Vous lisez Procrastination : S01E04 – C’est pas la taille qui compte

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« Aujourd’hui, MĂ©lanie Fazi, Laurent Genefort et Lionel Davoust parlent de l’aspect le plus visible d’un texte : sa taille ! Quels sont les Ă©talons et catĂ©gories professionnels de la longueur d’un rĂ©cit ? L’édition, et le lectorat, ont-ils des exigences dans ce domaine auxquelles il convient de se conformer ? Quels sont les facteurs dictant la taille d’un texte ?«  (Blog de Lionel Davoust)

Et dans la suite de l’article la transcription de l’épisode. N’hĂ©sitez pas Ă  intervenir dans les commentaires pour Ă©voquer votre expĂ©rience !

S01E04 : C’est pas la taille qui compte

(Transcription : Erreur404 ; Relecture et corrections : Symphonie)

Vous Ă©coutez « Procrastination », Épisode 4 : « C’est pas la taille qui compte ! » On a osĂ©.

Podcast sur l’écriture en 15 minutes.

Parce que vous avez autre chose Ă  faire,

Et qu’on n’a pas la science infuse.

Avec les voix de Mélanie Fazi, Laurent Genefort, et Lionel Davoust

Lionel Davoust : Donc, cet Ă©pisode consiste Ă  parler de la taille des rĂ©cits : de la nouvelle au roman, Ă  la dĂ©calogie etc. Je pense dĂ©jĂ  que pour introduire, peut-ĂȘtre, il existe dans le monde de l’édition
 Alors on va parler de la taille des rĂ©cits, qu’est-ce qui les diffĂ©rencie, comment on choisit, comment on sait si un rĂ©cit sera un haĂŻku ou une dĂ©calogie. Un petit mot dĂ©jĂ  peut-ĂȘtre sur la norme dans l’édition, c’est l’unitĂ© de longueur. En gĂ©nĂ©ral, en France on mesure les textes en signes, espaces comprises. Comprises au fĂ©minin parce qu’en typographie les espaces sont fĂ©minines. Dans le monde anglo-amĂ©ricain, on a plutĂŽt tendance Ă  parler en mots. C’est une maniĂšre de juger objectivement de la taille d’un texte puisque le nombre de pages est quelque chose de totalement subjectif en fonction de la taille de la police et de l’interligne, comme le savent tous les Ă©tudiants qui ont dĂ» rendre des rapports Ă  la bourre et qui ont essayĂ© de gonfler artificiellement le nombre de pages. Je suis sĂ»r qu’il y en a derriĂšre qui l’ont fait.

Laurent Genefort : Et en moyenne, le mot, je crois, amĂ©ricain c’est 6 lettres. En moyenne.

LD : Ouais, en moyenne.

LG : Et en France, c’est 7. Ce qui pose des problĂšmes. C’est pour ça que si tout le monde se mettait aux signes, et pas aux mots, ce serait plus pratique pour tout le monde.

LD : Tout Ă  fait. Est-ce qu’on peut donner un ordre de grandeur dĂ©jĂ  vaguement de qu’est-ce qui correspond Ă  quoi ? Une nouvelle, Ă  peu prĂšs, c’est dans les 20 000-40 000 signes, Ă  peu prĂšs.

LG : Alors. DĂ©jĂ  ça serait pas mal de lister un peu les mots. Du plus court au plus long : on a la short short story, qui est donc la nouvelle trĂšs courte, qui peut aller d’une phrase Ă  disons une page. Short short. La short story, qui est en fait la nouvelle. Donc short story en anglais, nouvelle. On va dire que ça va de 2000 ou 3000 signes Ă  50 000 signes, on va dire.

LD : Oui Ă  peu prĂšs.

LG : VoilĂ . AprĂšs on a la novella, en anglais, mais qui est aussi utilisĂ©e en français maintenant —ou le rĂ©cit â€”, qui fait entre 50 000 et 150 000 signes. On va dire. Et aprĂšs on a le roman dans son acception la plus gĂ©nĂ©rale. Roman et cycle, quand ça s’échelonne sur plusieurs tomes. Dans le cycle on peut avoir
 Un cycle dĂ©signe Ă  la fois une histoire coupĂ©e en morceaux ou une histoire et ses suites. C’est un terme flou. Il y a beaucoup de flou de toute façon dans toutes ces dĂ©finitions. Notamment en ce qui concerne la taille, parce que bah voilĂ  encore une fois on est dans du continuum et pas dans des compartiments. Ce sont des mots qui sont apparus de façon empirique.

