
S05E19 : Les outils linguistiques
(Transcription : Symphonie )
Les liens vers l’épisode S05E19 : Script : Télécharger / Audio : Youtube ; Elbakin
Du dictionnaire de poche au volumineux traité de grammaire, la langue a ses règles, et donc les outils pour les déchiffrer. Dans cet épisode, Mélanie, Estelle et Lionel parlent de la place de ceux-ci dans la pratique de l’écriture, de leurs favoris, et de leur usage au quotidien. Mélanie leur donne surtout une place dans la pratique de la traduction, notamment l’indispensable dictionnaire des synonymes, et différencie la recherche purement utilitaire d’une approche créative. Estelle loue Le Bon Usage de Maurice Grevisse, tant pour repousser ses propres limites créatives que travailler les corrections d’un manuscrit. Lionel aborde les différences entre numérique et papier et argue que le but d’Antidote… c’est d’arriver à s’en passer. (Blog de Lionel Davoust)
Et dans la suite de l’article la transcription de l’épisode. N’hésitez pas à intervenir dans les commentaires pour évoquer votre expérience ! (A noter que cet épisode n’a pas pu bénéficier de relecture par une tierce personne. N’hésitez pas à me signaler toute erreur ou contresens)
Vous écoutez Procrastination, Saison 5 Episode 19 :
Les outils linguistiques
Podcast sur l’écriture en 15 minutes.
Parce que vous avez autre chose à faire.
Et qu’on n’a pas la science infuse.
Avec les voix de : Mélanie Fazi,Estelle Faye, et Lionel Davoust.
Lionel Davoust : Un petit épisode de geek ou de nerds, parce qu’on va parler dictionnaires, ouvrages de référence sur la langue. Qu’est-ce qu’on utilise en fait ? Et finalement, est-ce qu’on est bien d’accord que tout écrivain devrait avoir un dictionnaire, voire même davantage, d’autres ouvrages ?
Alors déjà, est-ce que vous êtes effectivement d’accord que tout auteur ou autrice devrait avoir un dictionnaire ? Est-ce que vous avez vos ouvrages doudou, vos références auxquelles vous revenez fréquemment, ou Internet, ça suffit ?
Mélanie Fazi : Ah, c’est une excellente question. En fait, moi je m’aperçois en réfléchissant au sujet que j’ai beaucoup plus de réponses à apporter sur la traduction que sur l’écriture. Je crois que j’utilise beaucoup plus d’outils linguistiques quand je traduis, auquel cas là j’ai vraiment des références assez précises sur ce que je peux donner. Et je n’arrive pas à me rappeler tellement utiliser des outils en écrivant, c’est-à-dire qu’effectivement, dictionnaire, dictionnaire des synonymes… Comment dire ? Je conserve des dictionnaires chez moi, mais j’ai de plus en plus le réflexe Google, finalement, pour aller chercher le sens d’un mot.
Par contre, il y a un outil que j’aime énormément et que j’utilise beaucoup à la fois pour l’écriture et la traduction, c’est un dictionnaire des synonymes qui est en ligne, qui a été développé par l’université de Caen, et alors je n’arrive pas à me rappeler son nom. Je l’appelle « CRISCO[1] », mais je sais plus…
LD : C’est le CRISCO, ouais.
MF : [En même temps :] C’est le CRISCO, voilà, et celui-ci me sert énormément et finalement plus que mon dictionnaire des synonymes papier que j’ai conservé. Pour le reste effectivement, je me réfère un peu à des dictionnaires, mais je me posais la question en fait : dans quelle mesure est-ce que ça sert réellement dans l’écriture ? Parce que moi, j’en ai pas tellement à part vérifier quelques mots de temps en temps, j’ai pas l’impression d’en avoir autant d’usage qu’en traduction finalement.
Estelle Faye : Bah en fait moi c’est pas tant en écriture, premier jet, c’est vraiment aux corrections. J’aime bien avoir des ouvrages de référence papier sur lesquels je peux m’appuyer en sachant que je vais y trouver vraiment une référence solide.
