ai pas du tout entendu sortis chez des auteurs hommes, qui pourtant faisaient parfois des choix presque plus mercenaires que les miens. Alors qu’un homme, quelque part, ça va être normal pour lui de chercher à aller vers de plus gros éditeurs.

Ce que j’ai vu aussi, c’est que très souvent, pour des raisons culturelles, les autrices, vont être un peu victimes du syndrome de la bonne élève. C’est-à-dire, combien de fois j’ai vu des jeunes autrices attendre d’avoir un manuscrit vraiment hyper parfait pour l’envoyer d’abord à des petits ou moyens éditeurs, là où des auteurs mecs – et pas forcément les moins timides –, dès qu’ils ont un bout de synopsis, ils vont quand même aller voir des moyens à gros éditeurs. Quand ils ont un manuscrit, ils vont l’envoyer partout sur la planète et ils vont pas se dire « tel éditeur est inaccessible » ou « tel éditeur, j’irai quand même le voir un peu plus tard ». Et là, il y a un vrai travail à faire.

Et donc, par féminisme aussi, j’assume, je suis devenue plus ambitieuse, parce qu’effectivement, il faut aussi que les femmes n’aient pas peur de porter leur manuscrit plus loin, de se dire qu’au moins elles peuvent essayer d’aller plus loin, d’effectivement, mine de rien, avoir plus de visibilité, parce qu’il faut qu’on puisse entendre toutes les voix, et donc y compris les voix des femmes autant que des hommes, et ça, ça demande, oui, que par moments, pour une femme, on se pousse en avant.

Et effectivement aussi, j’ai vu que pour certains projets, pour certains à côté, on va plus facilement chercher des hommes que des femmes. Les femmes doivent plus souvent se battre pour décrocher certains à côté, donc pour participer par exemple à certains projets médiatiques ou autres. Et de fait, pour avoir simplement autant de visibilité qu’un homme, une femme devrait être plus carriériste, plus ambitieuse et en plus souvent que ça sera moins bien vu.

Donc bref, pour ça aussi, j’encourage maintenant toutes les autrices qui m’écoutent à avoir de l’ambition et à ne pas hésiter à envoyer nos manuscrits et viser haut, même si tant pis, après tout, se faire refuser un manuscrit, ça n’a jamais tué personne. Mais maintenant, osons viser haut, osons être ambitieuses, osons revendiquer des places, parce que pour l’instant, je suis désolée, quand on voit les auteurs les plus représentés dans l’Imaginaire, il y a encore une très grosse proportion d’hommes et ça ne correspond pas à la proportion d’hommes et de femmes qui écrivent de l’Imaginaire en général.

Voilà. My two cents.

Mélanie Fazi : Je suis d’accord sur des choses, et en même temps, j’ai un parcours tellement différent et que finalement… Je suis d’accord sur le principe, mais je fais exactement l’inverse de ce que vient de dire Estelle, en fait.

Après, j’ai du mal à raisonner en termes d’ambition, c’est-à-dire au-delà de l’ambition qui est qu’effectivement, à partir du moment où on décide de créer un projet, à partir du moment où on essaie de le pousser vers des lecteurs, c’est déjà un acte ambitieux à la base, d’aller au bout du processus. Après, moi, mon propre parcours m’a plutôt amenée à me rendre compte que moi, justement, se sont posées les questions au départ, est-ce que je veux aller vers des éditeurs plus gros ? Est-ce que je devrais viser plus gros ? Est-ce que je devrais viser plus de lecteurs ? Ce qu’on associe, je dirais, à l’ambition de manière générale. Et de m’apercevoir avec le long terme que je suis beaucoup plus à ma place chez des éditeurs plus petits, parce que c’est un fonctionnement qui me correspond.

