Le bouffon de la couronne : Livre II, Thibault Lafargue

Le bouffon de la couronne, Livre II (2026, ActuSF)

Thibault Lafargue, Français

Tome 2/3 du cycle de Fantasy Le bouffon de la couronne

Couverture : Hervé Leblan

Mon avis sur : Livre I

Chronique dans le cadre d’un Service-Presse

À peine remis du soulèvement de Belle-la-Ménure, Tirelangue se met en route vers la bibliothèque de Marv’Dash pour y traduire le poème de Mnémor, à la demande du roi. Mais son voyage en Levance tourne court quand il se retrouve enfermé dans le lieu le plus secret de la cité : le harem du sultan.

Pour survivre à cette prison dorée, gouvernée par la cruauté des eunuques, il n’aura d’autre choix que de s’immiscer dans les intrigues des odalisques, ces femmes prêtes à tout pour retrouver leur liberté…

Deuxième tome du Bouffon de la Couronne, Thibault Lafargue nous plonge cette fois dans l’univers mystérieux et envoûtant du harem, à travers un récit captivant, où la place des femmes et l’influence du rire joueront un rôle décisif dans ce chapitre central de la trilogie.

Avant toute chose, je tiens à remercier les éditions Actu SF pour leur confiance et l’envoi de ce service-presse !

Mon avis

Et c’est reparti pour un nouvel épisode des désastreuses aventures de Sébrain, aka Tirelangue le bouffon de la couronne, puisque son roi l’a envoyé pour une mission top secrète dans un autre pays. Et il est peu dire qu’il va être dépaysé par l’expérience…

Dans le premier tome, j’avais du mal à accrocher aux personnages féminins, que je trouvais assez stéréotypés, surtout qu’elles étaient peu nombreuses. J’avais quand même de la compassion pour Asphodéline, jeune femme qui essayait de trouver une échappatoire là où elle pouvait. Eh bien cette fois, des personnages féminins, il y en a plein ! Elles sont partout : dans les campagnes, elles sont dans les villes (pardon pour le souvenir débloqué), mais surtout, elles sont dans les harems, et c’est bien là que Sébrain va devoir se rendre pour accomplir sa mission. Heureusement (enfin, si on veut) il est autorisé à y accompagner sa maîtresse, puisque celle-ci doit y recevoir tout l’enseignement nécessaire pour devenir une bonne esc… euh… une bonne épouse, et tout le monde sait que les simples d’esprit ne sont même pas de vrais hommes, de vrais eunuques, quoi.

Ce harem se révèle un vase clos rempli de vipères prêtes à tout pour s’en sortir, y compris à mordre les sœurs d’infortune si cela signifie avoir une chance. Ces femmes, très diverses dans leurs origines et leur place sociale, se révèlent tout à la fois bourreaux et victimes au sein d’un système qui les contraint à une concurrence féroce. C’est d’ailleurs l’un des écueils que je craignais au début du roman, mais l’auteur parvient à ne jamais y tomber, puisque le vrai antagoniste de cette histoire, c’est bien sûr le système d’oppression dont elles sont obligées de suivre les règles pour espérer survivre et s’échapper peut-être un jour, avec beaucoup de chance et de sacrifices.

C’était déjà une thématique très présente dans le premier livre, mais ce second tome la cristallise, en quelque sorte. Ce qui permet aussi à l’auteur d’échapper à un second écueil : Ponant et Levant, même combat. Les oppressions se manifestent différemment, mais elles sont présentes partout où des individus, des systèmes, s’accaparent le pouvoir.

Et cette thématique, Sébrain commence aussi à la percevoir. L’un des aspects que je n’avais pas aimé dans le premier tome, c’était son personnage principal, que je trouvais mesquin, puéril, et guidé par ses hormones. Je me doutais bien que le personnage devait démarrer bas pour pouvoir évoluer, mais bon, il a quand même fallu se le farcir pendant tout un volume.

Ici, on a un Sébrain bien différent. Il commet des erreurs, il pleurniche parfois (et on lui en veut pas), mais il ne semble plus aussi naïf en ce qui concerne les religions ou les personnages qui gravitent autour de lui. On voit aussi qu’il a mûri, puisqu’il éprouve de la compassion et de la compréhension envers ces femmes malgré les atrocités qu’elles commettent contre lui ou entre elles. Presque inconsciemment, il comprend que c’est bien le sommet de la pyramide qui a initié le jeu et qui en profite avant tout. Il réalise aussi que les femmes, que ce soit au Ponant ou au Levant, ne sont pas les seuls échelons ni les seuls êtres qui souffrent de ce système, et que la souffrance elle-même peut amener à devenir oppresseur.

Sébrain n’est ici pas tant un acteur qu’un catalyseur. Soumis depuis trop longtemps à un système, privés de leur parole et de leur libre-arbitre, les personnages ont fini par jouer selon les règles du système. Mais les bouffons sont au-dessus des rois, au-dessus des règles, alors quoi de mieux qu’un bouffon pour montrer le chemin vers la liberté ? (ouais, Sébrain c’est Luffy, en fait oO).

Si on veut pinailler, j’ai toujours quelques points d’univers qui gênent un peu ma suspension d’incrédulité, mais c’est installé dans les fondations de l’univers depuis le tome 1, donc bon, on va pas trop revenir dessus (la représentation des personnes « folles », même si sur ce point, on peut se dire que c’est le système lui-même qui attend et donc « fabrique » ce genre de représentations ; et le rôle de bouffon, dont je n’arrive pas à comprendre comment il peut être porté aux nues et méprisé tout à la fois).

Bref, vous l’aurez compris, un livre éminemment politique qui nous parle de systèmes oppressifs (au passage, public averti, toussa, on n’est pas chez les bisounours). Le rythme est maîtrisé, l’intrigue prenante, et je n »arrivais pas à refermer le livre tant j’avais envie de voir les personnages s’en sortir. Vu la fin, vraiment curieuse pour la suite.

Prenez garde à celles et ceux qu’on a réduit au silence et qui commencent à rire.

Bilan

Si j’avais aimé sans plus le premier tome, la faute à un protagoniste à qui je peinais à m’intéresser, j’ai adoré l’évolution de ce second tome qui semble confirmer le fil rouge de cette trilogie : la lutte contre les oppressions et la liberté. Hâte de lire le fin mot de cette histoire, même si je ne peux m’empêcher de craindre pour le sort de certains personnages (on le sait, les auteurices aiment tout autant faire souffrir leurs personnages que leur public – pas touche à Terne et Tireplume ! ).

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

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