
Intégrale des nouvelles de Richard Matheson (2026, J’ai lu)
Auteur : Richard Matheson, Américain
Compilation des nouvelles de l’auteur traduites par différents traducteurs.
Couverture : ?
Un zoo dont les pensionnaires servent de garde-manger pour nourrir une créature terrifiante…
Un professeur d`université qui voyage dans le temps pour affermir sa foi vacillante…
Six mille mètres au-dessus du sol, un démon tapi sur l`aile d`un avion met en pièces son moteur…
En route pour San Francisco, un automobiliste est pris en chasse sans raison apparente par un camion fou…
Ces nouvelles en sont la preuve : lorsque Richard Matheson entre en littérature, le fantastique entre, lui, dans l`âge de la modernité, et la « marque » Matheson fait naître une nouvelle vision de la terreur. Inclus : quatre nouvelles inédites.
Mon avis
…
Bon, c’est bien gentil de lire une intégrale de 1500 pages, mais la moi du présent fait comment pour rédiger un article maintenant, hein ?
Non, sérieux, j’avoue avoir procrastiné l’écriture de cet article parce que je ne savais pas trop par quel bout le prendre. On parle quand même d’une intégrale regroupant une grosse centaine de nouvelles publiées de 1950 à 2003, plus quelques inédites, autant vous dire que je ne vais pas revenir sur chacune d’entre elles, même si honnêtement, (quasiment) toutes l’auraient mérité. On va donc aller un peu dans tous les sens, et c’est pas grave, j’espère que ce sera compréhensible quand même.
TLDR : Lisez Matheson, c’était un très bon !
Et maintenant, la version longue.
C’est une histoire que j’ai déjà racontée ici ou ailleurs, mais sans le savoir, Matheson a hanté mon Imaginaire depuis que je suis petite. A l’école primaire, notre professeur nous avait distribué une histoire courte sur des photocopies mal imprimées. J’ignore ce qu’en on pensé mes anciens camarades à ce moment-là, mais j’ai tellement été subjuguée par ce texte qu’il me revenait très régulièrement en mémoire, mais je ne m’en rappelais évidemment plus l’auteur. Et ce n’est que bien longtemps plus tard que j’ai fini par comprendre pourquoi il m’avait tant marquée. Au-delà de sa narration très particulière qui nous plonge directement dedans, ce texte parlait de l’altérité, de la différence, un thème particulièrement cher à Matheson et qui résonnait évidemment en moi sans que je n’en connaisse la raison à ce moment-là.
Et puis un jour, en découvrant le livre Je suis une légende quelques années après avoir vu son adaptation à mon sens pas très réussie, j’ai décidé de jeter un œil à sa biographie et… Bingo ! Né de l’homme et de la femme, c’était bien CE texte qui revenait régulièrement dans ma mémoire depuis 20 ans. Autant vous dire que j’étais curieuse de lire le reste de sa production, tout en étant un peu « inquiète » que mes attentes élevées ne lui porte préjudice.
Quoi qu’il en soit, ça tombait bien, parce que J’ai lu sortait quelques temps plus tard une intégrale de ses nouvelles, donc.
Ne lisez pas les nouvelles de Matheson si vous voulez frissonnez sous le plaid. A quelques exceptions près, je n’ai pas trouvé ses textes effrayants, et ceux qui le sont relèvent souvent davantage du vertige existentiel. Matheson ne propose pas d’Epouvante, mais essentiellement du Fantastique pur, et parfois de la SF. Certains textes sont tout bonnement inclassables. Presque tous sont très, très bons, voire excellents. Oui, oui.
En terme d’écriture, déjà, Matheson maîtrisait vraiment cet art. Il parvient à nous embarquer avec une véritable économie de moyens et d’effets, grâce à une technique aux petits oignons adaptée à la tonalité de chacun de ses textes. Et j’y ai retrouvé là le Fantastique que j’aime vraiment, celui qui suggère, celui qui vous laisse parvenir à vos propres conclusions sur la réalité diégétique de ce que vous lisez. Parfois aussi, alors qu’on pense aller dans une direction au début du texte, voilà Matheson qui nous oriente doucement dans une autre direction, avec des « twists » d’autant plus efficaces qu’ils prennent le temps de s’installer. C’est vraiment chouette, et ce n’est pas une confiance que je retrouve souvent.
