
Lapin maudit (2025, Rivages)
Autrice : Bora Chung, Coréenne
Nouvelles Horreur Fantastique/Conte
Traduction : Hervé Pejaudier et Yumi Han
Couverture : Beth Cavener
1ère édition VF : 2023, Editions Matin Calme
저주 토끼 (2017)
Un lampe maléfique en forme de lapin cause la ruine d’une famille, une femme est terrorisée par une créature née de ses propres déjections, un renard saigne de l’or et maudit le marchand qui le retient prisonnier, un fantôme se hâte sur une grand-place de Pologne. Mêlant conte cruel et horreur corporelle, ce recueil de nouvelles développe un imaginaire sans limite et offre une analyse fascinante des maux de nos sociétés.
Mon avis global
Comme à mon habitude quand je donne mon avis sur un recueil de nouvelles, je vous transmets celui-ci en premier de façon globale, puis nouvelle par nouvelle si vous voulez approfondir, sans spoils.
Les nouvelles que nous propose l’autrice ne sont ni particulièrement angoissantes ni effrayantes, mais elles sont souvent dérangeantes, instaurant le malaise et nous plongeant dans une horreur organique, tantôt surréaliste, tantôt banale, ou donne parfois corps à des contes macabres et cruels. Vous qui craignez les fluides corporels et la douleur de corps meurtris, abandonnez tout espoir, ce recueil n’est pas pour vous ! Ce n’est pas terriblement trash, mais un petit peut quand même surtout si vous n’êtes pas habitués au genre, donc âmes sensibles, toussa, vous connaissez la suite.
Elles sont empruntes aussi d’une violence certaine, mais les phénomènes surnaturels qui tourmentent les personnages ne sont pas toujours les plus à craindre. Parfois, la violence la plus terrible provient de l’humain, de sa cupidité, de son égoïsme, de son désir de vengeance, mais aussi de la société elle-même. Car l’horreur, le surnaturel, n’est jamais gratuit, chargée de symbolisme, elle sert ici des propos sur les bas fonds de l’âme humaine, surtout quand elle s’emploie à maltraiter des personnes vulnérables : les femmes en particulier, mais aussi les enfants (et pour une histoire, un animal).
D’ailleurs, les personnages ne sont que rarement nommés, à la manière des contes, ce qui, personnellement, a favorisé mon immersion et mon empathie, puisque plus facile à imaginer mon propre nom dans l’histoire.
Ces nouvelles empruntent aussi au conte des espèces de morales, évidentes parfois, plus difficile à saisir dans d’autres, peut-être parce que les situations sont plus complexes et nuancées. Elles offrent en tout cas assez peu d’espoir, même s’il y a parfois un peu plus de douceur.
A noter toutefois que toutes ne sont pas trash, certaines proposent du surnaturel plus soft dans ses manifestations, ou plutôt un sentiment de mélancolie. Vous trouverez d’ailleurs des avertissements plus précis dans certaines nouvelles à cause de la dureté de leurs thématiques.
Bilan
J’ai personnellement beaucoup apprécié ce recueil, ses ambiances, sa créativité, son rapport métaphorique à notre réel, même si j’ai plus adhéré à certaines qu’à d’autres, bien sûr. Ce en tout cas une belle découverte, que je compte bien poursuivre avec ses autres textes !
Mon avis nouvelle par nouvelle
Lapin maudit
Quand un PDG sans scrupules s’attaque à l’ami d’une famille d’occultistes… Mais les malédictions sont à double tranchant.
Cette première nouvelle, narrée comme une histoire vraie par un grand-père à son petit fils, nous met directement dans l’ambiance. Elle n’est pas spécialement gore, mais les évènements qu’elle nous conte vont crescendo dans l’horreur et n’épargne absolument personne, provoquant une certaine forme d’effroi devant les conséquences de cette malédiction. La chute est aussi assez surprenante, et sans concession pour les personnages.
La tête
Une femme est tourmentée par l’être qui se crée dans les toilettes à partir de ses déjections.
Alors, je vous l’accorde, le résumé est très étrange, mais promis, elle est très intéressante cette nouvelle ! Alors, oui, c’est un peu trash, les descriptions sont assez dégueu, mais on a affaire à un recueil très organique dans son horreur. Au-delà de cet aspect là, cette nouvelle raconte vraiment quelque chose, même si je ne suis pas complètement certaine de l’interprétation. La protagoniste a beau avoir une famille, elle se retrouve seule à gérer ce problème. Les autres en sont conscients, juste… le traitent comme un désagrément négligeable, sans se soucier des conséquences psychologiques, ni de sa vie qui lui passe sous le nez à cause de la charge mentale associée.
Les doigts glacés
Suite à un accident de voiture qui la laisse privée de sa vue comme de ses souvenirs, une femme trouve de l’aide en une voix inconnue.
Cette nouvelle ci est plus classique, mais elle demeure efficace, construite comme un puzzle dont on rassemble les pièces au fil de l’histoire.