Et je pensais vraiment pas ça au début quand j’ai écrit mes premiers bouquins, et puis j’ai commencé à les corriger et là je me suis rendu compte qu’il y a un truc pour moi merveilleux qu’on m’avait fait acheter quand j’étais en classe prépa – j’ai fait prépa un peu par hasard, bref –, et je m’en étais quasiment pas servi en prépa. Je crois que je l’avais ouvert une fois, mais pour faire plaisir aux profs. Et en correction, je m’en sers de plus en plus. C’est le Grevisse Le bon usage qui est une somme sur justement la grammaire française, sur comment construire vos phrases, etc., les concordances de temps bizarres et tout.
Et comme c’est vrai, j’aime bien pouvoir justement jouer avec la langue, pas être limitée par des constructions trop basiques, le Grevisse me permet vraiment – Grevisse ? Je sais pas comment on dit même voilà, j’ai jamais su –, mais ça me permet vraiment de pouvoir pousser un peu plus loin mes phrases, mes textes. Faire justement, paradoxalement, pas du langage forcément hyper littéraire, aux limites du compréhensible, mais pour pouvoir au contraire aller dans par moment du langage très parlé, dans du langage très familier, tout en restant dans la grammaire française.
Et pour ça, vraiment, le Grevisse, ça m’aide à fond quand je corrige et aussi mine de rien, bah quand je travaille avec les corrections éditoriales, parce qu’il y a par moment des corrections éditoriales qui vont être super cool et il y en a par moment qui, il faut dire ce qui est, ça arrive aussi pour plein de raisons, vont être un peu pétées. Et dans ce cas-là, en tant qu’auteur, je pense qu’il faut aussi pouvoir défendre notre texte.
Et notamment comme moi, dans certains de mes univers, je joue vraiment beaucoup avec la langue française parce que ça correspond à l’univers et parce que j’aime ça. Donc notamment, je me souviens, une fois en correction, il y a vraiment un correcteur qui a voulu tout lénifier et tout rendre beaucoup plus classique. Et là d’avoir mon petit Grevisse d’amour avec moi pour lui dire : « mais si ça c’est possible, ça c’est possible, ça oui c’est un cas peu utilisé, mais c’est possible », et de bien mettre à chaque fois la référence du Grevisse, bah ça m’a permis de défendre mon texte et la personnalité de mon texte tel qu’il était.
Donc vraiment c’est un outil que j’avais complètement sous-estimé dans le passé, dont j’ai pas eu l’usage avant vraiment d’être autrice, et avant de pousser plus loin mes textes et mes univers. Et maintenant je le garde et je l’aime.
LD : C’est rigolo ce que tu dis sur le Grevisse, parce que j’en ai un aussi en fait. Effectivement, je m’en sers uniquement comme un code civil [rires], c’est-à-dire que quand j’ai une correction où je défends que « non, non, non, ça doit être comme ça », je finis par dégainer le Grevisse et sors « article 15 alinéa 3, Balzac, il l’a fait ! Alors bon, ça suffit, moi aussi j’ai le droit. ».
Alors c’est vraiment une mine, par contre c’est vraiment… C’est dense comme le code civil quoi. C’est intéressant que tu le mentionnes.
Moi j’ai aussi en usage un peu plus quotidien, – vraiment pas du Grevisse tous les jours –, je me retournais à l’instant pour avoir son titre exact, c’est le Dictionnaire de l’orthographe et de l’expression écrite d’André Jouette, dans les Essentiels du Robert. La collection Essentiels du Robert, c’est tous des dictionnaires, y a des synonymes, y a les rimes, etc. C’est le orange, le synonyme c’est bleu foncé, les rimes c’est bleu clair etc. Celui-là, c’est le orange.
Et c’est une mine, et c’est génial, parce qu’il y a tous les accords compliqués, tous les pièges du français, tous les trucs vraiment retors du français, mais dans une version un petit peu moins aride que le Grevisse – parce que si vous voulez prendre l’accord du participe passé dans le Grevisse, c’est 50 pages de règles et de cas particuliers et tout. Enfin faut… Voilà, si vous avez juste envie d’avoir une fiche un peu synthétique, vous avez un doute sur un truc, le Jouette suffit, et voilà. Le Grevisse c’est la bible à tous les sens du terme quoi, c’est la source d’autorité et en même temps, pfft, personnellement, je m’y penche quand je suis obligé, quoi.