LD : D’ailleurs on a importĂ© du monde amĂ©ricain l’expression one shot ou stand alone pour un roman qui s’insĂšre dans un cycle plus vaste, ou un roman indĂ©pendant tout simplement.

LG : VoilĂ , y a plein de jargon anglo-saxon : spin off, prĂ©quelle, sĂ©quelle etc. On a empruntĂ© Ă©normĂ©ment dans le milieu de l’édition Ă  la littĂ©rature amĂ©ricaine.

LD : Au ( rythme ?) angliciste, dire sequel pour une sĂ©rie c’est quand mĂȘme pas trĂšs
 C’est plutĂŽt une suite quoi, et prequel ça a Ă©tĂ© francisĂ©, prĂ©lude tout simplement. Prequel ou un prĂ©lude, c’est un rĂ©cit qui se passe avant le rĂ©cit principal. Le Silmarillon se passe avant Le Seigneur des anneaux par exemple. Sur la taille du roman, je pense qu’on peut peut-ĂȘtre dire un mot, qu’il y a eu, en tout cas dans nos genres, dans l’imaginaire, peut-ĂȘtre une inflation de la taille des rĂ©cits, oĂč le roman Ă©tait traditionnellement de 200 000-300 000 Ă  600 000 signes. Aujourd’hui 300 000 signes on considĂšre que c’est un court roman alors que c’était un format assez rĂ©pandu avant et qu’aujourd’hui les romans ont plutĂŽt tendance Ă  faire de 500 000 Ă  1 million de signes, c’est assez courant.

Mélanie Fazi : Voir 2 chez certains auteurs.

LD : Voir 2 chez certains auteurs oui.

MF : Ils sont prolifiques.

LG : Alors, le avant faut dire que c’est les annĂ©es 50 et l’apparition du poche.

LD : Tout Ă  fait.

LG : Donc avec les collections de poches chez Fleuve Noir, chez J’ai Lu etc. oĂč effectivement il y avait des petits textes. Ce qui a d’ailleurs gĂ©nĂ©rĂ© des problĂšmes, par exemple il y a eu des textes qui ont Ă©tĂ© amputĂ©s, notamment dans les traductions, dans les annĂ©es 50-60, pour tenir en 200 pages, donc des textes qui ont Ă©tĂ© assez malmenĂ©s dans l’édition. Et aussi chez des Ă©diteurs populaires, le seul critĂšre Ă©tait le critĂšre de taille. C’est-Ă -dire qu’il fallait tenir dans 300 000 signes. Moi quand j’ai commencĂ© chez Fleuve noir dans la collection Anticipation, c’était quasiment l’unique critĂšre, il faut que ça tienne en 190 pages c’est-Ă -dire entre 280 000 et 320 000 signes. C’était Ă  peu prĂšs la seule exigence qu’on avait de moi.

LD : C’est assez marrant d’ailleurs la perception vis-Ă -vis de ça parce que le Fleuve noir Anticipation –– donc c’était ce calibrage Ă  300 000 signes –– c’était du bouquin de poche, c’était du roman, c’était pas posĂ© en question. Aujourd’hui quand on voit la perception
 Pour ma part La volontĂ© du dragon fait 300 000 signes et parfois on m’a dit « oui mais quand mĂȘme, ça tient plus de la novella Â» etc, alors que c’est un bouquin qui fait exactement la mĂȘme taille qu’un FNA.

LG : Mais exactement. Pareil quand j’ai fait Points chauds, qui faisait donc 400 000 signes, on m’a dit « ah mais quand mĂȘme, c’est trĂšs trĂšs court Â». Y a une exigence de longueur maintenant qui a Ă©tĂ© formatĂ©e par l’inflation des textes. Cette inflation des textes, elle est Ă  la fois due Ă  l’apparition des traitements de texte dans les annĂ©es 80 qui a permis, voilĂ , Ă  l’essor de la fantasy et des dĂ©calogies, des romans Ă  suites et l’émergence des grands cycles. Qui a formatĂ© aussi l’esprit du lecteur. Ça a Ă©tĂ© une sorte de cercle vicieux, on va dire, oĂč on a proposĂ© des textes de plus en plus longs, ce qui a donnĂ© aussi goĂ»t au lecteur Ă  des textes de plus en plus long. On voit ça aussi au niveau de l’audiovisuel. Maintenant qu’il y a d’excellentes sĂ©ries, il y a des gens qui n’arrivent plus Ă  voir un film. Ils trouvent ça trop court. Ça nous a habituĂ©s, en plus avec l’émergence d’excellentes sĂ©ries, Ă  avoir l’exigence de personnages dĂ©veloppĂ©s dans la durĂ©e, ce que ne peuvent plus faire les films.