En terme de thématiques, ensuite. C’est quelque chose d’un peu plus subjectif, à vrai dire, puisque si Matheson m’a tellement embarquée dans ses textes, c’est aussi parce que les thématiques qui lui étaient chères me parlent à un niveau personnel. On y retrouve pelle mêle :
- l’altérité (la différence, le sentiment de non appartenance)
- les relations hommes-femmes (conjugales notamment, avec une peur assez nette du couple et du mariage dans ses premiers textes).
- les relations parents-enfants (pas beaucoup plus joyeuses)
- un sentiment d’isolement et/ou de monde qui s’écroule autour de soi
- un monde et/ou des gens hostiles, que ce soit vrai ou pas, avec un certain sentiment de paranoïa
- une relation complexe à l’écriture.
C’est d’ailleurs très bien résumé dans l’intervention, il me semble de Robert Louit, anthologiste et traducteur. Matheson semble extérioriser ses propres névroses dans ses textes, provenant de ses trois enfers personnels : familial, conjugal et social. Ce qui rend lesdits textes à la fois uniques dans leur personnalité, mais aussi, eh bien : « vrais » et sincères. En tout cas, j’ai été assez surprise d’y lire des nouvelles plutôt modernes dans leur traitement (malgré parfois certains clichés), et en tout cas toujours pertinentes à l’heure actuelle. J’ai aussi trouvé très intéressantes les petits mots des divers intervenants.
Pour autant, rassurez-vous, pas de quoi déprimer avec cette anthologie, puisque Matheson était aussi très drôle ! Certaines nouvelles proposent un humour absurde, parfois mêlé de malaise, certes, mais qui sont surtout vraiment drôles.
Bref, difficile de rendre compte du génie de cet auteur. Pour finir, je vais donc simplement me contenter de vous parler brièvement d’une petite poignée de nouvelles, parmi celles qui me sont restées en tête plusieurs semaines après la lecture. Sans jamais vous dire de quoi elles parlent pour gâcher le moins possible leur potentielle découverte. Mais avant, je vous propose d’aller jeter un œil du côté de l’ami Syndrome Quickson qui a parlé de cette anthologie bien mieux que je ne pourrais le faire.
Note : les nouvelles recoupent souvent plusieurs des thématiques citées au-dessus, mais je les ai quand même regroupées dans des catégories parce que voilà.
C’est pas ce que vous croivez
- Né de l’homme et de la femme (1950)
J’en ai parlé en préambule, donc je ne vais pas m’appesantir dessus, mais j’adore toujours autant cette nouvelle. Je la trouve vraiment efficace dans sa conception, et j’aime son économie de détails, qui nous permet d’imaginer nous-mêmes de quoi il est réellement question, ce qui est bien plus efficace qu’une explication nette et précise. Sa narration, au style enfantin, la rend aussi très immersive et nous fait nous attacher d’emblée au narrateur… enfin, pendant un temps.
- Quand le veilleur s’endort (1950)
Une autre nouvelle à twist, qui nous emmène cette fois dans un futur dystopique. Si elle paraît un peu cliché et pas très intéressante de prime abord, je trouve la révélation assez cauchemardesque.
- La robe de soie blanche (1951)
Je n’arrive pas trop à comprendre pourquoi, mais cette nouvelle me fascine. Elle est assez proche de Né de l’homme et de la femme sur son principe. Là encore, nous avons une narratrice qui s’exprime de façon enfantine et innocente, ce qui nous la rend tout de suite attachante, mais petit à petit, on réalise que quelque chose cloche, et pas forcément de la façon qu’on pensait. Un autre exemple d’efficacité de narration : Matheson fait confiance à ses lecteurices et s’abstient de longs détails et explications, laissant le champs libre à notre imagination.
- La guerre des sorcières (1951)
Sept jolies jeunes filles qui papotent et gloussent sur un banc : peut on imaginer vision plus bucolique ? Eh bien oui, parce qu’il se trouve que c’est la guerre. Mais comme Matheson nous a habitué, les apparences peuvent être trompeuses. Ce qui est glaçant dans cette nouvelle, c’est la nonchalance des personnages et la l’atmosphère badine qui s’en dégage, alors que ce qu’il se passe est plutôt horrible. Efficacité technique et économie de moyens, encore et toujours.
Des hommes et des femmes
- Mamour, quand tu es près de moi (1952)
Une nouvelle curieusement moderne, je trouve, puisqu’elle parle de harcèlement sexuel et d’emprise psychologique. Certaines situations sont un peu drôles par leur absurdité et leur contexte, et cela renforce d’autant le malaise que cette nouvelle suscite.