EF : Disons en plus, maintenant quand j’avance et que je cherche toujours à aller plus loin dans mes textes, de me dire aussi que j’essaye d’apprendre à maîtriser de mieux en mieux la langue française, et de toujours creuser plus les cas particuliers et tout, j’aime bien ça aussi, j’avoue. Et ça, c’est vraiment le Grevisse qui permet de le faire.
Après, les correcteurs de Folio SF, qui sont parmi les plus pointus avec qui j’ai bossé…
LD : Je suis entièrement d’accord.
EF :… m’ont parlé du [Adolphe V.] Thomas [Dictionnaire] des difficultés de la langue française. Donc je pense qu’un jour, je me ferai peur et plaisir à la fois en allant voir de ce côté-là ce qui se passe. Mais j’avoue que j’aime beaucoup aussi… Au départ, je n’étais pas autrice littéraire, forcément, et maintenant que vraiment autrice littéraire, c’est ma voix, c’est ma vie, tout ça, de me renseigner plus sur ce que permet la langue écrite, j’aime ça aussi.
MF : C’est intéressant parce qu’à vous écouter, je n’ai pas l’impression d’avoir rencontré tellement les différents cas de figure que vous présentez. En tout cas, pas en écriture, plus en traduction. C’est-à-dire soit d’avoir à défendre des choix, soit de vouloir pousser un peu plus.
Principalement moi j’utilise les outils linguistiques pour une chose qui est à la relecture et pour fluidifier un texte, apprendre à éviter les répétitions. D’où le fait que pour moi ce qui est essentiel c’est un dictionnaire des synonymes. C’est vraiment littéralement la seule chose dont je ressens un besoin impérieux, parce que pour moi le travail avec les outils linguistiques c’est vraiment ce souci de fluidité. Donc traquer les répétitions, principalement. J’ai beau chercher, je ne vois pas d’autres exemples en tout cas qui me viennent en tête dans mon propre travail.
LD : Mélanie, je suis entièrement d’accord sur l’aspect dictionnaire des synonymes. Moi, je m’en sers constamment, même à l’écriture. Et du coup, c’est intéressant que tu parles du CRISCO parce que ça nous amène sur les outils numériques versus les outils papier. Ce qui est vraiment quand même très agréable avec les outils numériques, c’est que ça va plus vite, tout simplement.
MF : Il y a un truc tout bête, c’est qu’on va plus vite aussi depuis qu’on utilise les traitements de texte qui ont un correcteur intégré, qui vont pouvoir nous montrer que, oups, là, ce mot, il n’est pas tout à fait orthographié comme il faut, c’est déjà un petit gain de temps.
LD : Oui, ça pour l’orthographe, parce que j’allais dire sinon, le correcteur intégré de Word ou même des systèmes c’est…
MF : Ah oui, non, c’est pas génial, mais disons que…
LD : On est d’accord, c’est insuffisant.
MF : En tout cas – comment dire ? – ça évite d’aller vérifier certaines orthographes, parce qu’il va nous proposer le bon terme. Donc c’est minuscule, mais c’est déjà un gain de temps.
LD : Combien de F, combien de N et combien de L à professionnalisation[2], par exemple ? Je ne sais jamais, mais mon Mac sait pour moi. Je ne devrais peut-être pas admettre ça publiquement en fait, mais bon, c’est trop tard.
MF : Et donc le numérique, je n’ai pas le même usage des deux en fait.
EF : Juste ce que disait Lionel, c’est quand même un truc qui revient beaucoup dans les jeunes auteurs qui disent « oui, mais moi j’ai pas une orthographe, une grammaire parfaite, est-ce que je suis auteur » ? Mais on n’a pas forcément à avoir une orthographe, une grammaire parfaites, au début. L’idée, c’est par contre de travailler pour l’améliorer et tout ça avec tous les outils dont on parle [assentiment de Mélanie]. Et justement, on a des outils. C’est pas un truc que vous devez avoir parfaitement une fois que vous commencez à écrire votre premier livre. Vous avez plein d’outils qui peuvent vous aider.
LD : Tout à fait.