LD : Avec un changement, un glissement, sans partir lĂ -dedans parce que c’est une (grosse ?) tangente, du mode de consommation notamment de la sĂ©rie, puisqu’aujourd’hui on la consomme de plus en plus Ă  la demande, avec des services comme Netflix etc, ou Ă©ventuellement les gens qui tĂ©lĂ©chargent — c’est mal il faut pas le faire —  qui se prĂȘtent largement plus Ă  se faire un marathon et donc d’avoir finalement un rĂ©cit qui est tronçonnĂ© en 5, 10 Ă©pisodes, ce qui conduit d’ailleurs Ă  certaines dĂ©rives. On peut avoir des Ă©pisodes qui sont potentiellement plus faibles, c’est une tendance qui commence Ă  ĂȘtre critiquĂ©e.

MF : Avec une tendance, j’ai envie de dire aussi, Ă  cette immersion et Ă  vouloir quelque chose qui ne se termine jamais. J’ai l’impression que les lecteurs sont de plus en plus en demande quand ils ont aimĂ© un livre : « est-ce qu’il va y avoir une suite ? Â» etc. Finalement, dĂ©valoriser les romans ou les textes courts qui se suffisent Ă  eux-mĂȘmes.

LD : Si on va au-delĂ  de la dĂ©calogie, au-delĂ  du cycle, c’est aussi le phĂ©nomĂšne dont on peut dire un mot, c’est carrĂ©ment le phĂ©nomĂšne des univers partagĂ©s. Type Star Wars, Warhammer, etc. qui sont des grosses licences avec plusieurs auteurs sur un mĂȘme univers qui a pris et qui effectivement sont des choses qui sont sans fin.

LG : Mais en tout cas la taille des textes est toujours tributaire de la technologie, d’une certaine maniĂšre. Le feuilleton est apparu avec la dĂ©mocratisation des journaux au XIXe siĂšcle. Les gens achetaient les journaux pas du tout pour les nouvelles mais pour les feuilletons. C’est ça qui fidĂ©lisait. AprĂšs ça a Ă©tĂ© rĂ©uni en volumes. Il y a eu la dĂ©mocratisation du livre de poche, il y a eu aprĂšs la baisse des coĂ»ts d’impression qui a permis d’imprimer Ă  bas coĂ»t des grands formats, qui a donc favorisĂ© les grands
 Et puis l’apparition du traitement de texte, de l’ordinateur, qui a favorisĂ© les textes au long court. Donc en fait, tout ça c’est tributaire des Ă©volutions de la technologie. Et rien ne dit que dans l’avenir, ce que vont devenir les ebooks va aussi dĂ©terminer, et donc son affranchissement par rapport au support papier, va peut-ĂȘtre dĂ©terminer ce que sera la forme d’une fiction. On est toujours tributaire d’une technologie.

MF : Par rapport Ă  ça, un dĂ©tail que j’ai trouvĂ© intĂ©ressant, c’est qu’avec l’apparition du numĂ©rique on s’est posĂ© la question, Ă  laquelle on n’a pas vraiment rĂ©pondu, si on n’allait pas assister Ă  un retour de la nouvelle ou du rĂ©cit court, parce que par exemple on peut lire ça dans le mĂ©tro, lire un seul texte etc. Je ne l’ai pas vraiment constatĂ© mais c’est une question qui revient trĂšs souvent.

LD : Alors justement, un mot sur la nouvelle et sur la question plus vaste de
 C’est une question, je ne sais pas si vous l’avez, mais qu’on me pose parfois, comment dĂ©cide-t-on de la longueur d’un rĂ©cit ? MĂ©lanie, je sais que tu te revendiques comme auteure de nouvelles mĂȘme si tu as Ă©crit des romans excellents par ailleurs, mais la nouvelle est ta forme de prĂ©dilection. Alors c’est une question que tu as frĂ©quemment ; mais comment ça se prĂ©sente, comment tu sais finalement que tes histoires sont des nouvelles ?