Les règles du corps
En raison de ses règles interminables, une femme célibataire se décide à prendre une contraception… plus longtemps qu’elle n’a été prescrite, et tombe ainsi enceinte sans aucune semence masculine.
L’une des nouvelles les plus violentes du recueil, bien qu’elle ne soit pas spécialement gore, à l’exception de son climax. En tant que femme, handicapée de surcroit donc avec un passif médical par forcément top, cette histoire raisonne particulièrement pour moi malgré l’absurdité de sa prémice, qui fait cependant sens avec certaines absurdités rencontrées lors d’un parcours médical, justement. Violence médicale, violence patriarcale, injonctions faites aux femmes, violence sociétale… rien n’est épargné à cette pauvre protagoniste dont le seul crime est d’avoir eu affaire à un corps médical indifférent à ses douleurs. L’une des nouvelles les plus intéressantes, mais aussi les plus dures.
Au revoir, mon amour
Une femme tombée amoureuse de son premier androïde de compagnie charge la mémoire de ce dernier dans un nouveau modèle.
L’androïde, l’intelligence artificielle qui devient vivante, c’est un thème classique de la SF, donc cette nouvelle ne m’a pas forcément marquée. Je ne suis pas tout à fait sûre non plus de ce que la fin nous dit, je la trouve assez cruelle pour la protagoniste, en tout cas.
Le piège
Un homme trouve un renard pris dans un piège, dont le sang est de l’or véritable.
Outch, je trouve que c’est l’une des nouvelles les plus dures et violentes du recueil, son horreur accentuée par sa forme de conte. Entre les tortures subies par le renard pour son sang, et toutes les conséquences qui vont en découler par la suite, nourries par la cupidité et l’absence absolue d’empathie, cette nouvelle est l’une des plus trashs et violentes du recueil.
(TW : tortures sur animaux et enfants, évocation d’inceste et de viols, accouchement traumatique).
Cicatrices
Un jeune homme, sacrifié depuis son enfance à la Chose dans la grotte, parvient enfin à s’échapper et à retourner dans le monde des hommes, qui se révèlent d’autres genres de monstres.
Cette nouvelle se présente comme un conte de Dark Fantasy, dans lequel un monstre fait régner la terreur sur toute une région. Elle aussi est dure à lire, à cause de toutes les souffrances infligées à ce pauvre garçon et sa fin vaine et tragique, mais comme c’est souvent le cas dans ce recueil, c’est aussi l’une de plus intéressantes à mon sens.
TW : Torture sur enfant
Heureux foyer
Une femme au foyer qui a tout sacrifié pour le bonheur de son couple toxique reçoit un soutien inattendu.
Cette nouvelle propose une violence plus subtile, plus banale, celle d’une femme qui porte son couple sur ses seules épaules, tandis que l’époux n’en fais qu’à sa tête, quitte à les plonger tous les deux dans la mouise. Je ne peux pas trop en dire plus sans révéler le twist de fin, que personnellement je n’avais pas vu venir. Beaucoup apprécié celle-ci, d’autant que c’est l’une des rares qui se termine bien pour lea protagoniste.
Le maître du vent et du sable
Une princesse tente de lever la malédiction injuste dont souffre son promis à cause des crimes de son père.
Encore une nouvelle sous forme de conte, dont la violence ne se révèle vraiment que dans le climax. On sent la révélation venir assez vite, mais je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir triste pour cette princesse prête à sacrifier sa vie pour sauver son prince. Mais toutes les histoires ne se finissent pas si mal.
L’éternel retour
Une femme s’interroge sur le comportement d’un vieil homme qui ne cesse de courir.
Une nouvelle sur les traumas, et sur la façon dont ils peuvent imprégner les générations suivantes, couche après couche. Il s’en dégage un vrai sentiment de mélancolie, et la fin me semble assez ouverte à l’interprétation.
Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?
Honnêtement, je craque déjà rien que pour la couverture, en plus, j’adore les recueils de nouvelles et clairement, ton avis fini de me convaincre totalement !
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J’avoue que la couverture m’avait bien attiré l’oeil quand je l’avais vu (spoil : j’ai déjà programmé mon avis pour l’autre recueil de l’autrice à la fin du mois ;))
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Je ne suis pas forcément très nouvelles, mais c’est un recueil qui m’intrigue pas mal. Mes dernières expériences en nouvelles « horrifiques » n’ont pas été très concluantes, mais j’ai quand même dans l’idée de lui donner une chance un jour. En tout cas, ton avis m’encourage dans ce sens.
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Il faut dire que l’horreur, c’est difficile je trouve. Je suis souvent déçue aussi.
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Horreur organique, histoires de fluides, malaise, ce recueil est fait pour moi.
Merci pour la confirmation ! J’avais déjà un peu repéré la chose ^^
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Faut dire que le recueil avait de quoi intriguer ^^
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