EF : Notamment pour professionnalisation. Pardon.
LD : [En plaisantant :] Oh ! la pique ! Aïe, j’ai mal.
Non, mais c’est super important je trouve ce que tu dis, parce que par exemple, le grand serpent de mer quand on parle d’outils linguistiques, c’est Antidote, le package à 150 euros à peu près, qui est un des packages de correction grammaticale avec un module de détection de répétitions super puissant, et un des plus évolués du marché.
Et la question c’est toujours « Ah, est-ce que je dois investir dans Antidote pour soumettre mon bouquin ? » Alors je pense que ces outils-là, c’est intéressant notamment quand on a effectivement du mal avec orthographe, grammaire et tout, notamment au début. Mais je suis entièrement d’accord, vraiment, c’est un point important, je trouve, je plussoie vigoureusement Estelle, parce que moi je suis d’accord avec toi – je plaisante –, c’est bien ces trucs-là, mais en fait je dirais l’idéal c’est d’apprendre à s’en passer.
La langue est notre outil, donc quelqu’un qui s’appuie sur Antidote par rapport à un auteur ou une autrice qui va avoir développé son regard, et il ne s’agit pas de l’avoir d’entrée de jeu, mais qui va avoir développé son regard au point de ne pas avoir besoin de ces trucs-là, je pense que c’est quelqu’un qui va avoir plus de trucs, et c’est quelqu’un qui a le regard plus acéré sur son texte. Et c’est bien le but, au bout du compte, d’arriver à avoir le regard acéré sur la langue et sur le texte, de manière à proposer la chose la plus aboutie possible, ou en tout cas qui correspond le plus à ses propres attentes.
MF : Je voulais revenir sur la question du numérique contre le papier. J’ai l’impression de ne pas avoir du tout le même usage des deux, je ne sais pas si c’est la même chose pour vous. Je m’aperçois que notamment le dictionnaire des synonymes, je vais utiliser celui en ligne de manière vraiment très utilitaire. C’est-à-dire là j’ai une répétition, je ne trouve pas un mot, tiens, quels sont les synonymes les plus courants qui pourraient coller ? Alors que je vais utiliser le dictionnaire papier, par exemple en traduction, si je dois traduire des néologismes, si je dois aller plus dans une création et chercher des termes plus rares ou des choses un peu plus originales. Et là je vais avoir sous les yeux des mots auxquels j’aurais jamais pensé toute seule.
Pour moi, c’est beaucoup plus pour défricher. Et le dictionnaire papier, par exemple, si je vérifie une orthographe, je vais aller plus spontanément sur Internet. Je vais utiliser le dictionnaire papier plus pour vérifier des étymologies ou trouver des mots qui aient les mêmes racines, par exemple, des choses comme ça qui sont plus compliquées à faire en ligne. J’ai vraiment un usage beaucoup plus utilitaire d’Internet et beaucoup plus chercher… le papier me permet plus de défricher des voies que je ne trouverais pas autrement.
LD : J’ai exactement le même usage que toi en fait, je me sers énormément du dictionnaire des synonymes en cours d’écriture, parce que dans le flot d’écriture, je trouve pas le mot exactement que je voudrais. Je sais qu’il existe, mais ah ! c’est pas exactement celui-là.
Et ce qui est vachement cool avec les outils numériques, c’est… Alors en plus ; moi j’ai branché 2-3 scripts qui font que d’une simple combinaison de touches ça m’ouvre… Alors ça m’ouvre en l’occurrence Antidote, mais Antidote a un très bon dictionnaire intégré, qui vaut pas un dictionnaire papier, mais c’est du niveau de ce qu’on trouve sur Internet, c’est largement suffisant pour le tout-venant. Et direct, me donne la liste et je fais « Ah oui ! c’était ce mot-là que je voulais » et je m’en sers, mais des centaines de fois par jour en écriture.
Pareil quand je suis pas tout à fait, tout à fait sûr de la connotation d’un mot et je suis pas sûr que c’est vraiment celui-là que j’ai envie d’utiliser. Comme ils disent dans Princess Bride, est-ce que ça veut vraiment dire ce que je pense que ça veut dire ou pas ?