MF : Je suis de plus en plus persuadĂ©e, notamment en discutant avec d’autres auteurs : il y a des auteurs qui sont plutĂŽt faits pour la nouvelle, des auteurs qui aiment bien ĂȘtre dans la suggestion, dans quelque chose de trĂšs concis, et des auteurs qui
 moi la question qu’on me pose trĂšs souvent c’est « vous n’ĂȘtes pas frustrĂ©e de ne pas dĂ©velopper ? Â» et moi, au contraire, quelque part si je peux dĂ©crire un personnage en un paragraphe et le faire exister
 moi ça m’ennuierait prodigieusement d’avoir Ă  raconter sa vie sur 10 pages. Alors qu’il y a d’autres auteurs qui sont extrĂȘmement frustrĂ©s de se dire « ah mais tiens j’ai envie de raconter ça, et puis ça et puis ça Â» et finalement ont envie de partir dans une espĂšce d’inflation, lĂ  oĂč tout l’intĂ©rĂȘt de la nouvelle c’est de rester concentrĂ© sur quelque chose. Et je dirais qu’on a une tendance Ă  aller plus vers la concision que vers le dĂ©veloppement, qui dĂ©jĂ  nous oriente, alors soit en tant qu’auteur, vers l’un ou l’autre, soit va orienter un texte vers l’un ou l’autre. AprĂšs il y a aussi la question des contraintes, est-ce qu’on Ă©crit avec des contraintes Ă©ditoriales ou pas, mais ça c’est presque un dĂ©veloppement Ă  part. Je pense qu’on a dĂ©jĂ  une tendance personnelle Ă  aller vers l’un ou l’autre, et qu’un texte peut-ĂȘtre va se prĂȘter plus Ă  l’un ou l’autre.

LD : D’accord. Tu te sens


MF : Moi je dirais qu’une nouvelle, souvent ça va ĂȘtre un Ă©pisode pris dans la vie d’un personnage, lĂ  oĂč un roman serait de raconter toute sa vie, en gros. Ou un univers, ou autre aprĂšs.

LG : C’est vrai que, je suis tout Ă  fait d’accord avec toi, la chute, dans la nouvelle, est aussi importante que le dĂ©veloppement, donc il y a cette espĂšce d’entonnoir dans la nouvelle. Cette espĂšce d’aspiration vers la fin qui arrive beaucoup plus vite donc, on est moins tributaire d’une structure. Enfin c’est assez bizarre, on est moins tributaire d’une structure au sens campbellien du terme, c’est-Ă -dire avec la structure en 3 actes, le voyage du hĂ©ros etc, des trucs assez
 On est moins tributaire d’un formatage, mais en mĂȘme temps il y a cette espĂšce d’aspiration vers la fin qui est aussi une contrainte aprĂšs tout. De mĂȘme qu’on va ĂȘtre limitĂ© au niveau du nombre de personnages dans la nouvelle.

MF : Il faut tendre vraiment vers la prĂ©cision, je pense que c’est ce qui caractĂ©rise le plus la nouvelle : la prĂ©cision. Absolument tout doit ĂȘtre Ă  sa place.

LG : Et puis voilĂ , on Ă©crit vraiment « Ă  l’os Â», c’est-Ă -dire
 C’est pour ça que moi personnellement je me qualifie beaucoup plus de romancier, plutĂŽt que d’écrivain d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, j’ai Ă©crit peu de nouvelles, mes nouvelles ne sont pas toujours trĂšs bonnes, parce que je me sens plus romancier que novelliste. Pour moi c’est une vraie gageure d’écrire une nouvelle. Parce que, avec le roman, on peut toujours se raccrocher aux branches, un roman peut ĂȘtre remarquable pour ses descriptions par exemple, la qualitĂ© poĂ©tique de ses descriptions, la force de ses personnages, on peut toujours trouver quelque chose dans le roman qui va « sauver Â», entre guillemets, des aspects qui sont moins remarquables. Dans la nouvelle, Ă  mon avis, tout doit ĂȘtre bon.