Après, c’est une question, je dirais, d’ambition personnelle, et je m’aperçois que maintenant que j’arrive à un stade où j’ai plusieurs livres – j’ai pas 20 ans de carrière exactement, mais ça fait un petit moment quand même que je fais tout ça –, de me poser les questions de ce qui est considéré comme ambitieux et de ce que je considère, moi, comme mes ambitions personnelles, et qu’en fait, je me suis aperçue que mon but, c’est pas d’avoir des millions de lecteurs, c’est peut-être de toucher moins de lecteurs, par contre, je place l’ambition au terme, je dirais, d’intensité et de justesse. Et que mon ambition, elle va pas être d’essayer d’avoir énormément de lecteurs ou d’aller chez l’éditeur qui a la plus grosse force de frappe, ça va être de trouver l’éditeur qui me permet de faire mon projet comme je le souhaite. Et que l’ambition, moi, je vais la placer là si je ne veux pas avoir 10 millions de lecteurs – admettons, je n’en ai que 1 000, j’en ai plus, mais je dis 1 000 comme ça pour arrondir –, par contre, je veux vraiment les toucher d’une manière qui va les marquer. Et que moi, l’ambition, finalement, je l’ai plutôt concentrée là et que je sais d’expérience que les gros éditeurs, c’est un fonctionnement qui ne me correspond pas. Donc, j’ai finalement placé l’ambition à un autre endroit que là où on la place, mon ambition personnelle, je veux dire.

EF : Juste pour dire, évidemment je suis par ailleurs toujours d’accord avec une citation partagée par tout le monde ici, que la règle c’est qu’il n’y a pas de règle. C’est aussi trouver ce qui correspond pour soi-même. Après, il y a un système général dans lequel chacun trouve sa place, et effectivement, ce n’est pas un gros éditeur pour un gros éditeur, comme on punaise un papillon au mur et on fait une collection de papillons. Ça, c’est ce que j’ai vu, par exemple, chez des auteurs de littérature générale que je connais, qui essayent d’avoir les plus gros éditeurs possible. Quand même, pour moi, à la base, ça reste de trouver l’éditeur qui va correspondre avant tout au mieux à un projet précis.

Mais on ne doit pas s’empêcher par ailleurs, si ça nous parle, de viser plus grand, de viser plus grand qu’un petit éditeur. Si on a un gros éditeur dont on se dit il peut vraiment correspondre à ce projet-là, à ma manière de bosser, et bien allons le voir. Et je dis notamment ça à toutes les femmes qui nous écoutent et à toutes les autrices qui nous écoutent, allez les voir.

LD : Ce n’est pas rigolo, je pense qu’on est tous assez d’accord sur la question. Si, si, heureusement qu’on est toutes et tous quelque part là.

En fait, sur les questions d’ambition et tout, je pense qu’il y a une question qui vient derrière, c’est d’où vient ma motivation ? Je pense qu’on est évidemment tous d’accord sur le fait d’essayer d’arriver à aller là où on aura les moyens de nos ambitions en fait, les moyens de nos ambitions littéraires.

Cette motivation… Alors même si bien sûr on fait des métiers artistiques avec un public derrière et que donc on espère établir un pont avec ce public et arriver à être lu, payé aussi, – c’est très bien, pour ne pas mourir de faim –, et arriver à établir cette connivence, cette correspondance, voilà, ces démarches-là vont vers le fait d’aller vers un public.

Ce que je vois fréquemment chez des jeunes auteurs, je prolongerais ce que tu dirais Estelle, je dis bien auteurs et pas autrices, beaucoup, c’est parfois une espèce de… Alors, je pense que c’est peut-être un passage par lequel il faut passer, mais que c’est bien d’essayer de le dépasser, cette espèce de frustration de la reconnaissance de la publication. J’ai vu parfois, assez fréquemment, passer des posts d’auteurs – et pas d’autrices – sur les réseaux disant : « J’écris depuis X temps, jamais aucun éditeur ne s’intéresse à ce que je fais, je vais arrêter d’écrire ». Et ça me laisse toujours un peu perplexe, parce que ça m’interroge toujours sur la motivation qui va derrière.