Et en fait, avoir la possibilité de lancer ça d’une simple combinaison de touches, c’est magique parce que ça fait gagner tellement de temps. Et surtout, l’intérêt c’est pas de la productivité pure, l’intérêt c’est de ne pas casser le flot de l’écriture pendant qu’on est dans son truc. Si ça me prend 2 secondes de trouver un mot, de m’assurer de quelque chose, en 5 à 10 secondes, je suis retourné sur mon texte et je continue à écrire, alors que s’il faut que j’ouvre mon bouquin et que ça me prend 30 secondes…
MF : C’est la raison pour laquelle j’ai un dictionnaire anglais quand je traduis sur mon ordinateur pour aller le plus vite possible justement.
EF : Sur les outils numériques, donc là, je vais peut-être faire la vieille conne – voilà, désolée. Alors oui, les outils numériques, ça a l’avantage évidemment de l’immédiateté. Bon, mine de rien, ça a l’avantage aussi de pouvoir être beaucoup plus facilement transportable quand on n’écrit pas forcément toujours dans le même endroit, ça c’est bien.
Après, ce dont je m’aperçois, moi, mais c’est dans ma pratique personnelle, c’est quand je vais chercher quelque chose dans un dico papier ou dans un ouvrage papier, déjà avec l’expérience, franchement ça va de plus en plus vite quoi.
Donc pour revenir sur le Grevisse, au début c’est impressionnant, mais maintenant, je veux dire, voilà, c’est la maison, quoi. Et quand je vais chercher quelque chose en papier je vais beaucoup plus l’intégrer, le retenir et pas avoir besoin forcément d’aller le chercher la prochaine fois. Alors qu’en numérique j’ai l’impression que cette facilité qui permet de pas couper le flot comme dit Lionel et tout, ça fait que peut-être on va moins intégrer l’info, et qu’on va peut-être avoir plus besoin d’aller la chercher à nouveau.
Et vraiment, j’aime bien cette idée quand même que non seulement je vais chercher un truc et avoir la réponse, mais je vais peut-être aussi apprendre quelque chose de nouveau, et l’intégrer vraiment, et pas avoir besoin d’aller le rechercher plus tard.
LD : C’est certainement très vrai. C’est un peu toujours ce rapport qu’on a avec les outils numériques versus analogiques. L’analogique par la manipulation, ça, c’est prouvé. Par exemple, dans le fait de… En cours, les étudiants qui prennent des notes au clavier ou qui les prennent à la main, ceux qui les prennent à la main intègrent davantage, ceux qui les prennent au clavier ont davantage de matière. Ça dépend, il y a des avantages dans les deux cas.
Mais en tout cas, c’est peut-être justement parce que j’ai cet outil et ce script à bout de bras que je l’utilise plusieurs centaines de fois par jour je sais pas [rires].
Et puis honnêtement il y a des tas d’ouvrages qui sont disponibles en papier pour un niveau professionnel de manipulation de la langue, qu’il n’y a pas sur internet, ou éventuellement qui peut exister en numérique, mais ça coûte très cher.
EF : Après aussi, il y a bêtement, qu’est-ce que nous en tant qu’auteur on a envie de faire dans notre pratique ? Voilà, moi, je suis accro aux livres documentaires en général, je dis pas qu’il faut être accro aux livres documentaires quand on veut écrire un livre, c’est comme de tout. C’est aussi dans notre pratique, comment nous on a envie d’évoluer, et pour moi, il n’y a pas de règles.
MF : Je crois que c’est pour ça que j’ai pas tellement l’usage des outils linguistiques, parce que pour moi y a une espèce d’immédiateté du style qui prime sur le reste en fait. C’est-à-dire, j’ai une phrase qui vient, après je vais affiner cette phrase, mais je ne vais pas avoir ce besoin de faire des recherches autour ou de partir sur d’autres…
EF : Voilà, l’important c’est : quels sont les outils pour nous, être l’autrice ou l’auteur que nous on veut être, et trouver les bons outils qui nous correspondent, comme à chaque fois.