MF : En fait il y a autre chose. Je me suis aperçue que dans des nouvelles que je fais lire autour de moi avant de les envoyer Ă  l’éditeur, il y a eu des moments oĂč je dĂ©veloppe un petit peu un aspect d’élĂ©ment surnaturel que j’introduis dans un texte, et les lecteurs me disent « alors ça, tu coupes, c’est pas que ça soit pas intĂ©ressant, mais ce n’est pas l’intĂ©rĂȘt du texte. Le texte ne va pas vers ça, le dĂ©veloppement, quelque part, ne nous intĂ©resse pas. Â»

LD : C’est Edgar Poe qui dit « dans une nouvelle
 Â», en substance, « dans une nouvelle, tout doit concourir Ă  l’effet final Â». J’ai surtout commencĂ© par la nouvelle, je pense que la nouvelle est une excellente Ă©cole quand on dĂ©couvre, quand on fait ses premiĂšres Ɠuvres en Ă©criture. En tout cas moi j’ai trouvĂ© que c’était une excellente Ă©cole parce que quelque part le risque est minimum. C’est-Ă -dire que si je travaille sur 500 pages et que finalement c’est mauvais parce que j’ai dĂ» apprendre trop de trucs, bah j’ai Ă©crit 500 pages, alors que la nouvelle permet d’ĂȘtre un laboratoire d’expĂ©rimentation, un truc qu’on dit frĂ©quemment. Pour moi c’est une bonne Ă©cole parce qu’on apprend dans un espace plus clos et effectivement beaucoup plus exigeant. Quand quelque chose ne marche pas dans une nouvelle, tu le vois tout de suite. Dans un roman c’est peut-ĂȘtre plus flou, plus diluĂ©, l’édifice peut quand mĂȘme tenir debout.

LG : Et puis dans la science-fiction, c’est le genre de la nouvelle par excellence. Beaucoup des grands classiques de la science-fiction sont des nouvelles, en fait.

MF : Comme Lovecraft par exemple, il n’a fait quasiment que des nouvelles.

LG : VoilĂ . Mais parce que la science-fiction, c’est une expĂ©rience de pensĂ©e. Et la nouvelle, c’est aussi une expĂ©rience de pensĂ©e. On est justement dans une dĂ©monstration, vraiment dans une dĂ©monstration. Évidemment, il ne faut pas que ça sente la dĂ©monstration, mais on est dans un fil logique qui est trĂšs trĂšs pur.

MF : Je dirais qu’on n’est pas tant dans une histoire avec tous ses dĂ©veloppements que dans une expĂ©rience.

LD : Oui. Moi, le truc le plus
 j’ai Ă©crit Ă  peu prĂšs une vingtaine de nouvelles avant de passer au roman et je me suis rendu compte que c’était tout simplement
 Je pouvais Ă  peu prĂšs laisser tout ce que j’avais appris Ă  la porte parce que c’est vraiment, finalement, un mĂ©tier trĂšs diffĂ©rent. Un des trucs les plus difficiles que j’ai eu Ă  apprendre en passant de l’un Ă  l’autre, c’est que dans un roman, le rythme change, et qu’il faut apprendre les variations de rythme qui est quelque chose qui, comme on disait tout Ă  l’heure, n’est pas prĂ©sent dans la nouvelle. Dans la nouvelle, l’élan est Ă©ventuellement dans l’accĂ©lĂ©ration mais il est plutĂŽt constant. Alors qu’un roman peut apprendre Ă  ralentir, Ă  repartir en arriĂšre, Ă  calmer les chevaux justement pour les faire repartir aprĂšs.

MF : C’est toute la diffĂ©rence  entre un sprint et un marathon j’ai envie de dire.

LD : Exactement, c’est exactement ça. Et on n’est pas forcĂ©ment marathonien ou sprinter, en tout cas c’est deux genres de muscles diffĂ©rents qu’il faut apprendre Ă  travailler. On me fait signe qu’on arrive Ă  la fin. Pour terminer une petite citation qui va nous ĂȘtre lue par MĂ©lanie et qui est trĂšs importante !

MF : Une nouvelle Ă  laquelle je souscris Ă  200, voire 300%. C’est une citation de Constant Burniaux qui disait « La nouvelle n’a pas sa place Ă  l’ombre du roman, elle n’est pas, elle ne fut jamais, un roman dĂ©shydratĂ©. Â»

LD : N’oubliez pas ça !

Jingle : C’était Procrastination, merci de nous avoir suivi. Maintenant, assez procrastinĂ©, allez Ă©crire !

Une réflexion sur “Vous lisez Procrastination : S01E04 – C’est pas la taille qui compte

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