Et quand même, à la base, il me semble, en tout cas c’est mon point de vue, que l’ambition et la réussite est avant tout dans ces métiers-là, dans le fait de faire. Alors oui, on a envie d’être lu. Alors oui, on a envie d’être payé. Mais à la base c’est aussi un artisanat et le travail et le plaisir de l’artisanat et de l’artisan, vraiment, plus que de l’artiste, se trouve à mon sens avant tout dans l’œuvre elle-même, dans le processus en lui-même.

Et quand je lis des jeunes auteurs dire « J’arrête pas d’écrire et je suis pas publié, je vais arrêter d’écrire », ce qu’on voit assez passer fréquemment sur les réseaux, ma question est toujours : peut-être que oui, peut-être à ce moment-là que tu le fais pas pour la bonne raison.

Là, je suis hyper polémique et je vais me faire des tas d’ennemis et je ne jette pas la pierre, attention. Ce que je veux dire par là, c’est que ça ramène à la question de l’ego. Sans faire mon gros New Age de base, l’ego, c’est la projection de l’attachement vers le fait de trouver sa validation dans quelque chose qui est indépendant de nous. Ces métiers sont suffisamment aléatoires, et la réception du public et des éditeurs, on n’a littéralement aucune prise là-dessus, si ce n’est faire le meilleur travail possible. Et je trouve que l’ambition, pour revenir sur un peu ce que tu disais Mélanie, en tout cas je crois, c’est l’ambition pour moi avant toute chose, elle est d’arriver à essayer de trouver le maximum de motivation interne et de validation personnelle dans ce que l’on fait. Et évidemment, ça ne veut pas dire qu’on ne va pas aller essayer d’avoir l’ambition d’aller chez l’éditeur dont on rêve, qu’il soit immense ou petit, peu importe. Mais ça commence par soi, je trouve.

MF : Après, l’ego, en soi, il en faut quand même une petite dose suffisante pour… Je trouve que ça peut être un bon moteur quand ça ne nous paralyse pas complètement.

LD : Tout à fait, tout à fait !

MF : Et je referme la parenthèse.

LD : Mais c’est comme dit Paracelse : un médicament à trop haute dose, c’est un poison.

EF : Juste, si Lionel se fait taper pour ce qu’il a dit, je veux bien me faire taper dessus aussi, parce que, évidemment, quand je vois le système, je raisonne en termes d’ambition, donc notamment, évidemment, en tant qu’autrice, et je veux dire au niveau aussi de la répartition de femmes dans le milieu. Maintenant, quand j’écris moi, quand je suis en train d’écrire, la raison pour laquelle j’écris, c’est qu’avant tout, cette histoire-là doit exister, c’est qu’avant tout, je veux qu’elle existe de la façon la plus sincère, la plus pertinente possible. Et c’est ça, pour moi, mais même pas l’ambition, juste la motivation première, la raison première pour laquelle j’écris. Et je me demande si notre seule raison, quand on écrit, c’est une ambition extérieure, effectivement, c’est tellement aléatoire, comment est-ce qu’on peut, quelque part, vivre ça sur le long terme ? Je sais pas.

Donc voilà, si Lionel, t’es polémique pour ce que t’as dit, je te rejoins complètement, je veux bien être… Voilà, dans la polémique avec toi.

MF : C’est vrai que ça interroge sur les raisons pour lesquelles on… C’est quelque chose qui revient quand même beaucoup dans les échanges qu’on a sur différents sujets. Pour quelles raisons est-ce qu’on écrit ? C’est vrai que si à la base, il n’y a pas un plaisir suffisamment fort pour qu’on continue malgré les obstacles, il y a peut-être un problème dans la démarche. Tout en précisant quand même, je comprends, pour l’avoir vécu, le découragement quand ce qu’on perçoit comme des échecs se répète, ou en tout cas quand on ne réussit pas à placer les textes. C’est quand même quelque chose qui reste difficile à encaisser, même quand on écrit pour, entre guillemets, « les bonnes raisons ».