- La maison enragée (1952)
Alors, celle-ci, je pense que c’est l’une de mes préférées du recueil tellement je la trouve parfaite. Comme Mamour dans un autre style, je la trouve plutôt moderne, puisqu’il est question d’un homme toxique voire violent envers son épouse qui se prend un joli retour de bâton. Sans vous dévoiler ce qu’il s’y passe, l’intrigue est particulièrement efficace et pertinente thématiquement parlant, et bien qu’elle ne soit pas drôle en soi, je la trouve hautement satisfaisante.
- Un jour, une petite annonce (1952)
Je trouve cette nouvelle à la fois très simple et immensément drôle. Par la rédaction approximative des petites annonces, déjà, mais aussi par sa conclusion. Rien de spécial à dire dessus, juste une petite bouffée d’air frais.
Quelques autres dans le thème pour lesquelles je n’ai pas grand chose à dire mais que j’ai beaucoup aimées (et parce que ce thème a décidemment beaucoup inspiré l’auteur) : Premier anniversaire (1960) ; La fille de mes rêves (1963), Les inséparables (1986).
Enfants et parents
- Lazare II (1953)
Une nouvelle que je trouve très triste, montrant ce qui pourrait sembler de prime abord comme un acte d’amour, mais qui se révèle profondément égoïste. Belle métaphore en tout cas de certains parents qui voudraient que leurs enfants soient comme elleux le décident.
- L’examen (1954)
Cette nouvelle est déjà horrible de base, mais quand on la rapproche d’une certaine actualité et des craintes des concerné’es, je la trouve encore pire. Ici, le système capitaliste légitimise le sacrifice des plus fragiles, et le manque de moyens induit la frustration des aidés envers les aidants. Ouaip, là aussi, cette nouvelle se révèle toujours aussi pertinente.
- Dans la douleur (2000)
Ok, alors celle-ci, je la trouve absolument horrible. Je n’ai pas d’enfant, j’ai toujours su que je n’en voulais pas, pourtant j’ai toujours du mal avec les histoires qui traitent de la maternité. Ici, un couple précaire se voit offrir l’opportunité d’avoir un enfant, une grossesse ultra contrôlée aux relents d’eugénisme qui fait passer le rêve au cauchemar.
J’ajoute aussi La poupée à tout faire (1954), sur laquelle je n’ai rien de spécial à dire mais que j’ai trouvé très drôle.
Monde hostile
- La boucle est bouclée (1953)
Cette nouvelle est plus « complexe » dans sa construction par rapport à la plupart, mais il faut dire qu’elle parle de plusieurs choses très intéressantes et très triste. Liberté des journalistes par rapport à leur rédaction, racisme et oppression systémiques. Ouais, rien de très réjouissant, et malheureusement toujours d’actualité. Toujours aussi efficace, mais déprimante.
- Le conquérant (1954)
Je savais pas trop où la ranger, celle-ci, mais je ne peux pas m’empêcher de faire un lien entre ce jeune homme dangereusement confiant prêt à tout pour la renommée et une certaine frange des réseaux sociaux, où des jeunes se lancent dans des challenge plus ou moins dangereux voire mortels pour ce qu’iels voient comme une forme de gloire. J’y vois aussi un certain rapport avec l’état d’esprit incel, même s’il n’est pas questions de femmes ici. Ouais, le conquérant aurait pu s’appeler Clavicular.
- Proie (1969)
A lire maintenant, la nouvelle n’est pas franchement originelle, il n’empêche qu’elle est d’une redoutable efficacité et je la verrais bien dans une anthologie de courts métrages horrifiques.
- Duel (1971)
Et nous avons là la SEULE nouvelle du recueil que j’ai trouvé terrifiante. Pas de surnaturel ici, un cadre somme toute très commun (un voyage en voiture), et bien que je ne conduise pas moi-même, j’ai toujours un peu peur de croiser ce genre de types quand je suis passagère. Perso’, ce ne sont pas les fantômes ou les démons qui m’effraient, mais bien les humains.
Un peu d’humour dans ce monde de brutes
Je n’ai pas grand chose à dire sur ces nouvelles-là, si ce n’est qu’elles m’ont bien fait rire dans leur humour souvent absurde : Miss poussière d’étoiles (1955), Les temps sont mous (1963), Mon royaume pour un verre d’eau (1967), Du vent, sale mouche ! (1988).