LD : Bon, alors, je pense que Mélanie t’as déjà plus ou moins répondu, mais pour boucler très rapidement en mode rapidfire, est-ce que vous avez un ou une poignée d’ouvrages ou de types d’ouvrages – au-delà de ce qu’on a déjà dit, le dictionnaire des synonymes ou le Grevisse – avec lequel vous êtes bien et que vous auriez envie de recommander, ou de dire « tel ouvrage, je m’en sers vachement, c’est vachement pratique » etc.
MF : Rien à ajouter à part ce que je disais sur le CRISCO tout à l’heure.
EF : Rien à ajouter, si ce n’est que bon, encore une fois le Grevisse c’est quand même… Voilà, si vous voulez vraiment creuser des trucs. Et bêtement, c’est tout bête, mais au tout début quand même pour certaines conjugaisons un peu bizarres, avoir un Bescherelle de base ça m’avait aidée. Ce que j’ai appris dans le Bescherelle, je l’ai complètement intégré. Mais au début oui, je me suis aussi référée à mon vieux Bescherelle que je trimballais depuis le collège, je crois, et qui avait le bon goût d’être toujours d’actualité.
LD : Mais alors complètement, le Bescherelle, moi il était sur ma liste aussi. C’est pas parce qu’on l’a acheté dans le primaire ou au collège que c’est plus d’actualité. Et j’avoue je m’y réfère encore des fois – et c’est très bien.
En types d’ouvrages, je voudrais… On a parlé de dictionnaire des synonymes, un truc qui peut être intéressant aussi c’est un dico analogique, ce n’est pas tout à fait la même chose. Ça donne le champ lexical autour d’une notion. Ou truc tout bête, par exemple, vous avez besoin de savoir comment s’appelle la pièce précise dans un moteur à explosion, ça va vous donner un moteur à explosion en coupe avec absolument tous les noms des pièces.
MF : Si, il y a quelque chose qui me vient, mais c’est pour des cas de figure vraiment très, très, particuliers. Je me suis beaucoup amusée récemment avec un dictionnaire des rimes. Et on peut avoir des cas de figure où on peut, pour diverses raisons liées au texte, avoir besoin de jeux avec les mots qui passent par les sonorités. Et ça, c’est vraiment quelque chose qui peut ouvrir des voies, même.
LD : Tout à fait. Pareil pour le dico étymologique. J’allais dire que c’est plus un outil de traducteur ou traductrice, mais même, quand on veut créer un peu un monde imaginaire ou même de la SF pour faire créer des néologismes, ça peut être utile d’avoir les racines grecques et latines pour faire des termes qui sonnent bien.
MF : Ah ! Ça, ça me sert tellement, ça me sert tellement les racines en traduction. Donc oui, je confirme.
LD : En dico des synonymes, pareil même usage. Le plus gros dictionnaire des synonymes que j’ai trouvé, c’est le dictionnaire des synonymes de Henri Bertaud du Chazaud chez Quarto, qui est un espèce d’énorme pavé ! J’y ai trouvé des termes hyper cool dedans, dont j’ignore l’existence [pas compris le reste de la phrase].
Petite citation pour terminer ? Une citation de Chris Bohjalian, avec une traduction maison, comme souvent : « Survolez le dictionnaire des synonymes, feuilletez le dictionnaire, trouvez de nouveaux mots et des mots dont vous vous servez peu pour les utiliser dans des phrases. »
Jingle : C’était Procrastination, merci de nous avoir suivis. Maintenant, vraiment, assez procrastiné, allez écrire !
Références citées
– Dictionnaire électronique des synonymes du CRISCO
– Le Bon usage, Maurice Grevisse
– Dictionnaire d’orthographe et d’expression écrite, André Jouette, coll. les essentiels du Robert (épuisé)
– L’incroyable équipe de correction de Folio SF
– Dictionnaire des difficultés de la langue française, Adolphe V. Thomas
– Antidote, https://www.druide.com/fr
– Princess Bride, film de Rob Reiner adapté du roman de William Goldman
– Collection Bescherelle, éd. Hatier
– Dictionnaire de synonymes et mots de sens voisin, Henri Bertaud du Chazaud, Quarto
[1] CRISCO : https://crisco4.unicaen.fr/des/
[2] Eh ben pour le coup, le correcteur orthographique de Word m’a bien aidée, en effet ^^ (Symphonie)