EF : Et après, c’est pareil, c’est aussi vachement plus facile, je pense, pour nous, de parler de ça au moment où nous en sommes, où on a tous quand même maintenant des lecteurs, une certaine visibilité dans le milieu et tout – même si, comme dit Lionel, bon, les millions, c’est pas pour tout de suite, ni pour demain, ni…

Mais après il y a aussi justement tellement de mécanismes… Alors certes, on ne contrôle pas tout, mais il faut aussi reconnaître qu’il y a des mécanismes dans les milieux littéraires, comme dans la société en général, qui mettent plus de bâtons dans les roues de certains que d’autres, il y a des injustices profondes, et quand un auteur ou une autrice se heurte de manière répétée à ses injustices profondes, oui, au bout d’un moment, ça décourage, mais c’est tellement humain. Au bout d’un moment, quand on met son cœur, son âme, tout ça dans un livre, et que parce qu’il y a plein de galères, d’injustices, qui se mettent en travers de cette histoire qu’on veut porter au monde, au point d’épuiser physiquement et moralement les gens parce qu’on est humain. Oui, je comprends que ça décourage. Et c’est humain, même quand à la base on écrit parce qu’on est poussé par quelque chose qui est profond, qui est en nous, on peut être découragé par le monde qui simplement fout des baffes de manière répétée. Et il y a des autrices et des auteurs que ça décourage et c’est tellement dommage.

Et c’est pour ça aussi que quand on a un petit peu de potentiel, quand on a un petit peu de visibilité, même pas grand-chose, essayer de faire ce qu’on peut pour un petit peu, peut-être, lutter contre ces injustices-là, ça me paraît une bonne chose à faire et peut-être une chose essentielle.

LD : On est bien d’accord que je ne nie absolument pas ça et que mon point de vue est ce qu’il est, et c’est pour ça que j’insistais sur le fait que je voyais paradoxalement plutôt des auteurs, plutôt des mecs, plutôt des mecs blancs, qui râlent comme ça sur la reconnaissance, et c’est plutôt en général qu’eux que je vois râler bizarrement, alors que finalement, ils n’ont pas les soucis que tu décris. Je trouve que ça appelle à la réflexion sur soi quand on est dans une situation de privilège.

EF : Et en tout cas, disons, il y a un moment quand on est auteur/autrice, qu’on est publiae, qu’on a un petit peu d’audience, il y a un moment aussi, il ne faut pas oublier qu’on est dans un système qui a ses qualités, qui a ses défauts, mais qu’au bout d’un moment, si on n’essaie pas un tout petit peu de faire ce qu’on peut à notre petit niveau, même si ce n’est pas énorme, et même si on n’a pas forcément énormément de poids, mais si on n’essaie pas de faire un peu quelque chose quand même pour essayer de corriger à notre petit niveau, ou en tout cas, d’avoir une petite influence à notre petit niveau sur ce qui ne va pas trop bien dans ce système, dans ce cas-là, quelque part, on fait partie de ceux qui aident à faire perdurer les injustices et ce n’est pas forcément le joli côté de la barrière.

LD : Je pense non seulement que c’est une excellente conclusion, mais qu’il faut terminer là-dessus.

MF : Ouais.

LD : Petite citation pour terminer ?

EF : « Détournez-vous de ceux qui vous découragent de vos ambitions. C’est l’habitude des mesquins. Ceux qui sont vraiment grands vous font comprendre que vous aussi pouvez le devenir », Mark Twain.

Jingle : C’était Procrastination, merci de nous avoir suivis. Maintenant, vraiment, assez procrastiné, allez écrire !


[1] Épisode publié en 2021 pendant l’épidémie de Covid.

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